Mélenchon joue la carte de l’unité et veut dialoguer avec la gauche, divisée
Tournant stratégique et prélude à une convergence des gauches ? Jean-Luc Mélenchon, qui n'avait de cesse depuis des mois de...

Mélenchon joue la carte de l’unité et veut dialoguer avec la gauche, divisée

Tournant stratégique et prélude à une convergence des gauches ? Jean-Luc Mélenchon, qui n'avait de cesse depuis des mois de...
Public Sénat

Par Stéphanie LEROUGE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Tournant stratégique et prélude à une convergence des gauches ? Jean-Luc Mélenchon, qui n'avait de cesse depuis des mois de mettre à distance la "vieille gauche" en "décomposition", appelle désormais au "dialogue" au sein de la "mouvance progressiste".

Signe ostensible de cette ouverture, le député LFI, qui n'avait pas accordé d'interview à "Libération" depuis 2012, pose cravaté à la Une du quotidien pour un entretien de six pages. Pile le jour de la "marée populaire" qu'il a longtemps appelée de ses voeux et où il a exhorté les manifestants, depuis Marseille, à former "ce front populaire dont le peuple a besoin".

"Depuis le début, je sais qu'il y a des temps. Le premier: il fallait passer en tête dans notre espace politique. C'est fait. J'ai une nouvelle étape à franchir. Par vous, j'ouvre un dialogue", explique l'ancien candidat à la présidentielle, qui s'était déjà attaché ces dernières semaines à se rabibocher avec le monde syndical.

Se voyant une "responsabilité" nouvelle vu cette place "en tête" à gauche, Mélenchon appelle les autres formations politiques à un "dialogue respectueux et responsable", et en même temps à reconnaître son leadership.

"Acceptez-vous le fait que La France insoumise, dont le président du groupe parlementaire se nomme Jean-Luc Mélenchon, à une nouvelle responsabilité dans notre espace politique commun ?", demande-t-il en s'adressant aux lecteurs de "Libé".

Sur le fond, le député des Bouches-du-Rhône et ancien eurodéputé s'efforce de polir son discours européen. "Nous allons envoyer le signal dynamisant d'une alternative européenne crédible", affirme-t-il, en rappelant que la France insoumise est "partie prenante et fondatrice d'une coalition européenne qui s'appelle +Maintenant, le peuple+" avec les Espagnols de Podemos et le Bloco portugais.

"Face au chauvinisme, nous sommes internationalistes", proclame-t-il pour contrer les critiques de souverainisme.

- +Découper puis rassembler+ -

Comme en écho à cette interview, le député Insoumis François Ruffin a développé auprès du média en ligne reporterre.net la stratégie que doit, selon lui, assumer la France insoumise.

"Je n'ai pas de problème à penser que la France insoumise doit être hégémonique à gauche (...) Il faut que les autres organisations aient l'intelligence de l'accepter et que la France insoumise ait l'intelligence de s'allier avec d'autres composantes à gauche".

Défendant comme Jean-Luc Mélenchon l'idée d'un "Front populaire", le député de la Somme souligne qu'il ne pourra advenir que s'il est acté que "le centre de gravité de la gauche a basculé (du Parti socialiste) vers la France insoumise". Les élections européennes seront, selon lui, un "marqueur" de ce basculement.

Interrogé par l'AFP, un député LFI reconnaît un changement d'"état d'esprit" du chef de file de la France insoumise, se manifestant par "une tonalité plus ouverte et un raccordement à la gauche plus net". "Il faut savoir découper, puis rassembler. On change d'étape", a-t-il résumé.

Au sein du cortège parisien, les différents responsables politiques se montraient prudents vis-à-vis de cette nouvelle posture de l'ancien candidat à la présidentielle. "Aujourd'hui, je parle du 26 mai", a répondu Pierre Laurent. "Je n'ai pas lu l'interview", a botté en touche Olivier Besancenot. "Je vous dirai lundi", a esquivé Benoît Hamon.

"S'il considère qu'il faut se remettre dans le champ politique de la gauche tant mieux ", a réagi auprès de l'AFP Pascal Cherki. Mais pour l'ancien député PS, désormais membre de Génération-s, le "préalable au rassemblement ne peut pas être d'accepter le leadership de tel ou tel".

"La première place à la présidentielle de Jean-Luc Mélenchon lui donne une responsabilité, celle de réfléchir à une méthode pour construire le rassemblement", a-t-il jugé.

L'ancien Premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis, interrogé par téléphone, s'est montré sceptique: "Mélenchon oscille entre deux attitudes: aujourd'hui front populaire de combat, mais le 5 mai avec François Ruffin c'était le front populiste".

Partager cet article

Dans la même thématique

Service National Universel
7min

Politique

SÉRIE D’ÉTÉ - Emmanuel Macron, 10 ans après, quel bilan ? Le Service national universel (SNU), enterré avant d’avoir été généralisé

Que reste-t-il des promesses électorales d’Emmanuel Macron ? Alors que le second quinquennat s’achève, Public Sénat profite de la pause estivale pour passer au crible les principaux engagements pris par le chef de l’Etat lors de ses deux campagnes présidentielles, en 2017 et 2022. Au menu de ce premier épisode : le Service national universel (SNU), un programme d’engagement au service de la nation, à l’attention des jeunes, et directement inspiré du service militaire.

Le

Documentaire Paris le mystère du palais disparu de Stéphane Jacques
5min

Politique

Paris, le mystère d’un palais disparu

Les promeneurs, touristes ou Parisiens qui déambulent sur le parvis de Notre-Dame, s’imaginent-ils qu’à quelques pas de là se dressait au Moyen Âge, l’une des plus somptueuses résidences d’Europe ? Et surtout, comment, six siècles plus tard, le tout premier palais de nos rois, bâti sur l’île de la Cité, au beau milieu de la capitale, a-t-il pu devenir ce fantôme de l’Histoire ? Dans son documentaire Le mystère du palais disparu, Stéphane Jacques retrace l’enquête menée par un trio de scientifiques spécialistes de la reconstitution numérique.

Le

Mélenchon joue la carte de l’unité et veut dialoguer avec la gauche, divisée
2min

Politique

Mazarine Pingeot sur François Mitterrand : « J'étais insolente avec mon père »

Grandir dans l’ombre du pouvoir oblige à se construire autrement, a fortiori lorsque votre existence relève du secret d’Etat. Mazarine Pingeot, « fille cachée » de François Mitterrand y est parvenue. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, la philosophe publie ces jours-ci Inappropriable (ed. Climats Flammarion), un essai ambitieux sur la relation entre l’homme et l'intelligence artificielle. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle revient sur une enfance hors du commun.

Le