Mélenchon: une « crise de nerfs » qui pourrait lui coûter cher
Hurlements sur des policiers et magistrats, accusations de complotisme et diatribes contre les médias: la grande colère du leader...

Mélenchon: une « crise de nerfs » qui pourrait lui coûter cher

Hurlements sur des policiers et magistrats, accusations de complotisme et diatribes contre les médias: la grande colère du leader...
Public Sénat

Par Anne RENAUT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Hurlements sur des policiers et magistrats, accusations de complotisme et diatribes contre les médias: la grande colère du leader des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, abondamment mise en scène sur les réseaux sociaux, pourrait coûter cher à sa stratégie de rassembler à gauche.

Coutumier des coups de sang, Jean-Luc Mélenchon vampirise le débat politique depuis les perquisitions houleuses mardi au siège de son mouvement et à son domicile, une séquence qu'il a contribué à lancer en la filmant et la diffusant en direct sur Facebook.

Les images le montrant forcer la porte du siège de LFI derrière une mêlée digne du XV de France, en vociférant sur les policiers, tournent depuis en boucle sur les chaînes d'infos. Elles ont "choqué" Édouard Philippe, même si le Premier ministre dit ne pas douter de la sincérité de l'émotion ressentie par M. Mélenchon.

Le timonier de LFI a semblé jeudi mettre un peu d'eau dans son vin en acceptant de se rendre à la convocation des policiers chargés des enquêtes sur ses comptes de campagne présidentielle et les assistants d'eurodéputés de son parti, motifs des perquisitions.

Une manière aussi pour lui de se démarquer de la cheffe du Rassemblement national (RN, ex FN) Marine Le Pen, qui avait refusé de se rendre à une convocation similaire, ce que M. Mélenchon avait beaucoup critiqué.

- "Castro ou Bourvil" -

En sortant des locaux de la police judiciaire à Nanterre, M. Mélenchon a dit chercher maintenant "à mettre la protestation au bon niveau" quand le député LFI Alexis Corbière concédait que les Insoumis avaient "peut-être parlé un peu fort".

Mais sur le fond, le dirigeant de LFI a continué à dénoncer une "manoeuvre politique" visant directement Emmanuel Macron, qui a lui défendu depuis Bruxelles "l'indépendance" de la justice. "Il n'y a pas d'exception, n'en deplaise à certains", a tranché le président.

M. Mélenchon, élu de Marseille, a aussi pesté contre le traitement médiatique de l'affaire, se moquant mercredi de l'accent du sud d'une journaliste.

Les critiques ont redoublé jeudi, de tous les camps. Jean-Luc Mélenchon a "fondu un plomb", a brocardé le ministre de l’Économie Bruno Le Maire appelant le député des Bouches-du-Rhône à présenter ses "excuses".

"Petit à petit, les gens découvrent le vrai Mélenchon. Il a insulté une journaliste hier. Il pique des colères noires dans l'Hémicycle. Avec Mélenchon on sait jamais si c'est Fidel Castro ou Bourvil. S'il pense que c'est comme ça qu'il va arriver à conquérir la confiance des Français il se trompe lourdement", a prévenu le chef de file des députés En Marche, Gilles Le Gendre.

"Il a perdu (...) définitivement la possibilité de gagner un jour" à la présidentielle, a jugé un cadre du PCF.

Jean-Luc Mélenchon est "victime de lui-même", de ses "colères", et non de la justice, a estimé l'ancien président socialiste François Hollande.

- "Populisme de gauche" -

Cette succession de coups d'éclat ne devrait pas détourner les sympathisants de LFI, selon des analystes interrogés par l'AFP.

Ils pourraient "au contraire se réjouir de ses coups de gueule parce qu'il base sa stratégie de communication sur une forme de populisme de gauche", souligne l'historien spécialiste des courants minoritaires, Christophe Bourseiller, rappelant que "les gens ont continué à voter" pour l'ex-chef du Front national Jean-Marie Le Pen, pourtant familier aussi des coups d'éclat.

Mais la colère de Jean-Luc Mélenchon pourrait diminuer sa capacité à rallier, au moment où deux figures de l'aile gauche du PS, Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann, se rapprochent de LFI.

"Cette crise de nerf peut avoir des conséquences sur sa vocation à rassembler à gauche", estime M. Bourseiller. "Là où ça peut gêner c'est par rapport à son choix stratégique d'apparaître comme un aimant à gauche", renchérit Emeric Bréhier, directeur de l'Observatoire de la vie politique de la fondation Jean-Jaurès et ex élu socialiste.

"Son geste radicalise ses militants contre le système, les élites, mais l'éloigne de la perspective de pouvoir convaincre des électeurs qui auraient pu voir en lui une alternative à Emmanuel Macron", résume Stéphane Rozès, président de la société de conseils Cap. "On ne peut pas à la fois se dire républicain et méconnaître la légalité".

Partager cet article

Dans la même thématique

Lebanon Israel Iran
4min

Politique

Frappes israéliennes à Beyrouth : « Les Libanais ont compris que ce n’était que le début »

L’armée israélienne a annoncé, vendredi matin, qu’elle allait mener de nouvelles frappes contre le Hezbollah sur la banlieue sud de Beyrouth. L’escalade militaire entre Israël et l’Iran s’étend désormais pleinement au Liban. Tatiana Krotoff, journaliste au service international du quotidien francophone libanais, l’Orient du Jour, fait état du choc de la population après l’ordre d’évacuation de la banlieue sud de Beyrouth par l’armée israélienne.

Le

Mélenchon: une « crise de nerfs » qui pourrait lui coûter cher
3min

Politique

Municipales à Paris : « Ma liste du premier tour sera ma liste du second tour » déclare Emmanuel Grégoire

Invité de la matinale de Public Sénat, le candidat socialiste à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, a réagi aux tensions entre les partis de gauche à l’approche des municipales. Donné en tête des intentions de vote au premier tour par un sondage Ipsos-BVA, il affirme vouloir aborder le scrutin avec une alliance déjà constituée, tout en excluant toute entente avec La France insoumise pour le second tour dans la capitale.

Le

Mélenchon: une « crise de nerfs » qui pourrait lui coûter cher
5min

Politique

Saint-Etienne : le stade Geoffroy-Guichard et l’AS Saint-Etienne s’invitent dans le débat des municipales

Lors du débat organisé par Public Sénat et TL7, la proposition de vendre le stade Geoffroy Guichard, propriété de la mairie, à l’ASSE a été mise sur la table par le candidat Horizons, Eric Le Jaouen. Les huit candidats sont aussi revenus sur l’affaire Perdriau, qui a vu l’ancien maire condamné à cinq ans de prison dans une affaire de chantage à la sextape.

Le