Mission impossible pour la commission « retraites » à l’Assemblée, une situation inédite
Enlisée dans des milliers d'amendements, la commission spéciale retraites à l'Assemblée devrait constater une situation inédite...

Mission impossible pour la commission « retraites » à l’Assemblée, une situation inédite

Enlisée dans des milliers d'amendements, la commission spéciale retraites à l'Assemblée devrait constater une situation inédite...
Public Sénat

Par Charlotte HILL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Enlisée dans des milliers d'amendements, la commission spéciale retraites à l'Assemblée devrait constater une situation inédite mardi soir, après neuf jours laborieux: elle ne pourra pas achever l'examen du volet principal de la réforme dans le temps imparti, plusieurs groupes politiques disant leur "frustration".

Face à l'obstruction assumée des Insoumis, qui avaient déposé 19.000 des quelque 22.000 amendements au programme, il est apparu rapidement clair qu'achever l'examen du projet de loi ordinaire serait impossible, alors que le calendrier fixé prévoit l'arrivée du texte dans l'hémicycle le 17 février. Il restait encore 14.300 amendements au compteur mardi.

Or depuis la révision constitutionnelle de 2008, la plupart des projets de loi sont examinés en séance dans leur version modifiée par la commission. Selon des sources parlementaires, il n'est jamais arrivé depuis qu'une commission ne vienne pas à bout des amendements déposés.

En conséquence, au moins pour son volet principal, la version présentée dans l'hémicycle sera celle initiale du gouvernement, sans les quelques changements votés par les députés.

La commission se penchera encore mercredi sur le volet organique de la réforme, objet d'environ 400 amendements. Puis les députés prépareront les amendements pour la séance.

Certains ont vu mardi, à l'instar de l'UDI-Agir, un "mépris du travail parlementaire" avec l'avalanche d'amendements LFI, d'autres comme Boris Vallaud (PS) sortent "frustrés" de la séquence.

"On ne sera pas allés au bout, c'est un coup d'épée dans l'eau", a regretté le chef de file des élus LR Damien Abad, dénonçant "un débat confisqué à la fois par LFI et le gouvernement" avec un calendrier trop contraint.

Marie Lebec, vice-présidente du groupe LREM a elle aussi évoqué une "très grande frustration de la majorité" face à des amendements "redondants" des insoumis, plaidant pour que les oppositions "se modèrent".

"On revient finalement à ce qui se faisait avant 2008", tempère un ténor de la majorité, une source parlementaire soulignant que celle-ci aura "fait le maximum" en siégeant notamment le week-end. Une façon aussi de se prémunir, alors que les oppositions ont déjà évoqué des recours au Conseil constitutionnel.

Pour "apaiser", la vingtaine d'amendements adoptés en commission pourraient être repris par le rapporteur général Guillaume Gouffier-Cha (LREM).

- "Feu d'artifice" -

Malgré de petites poussées de tension, les débats sont globalement restés courtois en commission.

Les mêmes critiques sont revenues en boucle à gauche: étude d'impact "truquée", réforme "floue", ou texte "à trous" en raison de la trentaine d'ordonnances programmées par le gouvernement... Les LR, qui veulent incarner "une troisième voie", ont rejoint l'autre rive sur certaines critiques, tout en dénonçant la "mascarade" des débats.

En face, la majorité, parfois lassée par la litanie des interventions, a défendu un projet "plus juste", usant d'un temps de parole évalué par le co-rapporteur MoDem, Nicolas Turquois, à un ratio de "un à 300" face aux oppositions.

La séquence n'était qu'un avant-goût de ce qui attend l'ensemble des députés dans l'hémicycle à partir de lundi, alors que la bataille se tiendra encore dans la rue avec un appel à une "journée morte" dans les transports ce jour-là, prélude à une nouvelle journée d'action le 20 février.

Les Insoumis promettent déjà un "feu d'artifice" en séance. Ils comptent "faire mieux" en nombre d'amendements, et prévoient notamment une "assemblée populaire" aux abords du Palais Bourbon le premier jour. "On va faire en sorte qu'ils ne puissent pas finir le 3 mars ou alors qu'ils aient besoin du 49-3", arme de la Constitution permettant d'abréger les débats et d'adopter le texte sans vote, prévient Eric Coquerel.

Les trois groupes de gauche - PS, PCF et LFI- promettent aussi une motion de censure et une "motion référendaire", peut-être dès l'ouverture des débats, ce qui pourrait les ralentir.

Un responsable de la majorité veut toutefois croire que "si c'est le même étiage d'amendements" qu'en commission, les débats sont "tenables" sur trois semaines - une de plus que prévu à ce stade - car il y a des "outils de régulation" renforcés en séance. "Mais si c'est 80.000…".

La majorité, qui entend voter le texte en première lecture avant les municipales, ne veut pas "se laisser ballotter par LFI". Et si le gouvernement et des responsables LREM excluent pour l'heure un recours au 49-3, certains "marcheurs" préviennent déjà qu'ils n'auront "aucun problème politique" à y recourir.

Partager cet article

Dans la même thématique

Glucksmann
6min

Politique

Le sénateur Place Publique Bernard Jomier appelle à créer « un intergroupe » rassemblant les pro-Glucksmann au Sénat

« Il va y avoir un travail en commun des sénateurs qui soutiennent Raphaël Glucksmann », soutient le sénateur de Paris, après la victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Il tend notamment « la main » aux sénateurs écologistes, qu’il a rejoints. Mais du côté du groupe PS, l’initiative laisse pour l’heure plus dubitatif.

Le

Bram: Raphael Glucksmann at Les Rencontres de la Gauche
8min

Politique

Présidentielle : de quels moyens va bénéficier Raphaël Glucksmann, désormais candidat du PS, pour faire campagne ?

Officiellement investi pour la campagne présidentielle, Raphaël Glucksmann va pouvoir bénéficier de l’expertise technique et militante du Parti socialiste pour la course à l’Elysée. Du fait de son poids politique, le parti à la rose devrait également être le premier contributeur financier de sa campagne. Le Canard enchaîné évoque un plafond à 2,4 millions d’euros, loin toutefois de ce qui avait été déboursé pour Anne Hidalgo ou Benoît Hamon.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Modernisation de la radio : la proposition de loi de Laurent Lafon pour assouplir la réglementation et soutenir le secteur

Déposée le 16 juin 2026 à l’initiative du sénateur Laurent Lafon, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio sera débattue demain en séance publique. Adoptée largement par la Commission de la culture le 7 octobre 2026 et soutenue par les acteurs de la radio, la proposition de loi vise à assouplir la règlementation et favoriser le développement de la radio numérique terrestre dans un contexte de relatif déclin de la radio française.

Le

Paris Students and Police face to face
6min

Politique

Mobilisation lycéenne : le recours aux gardes à vue est-il justifié ?

Depuis le début du mouvement, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue, dont une très grande majorité de mineurs. Une mesure de contrainte injustifiée selon plusieurs avocats, qui y voient plutôt une volonté de la part des forces de l’ordre de sanctionner les manifestants.

Le