Covid-19 : faut-il modifier les modalités de vote pour la présidentielle ?
Gérald Darmanin doit rencontrer le président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius, au sujet des modalités de scrutin pour la présidentielle en janvier. Vote électronique, par correspondance ou par anticipation, différentes options sont sur la table pour faciliter le déroulement du scrutin. Cependant, aucune ne fait l’unanimité et les délais sont désormais très courts. 

Covid-19 : faut-il modifier les modalités de vote pour la présidentielle ?

Gérald Darmanin doit rencontrer le président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius, au sujet des modalités de scrutin pour la présidentielle en janvier. Vote électronique, par correspondance ou par anticipation, différentes options sont sur la table pour faciliter le déroulement du scrutin. Cependant, aucune ne fait l’unanimité et les délais sont désormais très courts. 
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Abstention, crise sanitaire…Est-ce qu'il ne faut pas améliorer les modalités de vote pour la présidentielle et les législatives à venir ? La question est sur la table et le ministre de l’Intérieur devrait rencontrer le président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius, à ce sujet durant le mois de janvier.

D’autres pays ont fait le choix de faire évoluer les modalités de vote, comme aux Etats-Unis. Outre-Atlantique le vote par correspondance a été instauré lors de la dernière présidentielle. Un mode de scrutin finalement contesté par le président sortant, Donald Trump. En France, à quelques mois seulement du scrutin, les chances de se diriger vers ce mode de scrutin paraissent très réduites.

Présidentielle : « On n’est plus dans la possibilité d’adapter les règles », affirme Éric Kerrouche

« Il est un petit peu tard, on a raté le lièvre et la tortue », ironise Éric Kerrouche. Membre de la commission des Lois, le sénateur socialiste a pourtant déposé plusieurs propositions de loi et amendements en faveur du vote par procuration. Alors que le premier et le second tour de la présidentielle auront le lieu les 10 et 24 avril prochains, le sénateur estime que « l’on n’est plus dans la possibilité d’adapter les règles ».

Lire aussi. Le casse-tête de la date de l’élection présidentielle de 2022

« La seule chose qu’on aurait pu faire, c’est le vote par anticipation, sur les trois jours précédant le scrutin », assure Éric Kerrouche. Seulement, « il faut une loi et du temps pour prévoir les modalités. On aurait dû réfléchir à ça avant l’été ». Le caractère particulier de la présidentielle corse encore la chose : « Tous les scrutins sont importants, mais la présidentielle est constitutionnellement définie ».

Le vote par procuration sera simplifié

Le vote par procuration sera néanmoins facilité pour les prochains scrutins. Issue de la loi « engagement dans la vie locale et proximité de l’action publique », une disposition supprime l’obligation pour le mandant et le mandataire d’être inscrits dans la même commune. Une mesure qui apparaît « largement insuffisante », pour Éric Kerrouche.

Au Sénat, des travaux ont eu lieu sur la question, mais n’ont jamais retenu l’attention du gouvernement. Une mission d’information présidée par le patron de la commission des lois du Sénat, François-Noël Buffet, envisageait par exemple la piste du vote électronique.

Lire aussi. La piste du vote à distance pour sauver la démocratie ?

« On a eu, bien malgré nous, trois ans pour réfléchir et le gouvernement a toujours balayé la chose du revers de la main », regrette Éric Kerrouche. S’il est aujourd’hui difficile de prévoir la situation sanitaire pour le mois d’avril, le fait que le gouvernement n’ait pas voulu modifier les modalités de scrutin plus tôt ne sera « pas neutre, sur l’effet que ça pourra avoir ». « Il faut vraiment regretter cette imprévision démocratique, juge le sénateur socialiste. Il aurait fallu prendre le sujet démocratique au sérieux. »

Vote par anticipation : la tentative avortée du gouvernement

En février dernier, le gouvernement a tenté de faire passer un amendement visant à instaurer le vote par anticipation pour la présidentielle, via des machines à voter. Déposé dans le cadre de l’examen d’une loi organique sur l’élection présidentielle, cet amendement avait été fermement rejeté par les sénateurs.

Et pour cause, ces derniers pointaient l’obsolescence de machines avec un système d’exploitation Windows 95 ou encore l’incertitude sur les dates fixées. « Le fait que les électeurs ne disposent pas des mêmes éléments d’information le jour de l’élection entraîne une rupture d’égalité », rappelle le Stéphane Le Rudulier qui s’était mobilisé contre cet amendement (lire ici).

Stéphane Le Rudulier, sénateur LR des Bouches-du-Rhône, juge lui aussi ce rendez-vous « tardif ». S’il estime qu’il faudra revenir, à un moment, sur le vote par correspondance, le sénateur insiste sur les adaptations indispensables dont il doit s’accompagner. « Le vote par correspondance a existé en France et a été supprimé en 1975 par ce qu’il y avait des fraudes », rappelle-t-il.

Vote électronique : « Ça se fait très bien pour les partis politiques »

Le sénateur LR était également favorable à explorer la possibilité d’instaurer le vote électronique. « Ça se fait très bien dans le cadre d’élections pour les partis politiques », soulève celui qui a été porte-parole d’Éric Ciotti durant le congrès des LR.

« Il faut cependant être très prudent sur la sécurité et imposer une double certification de l’identité », indique Stéphane Le Rudulier. Et d’ajouter que « la levée du code électronique doit impérativement se faire en même temps que le dépouillement ». Mais à ce stade, lui aussi juge qu’il est bien tard pour entamer une modification des modes de scrutin. « On est dans une 5e vague mais la situation sera sans doute différente en avril » veut-il croire tout en mettant ses espoirs sur « le caractère saisonnier du virus ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Covid-19 : faut-il modifier les modalités de vote pour la présidentielle ?
3min

Politique

« Il peut y avoir des moments festifs sans pour autant être obligé de boire » juge la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly

En ce début d’année, un million de Français ont choisi de ranger leurs verres pour relever le défi du « dry january » ou « janvier sobre ». Une pause bienvenue dans un pays où l’alcool est omniprésent dans la vie sociale et reste responsable de milliers de morts chaque année. Souvent taboue et parfois accentuée par la pression sociale, l’addiction à l’alcool constitue un enjeu de santé publique majeur. Comment réduire les risques ? l’addictologue Delphine Moisan et la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly sont les invitées de l’émission Et la santé ça va ? pour en débattre.

Le

6min

Politique

Municipales 2026 : les prisons privées du vote par correspondance

Conformément à la loi promulguée en juillet 2025, les détenus ne pourront plus voter par correspondance aux scrutins locaux, dans le souci d’éviter toute distorsion électorale. Au mois de mars, les municipales seront les premières élections concernées par ce changement.

Le

image prétexte écran ordinateur
5min

Politique

 « Où va ma France ? » : Guillaume Gontard, président du groupe écologiste au Sénat, juge l’initiative « totalement scandaleuse et illégale ».

La députée écologiste Sabrina Sebaihi a dénoncé, lundi 5 janvier sur le réseau social X, le site « Où va ma France ? », qu’elle accuse de constituer un « fichage dangereux ». La plateforme cartographiant mosquées, quartiers dits « sensibles » et hébergements pour migrants, fait désormais l’objet de plusieurs saisines judiciaires.

Le

Le Senat, Paris.
5min

Politique

Fin de vie : « Un référendum sur le texte inopérant du Sénat, n’aurait pas de sens », considère Olivier Falorni

Cette semaine, la commission des affaires sociales du Sénat a restreint la portée de la proposition de loi établissant « un droit à l’aide à mourir », le remplaçant par une « assistance médicale à mourir ». L’auteur de la proposition de loi, le député Olivier Falorni, juge la version du Sénat « inopérante » et espère « un dernier mot » de l’Assemblée avant l’été. Le chef de l’Etat a rappelé qu’il était prêt à aller au référendum si la navette parlementaire était interrompue.

Le