Le Premier ministre se lance dans la bataille: Edouard Philippe se présentera comme candidat tête de liste aux élections municipales au Havre en mars, mais restera à Matignon s'il est élu, une décision critiquée par les oppositions.
Une décision "mûrie comme toute décision importante", fondée sur l'idée que "dans une démocratie, le fondement de la légitimité, c'est l'élection", et que "nos concitoyens ne veulent surtout pas de responsables politiques hors-sol", justifie vendredi dans le quotidien Paris-Normandie celui qui a déjà dirigé la cité normande de 2010 jusqu'à son entrée à Matignon en 2017.
M. Philippe est le cinquième premier ministre en exercice à se présenter comme tête de liste aux municipales depuis le début de la Ve République. Jacques Chaban-Delmas (1971 à Bordeaux), Pierre Mauroy (1983 à Lille), Michel Rocard (1989 à Conflans-Sainte-Honorine) et Alain Juppé (1995 à Bordeaux) ont tous été élus.
Attendu vendredi soir en meeting au Havre, il avait avivé l'hypothèse de sa candidature en septembre dernier. Et alors qu'on lui avait prêté des intentions à Paris, il assure vendredi n'avoir "jamais envisagé un engagement politique ailleurs qu'au Havre", où il est élu depuis 2001 et a construit son parcours politique.
"C'est la ville que j'aime. C'est là que sont mes attaches", a plaidé celui qui ne manque pas une occasion de chanter les mérites du port.
- "Voler l'élection aux Havrais" -
Elu au premier tour en 2014 sous l'étiquette UMP (désormais Les Républicains) avec 52% des voix, M. Philippe a souligné que "sa plus grande ambition" était de redevenir maire à terme.
En attendant, "si le président de la République continue à m'accorder sa confiance, je continuerai à remplir ma mission de Premier ministre parce qu'on ne se dérobe pas quand il s'agit de servir son pays", a-t-il poursuivi.
Jean-Baptiste Gastinne, actuel maire du Havre, le 4 janvier 2015 à Rouen
AFP/Archives
Ainsi, s'il était élu au soir du 22 mars prochain, M. Philippe proposerait que l'actuel maire (LR) Jean-Baptiste Gastinne conserve le fauteuil. Et "le jour où ma mission s'achèvera à Matignon, je souhaite, si les Havrais me font confiance évidemment, redevenir maire parce que c'est là que je veux continuer à m'investir", a-t-il expliqué.
Sa candidature suscite les critiques de l'opposition, de droite comme de gauche.
"Il va voler l'élection municipale aux Havrais", car le scrutin risque de "se transformer en référendum pour ou contre la politique nationale" du gouvernement, au détriment des enjeux locaux, a estimé auprès de l'AFP le député PCF Jean-Paul Lecoq, également candidat.
Edouard Philippe "s'est un peu servi du Havre comme d'un marche-pied, il ne faudrait pas que ça devienne un trampoline non plus, mais clairement, c'est son plan de retraite", tacle l'écologiste Alexis Deck, élu municipal depuis 2014 au Havre et à la tête d'une liste associant EELV et le PS, sans le PCF.
"Est-ce que le boulot de Premier ministre est un boulot à mi-temps?", a interrogé l'eurodéputé EELV Yannick Jadot, jugeant la démarche de M. Philippe "profondément scandaleuse" au moment où la France est "en burn-out social et démocratique".
Edouard Philippe "sera Premier ministre à temps plein, à triple temps, à double temps" pendant la semaine, "et candidat le week-end", a riposté la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, faisant valoir sa "puissance de travail importante".
Le député La France insoumise Adrien Quatennens a retweeté la une de Paris-Normandie avec une photo d'Edouard Philippe et la phrase "Je suis candidat au Havre", en l'assortissant de ce commentaire: "Mais d'abord je pète vos retraites".
Cela en dit "beaucoup sur la fébrilité de La République en marche" à l'approche des municipales, considère le porte-parole du Rassemblement national Sébastien Chenu, pour qui LREM "déguise des Républicains (...) ou des élus socialistes en marcheurs" pour pallier "un personnel politique pas au niveau".
Mais Edouard Philippe récuse toute tentative de "tirer des élections du Havre des leçons nationales", affirmant sa volonté de "parler du Havre", en laissant "les commentateurs" commenter.
Sans préciser les contours de son programme qu'il qualifie d'"ambitieux", il a assuré dans Paris-Normandie qu'il mènerait "une campagne intense au Havre", tout en remplissant ses "obligations à Paris".
A Marseille, le militant écologiste engagé dans la lutte contre le narcotrafic, dont les deux frères ont été assassinés, a annoncé qu’il figurerait sur la liste de la gauche unie, hors LFI, aux côtés du maire sortant. Une manière d’inscrire son militantisme dans une logique nationale.
Malgré un accord en commission mixte paritaire sur le projet de loi de « simplification de la vie « économique » et sa mesure polémique visant à maintenir la suppression des zones à faibles émissions, ZFE, le gouvernement a choisi de repousser le vote sur le texte prévu au Parlement cette semaine.
Invité de la matinale de Public Sénat, le philosophe et auteur du livre Aqua, Gaspard Koenig a expliqué sa vision de la gestion de l’eau. Le penseur libéral plaide pour un changement institutionnel profond dans la gestion de l’eau et un niveau d’action plus local.
Selon notre dernier baromètre Odoxa, le président de la République débute 2026 à son plus bas niveau de début d’année, depuis sa première élection en 2017. 57% des Français éprouvent un sentiment de « rejet » à son égard. Son Premier ministre, lui, le devance nettement dans l’opinion, se classant 5e personnalité politique préférée des Français.