En choisissant Agnès Buzyn pour mener campagne à Paris, Emmanuel Macron improvise une solution d'urgence qui le prive d'un pilier du...
Municipales: Le choix d’Agnès Buzyn à Paris révèle les fragilités de la macronie
En choisissant Agnès Buzyn pour mener campagne à Paris, Emmanuel Macron improvise une solution d'urgence qui le prive d'un pilier du...
Par Laurence BENHAMOU
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En choisissant Agnès Buzyn pour mener campagne à Paris, Emmanuel Macron improvise une solution d'urgence qui le prive d'un pilier du gouvernement, un choix révélateur des fragilités de la macronie, selon des analystes.
"Même s'il s'agit d'une personnalité appréciée, ce choix précipité démontre la fragilité du dispositif macronien. Cela ressemble à du rafistolage", commente auprès de l'AFP Jérôme Fourquet, le directeur Opinion et Stratégies de l'Ifop, en rappelant qu'encore vendredi, Agnès Buzyn affirmait ne pas vouloir être candidate.
"Alors que nous sommes en pleine épidémie de coronavirus et crise sociale dans les hôpitaux, la ministre quitte le navire en pleine tempête. Cela crée du scepticisme dans une partie de l'opinion, en particulier ceux qui sont concernés, comme les personnels hospitaliers", explique-t-il au sujet de la désormais ex-ministre de la Santé.
Dans l'entourage d'Emmanuel Macron, on estime avoir fait le meilleur choix, capable de transformer une crise aiguë - le retrait de Benjamin Griveaux à la suite de la diffusion de vidéos intimes - en avantage.
"En quelques heures, nous avons compris que c'était la bonne candidate pour Paris", explique un proche du chef de l'Etat. "Pour preuve, la mobilisation fébrile du camp Hidalgo. Agnès Buzyn est le vrai remède à la maire sortante: ni sectaire, ni déconnectée", fait-il valoir.
"C'est maladroit. Cela témoigne d'un problème de vivier de La République en marche et même d'un certain désarroi de la majorité", juge au contraire le directeur de recherches au CNRS Luc Roban, interrogé par Ouest-France.
Le pouvoir a choisi pour remplacer Benjamin Griveaux "une personne sérieuse, solide, qui a le sens des responsabilités" mais "cela donne l'image d'une mesure prise en urgence pour des raisons politiques, alors que d'importants dossiers sont en attente", insiste-t-il.
- "Repli" -
Agnès Buzyn déjeune avec des membres de LREM le 17 février 2020 à Paris
AFP
Même scepticisme chez Jean-Daniel Lévy, directeur du département Politique et Opinion d'Harris Interactive, qui décrit un président "acculé". "Il n'avait déjà pas eu la main avec Cédric Villani. Puis plusieurs candidats potentiels pour Paris ont refusé. Il a dû nommer quelqu'un qui risque de montrer une méconnaissance des enjeux parisiens", avertit-il.
Sans oublier que l'ex-ministre peut être critiquée pour sa gestion du dossier des urgences, où le conflit social dure depuis 11 mois.
La candidature d'Agnès Buzyn illustre l'évolution récente de LREM, selon l'expert en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet, qui y voit "le repli sur un petit cercle de fidèles avec un profil politique, la volonté de cibler en priorité l'électorat de droite".
A cela s'ajoute l'impact sur l'opinion de la succession des départs du gouvernement, Agnès Buzyn était la 17e ministre à partir depuis le début du quinquennat, souligne Jérôme Fourquet.
"La liste des départs s'allonge furieusement, ce qui crée une instabilité", explique le politologue de l'Ifop, en citant les cas récents de Jean-Pierre Delevoye, écarté pour avoir gardé un mandat rémunéré en même temps que son poste de "Monsieur retraites" au gouvernement, et de François de Rugy, démissionnaire après la révélation de dîners fastueux à l'Assemblée.
L'affaire Griveaux "arrive après les affaires Benalla, Ferrand, de Rugy… à chaque fois, des personnalités politiques de la majorité sont mises en cause en raison d'un certain mode de vie, d'une certaine jouissance du pouvoir", renchérit Luc Rouban.
"Cela renvoie l'image d'une classe politique un peu cynique, un peu vulgaire, qui peut donner le sentiment de jouer avec la démocratie, de jouer sur tous les tableaux. Ce côté un peu +cour de Louis XVI+. C'est, je le crains, une machine à alimenter le populisme", selon lui.
"Les catégories populaires, particulièrement, sont assez exigeantes sur ces questions de morale, de discipline. Or les crises politiques se multiplient, et toujours un peu sur le même registre", conclut le politologue.
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