N-Calédonie: le « jour de deuil », devenu fête d’une citoyenneté encore à l’ébauche
Jadis "jour de deuil" pour les Kanak, le 24 septembre, date de la prise de possession par la France en 1853, marque aujourd'hui ...

N-Calédonie: le « jour de deuil », devenu fête d’une citoyenneté encore à l’ébauche

Jadis "jour de deuil" pour les Kanak, le 24 septembre, date de la prise de possession par la France en 1853, marque aujourd'hui ...
Public Sénat

Par Claudine WERY

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Jadis "jour de deuil" pour les Kanak, le 24 septembre, date de la prise de possession par la France en 1853, marque aujourd'hui "la fête de la citoyenneté" en Nouvelle-Calédonie, où le vivre-ensemble se construit à petits pas, à la veille du référendum sur l'indépendance.

"Être citoyen dans notre pays, c'est accepter de partager des valeurs, une histoire. On n'est pas citoyen par défaut, on l'est parce qu'on le veut. C'est encore en maturation en Nouvelle-Calédonie", observe Emmanuel Tjibaou, fils de l'emblématique leader indépendantiste, Jean-Marie Tjibaou, assassiné en 1989.

Directeur du Centre culturel Tjibaou, dernier des grands travaux de François Mitterrand, il y accueillait lundi "la fête de la citoyenneté", organisée depuis une quinzaine d'années par le gouvernement local. Dans une ambiance festive malgré une modeste affluence, les différentes communautés de cet archipel multiethnique présentaient leurs pratiques culturelles et culinaires.

Majoritaires, les Kanak représentent 39% de la population, les Européens 27%, auxquels s'ajoutent des habitants d'origine vietnamienne, wallisienne et futunienne, indonésienne, tahitienne, antillaise et de nombreux métisses.

"La citoyenneté est un espace pour toutes les composantes de Nouvelle-Calédonie. C'est à la fois une étape de notre histoire et l'avenir de notre pays", souligne à l'AFP Clément Grochain, président du Sénat coutumier Kanak, reconnaissant "qu'il y a encore beaucoup à améliorer".

Pour preuve, dans le centre-ville de Nouméa, une autre manifestation "citoyenne", aux accents militants en faveur de l'indépendance, était organisée, en présence de dirigeants du FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak Socialiste).

Le 4 novembre, un corps électoral restreint de Calédoniens sera appelé à répondre à la question: "Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante?"

- "Processus long" -

De façon totalement unique dans la République française, l'accord de Nouméa (1998) a institué une citoyenneté propre à la Nouvelle-Calédonie, censée faire émerger une communauté de destin au sein d'une société marquée par un passé colonial violent.

Pour être "citoyen calédonien" et avoir le droit de voter aux élections provinciales, il faut résider de manière continue en Nouvelle-Calédonie depuis au moins novembre 1998. Ce statut confère également un accès privilégié au marché de l'emploi, qui est protégé.

Aujourd'hui, en dépit d'indéniables progrès dans l'apaisement des relations entre les groupes ethniques, la citoyenneté demeure toutefois une notion balbutiante, entravée par la fracture du paysage politique - indépendantistes et pro-français - et par l'ampleur des inégalités sociales.

"On a peu avancé sur ce que veut dire de construire la Nouvelle-Calédonie avec le peuple autochtone. Le débat est toujours enfermé "pour ou contre" la France alors que la première question est: que veut-on construire ensemble?", pointe Patrice Godin, anthropologue, déplorant qu'aucun "contrat social" n'ait été bâti depuis 1998.

Emmanuel Tjibaou regrette ainsi que si "les Kanak sont obligés de connaître la culture des Européens", le chemin inverse se fait difficilement.

"Il faut naviguer à contre-courant de ce qui a été instauré comme la règle pendant près de 150 ans et qui a complètement laminé les concepts rattachés à la connaissance de l'autre, insiste-t-il. C'est un processus long, il faut prendre son temps, on n'est pas obligé de courir."

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Loi Yadan contre l’antisémitisme : les sénateurs dubitatifs à l’annonce de la reprise en main du gouvernement

Après le retrait à l’Assemblée nationale de la proposition de loi portée par la députée Renaissance Caroline Yadan, le gouvernement va reprendre la main et présentera un projet de loi sur la lutte contre l’antisémitisme devant le Sénat avant l’été. L’exécutif compte sur un accueil plus favorable à la chambre haute où la droite et le centre sont majoritaires. Mais les relations entre la majorité sénatoriale se sont tendues ces derniers temps.

Le

Paris: French Government Weekly Cabinet Meeting
3min

Politique

1er mai : boulangeries et fleuristes « indépendants » pourront faire travailler leurs salariés dès cette année, annonce Sébastien Lecornu

Le Premier ministre a mis sur la table, vendredi, un nouveau projet de loi d’élargissement du travail le 1er mai, uniquement ouvert aux boulangeries et fleuristes « indépendants et artisanaux ». En attendant son adoption formelle, il a assuré que des consignes seront données pour qu’aucun contrôle ne vienne entraver le travail de leurs salariés cette année.

Le

Festival Du Livre 2025
2min

Politique

Crise chez Grasset : au Festival du livre, Emmanuel Macron affiche sa volonté de défendre le « pluralisme éditorial »

En visite ce vendredi au Festival du livre, bousculé par la crise ouverte chez l’éditeur Grasset, Emmanuel Macron a voulu afficher sa défense du « pluralisme éditorial » et de « la liberté des auteurs ». Concernant la création d’une clause de conscience pour les auteurs, le Président a estimé que cela « doit se réfléchir ».

Le

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le