N-Calédonie: un second referendum fin  août, début septembre
Les leaders loyalistes et indépendantistes calédoniens, réunis jeudi à Matignon autour d'Edouard Philippe, ont finalement réussi...

N-Calédonie: un second referendum fin août, début septembre

Les leaders loyalistes et indépendantistes calédoniens, réunis jeudi à Matignon autour d'Edouard Philippe, ont finalement réussi...
Public Sénat

Par Cécile AZZARO

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Les leaders loyalistes et indépendantistes calédoniens, réunis jeudi à Matignon autour d'Edouard Philippe, ont finalement réussi dans la nuit de jeudi à vendredi à trouver un compromis sur la date du prochain référendum sur l'indépendance de l'archipel, qui aura lieu le 30 août ou le 6 septembre, et sur la question sensible de l'électorat.

La date exacte du deuxième référendum sur l'accession à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie, qui doit être fixée par l'Etat, sera décidée dans les 15 prochains jours, "afin que nous soyons en mesure de garantir la mobilisation des moyens équivalents" à ceux engagés lors du premier scrutin et "afin que les conditions matérielles du scrutin soient aussi irréprochables", a annoncé le Premier ministre à l'issue de 15 heures de discussion.

"Ca n'est pas une simple date, et ça n'est pas une date simple à fixer", a-t-il dit.

Après le premier référendum d'autodétermination, qui s'est tenu le 4 novembre 2018 et a vu la victoire du "non" à l'indépendance (56,7%), le Premier ministre voulait absolument "trouver un consensus" au sein du Comité des signataires de l'accord de Nouméa, signé en 1998, qui a mis en place un processus de décolonisation par étapes, aboutissement du travail de réconciliation entre les Kanak et les Caldoches, entamé en 1988 avec les accords de Matignon, à la suite des violences des années 1980, qui avaient culminé avec la prise d'otages et l'assaut de la grotte d'Ouvéa en mai 1988 (25 morts).

Convaincus que le temps leur permettra de gagner des voix, les indépendantistes défendaient un référendum "le plus tard possible", en novembre. A l'inverse dans le camp non indépendantiste, l'Avenir en confiance réclamait un 2e référendum dès juillet, arguant d'une économie locale "dans l'incertitude" en raison de ces échéances électorales.

"Le Premier ministre a coupé la poire en deux", a reconnu, pour le camp indépendantiste, Roch Wamytan, président du Congrès (Union calédonienne-FLNKS).

-"discrimination"-

Quant au 3e référendum possible prévu par l'accord de Nouméa (dans les deux ans qui suivent une nouvelle victoire du "non" à l'indépendance), "nous avons exclus que cette troisième consultation puisse être organisée entre le milieu du mois de septembre 2021 et la fin du mois d'août 2022", afin de "bien distinguer les échéances électorales nationales, et celles propres à l'avenir de la Nouvelle-Calédonie", a indiqué Edouard Philippe.

Une satisfaction pour le député Philippe Gomès (Calédonie Ensemble, non indépendantiste, centre droit), qui craignait de voir se tenir ce dernier référendum "en plein cœur de l'élection présidentielle avec des risques majeurs d'instrumentalisation politique nationale".

Sonia Backès, présidente de la province Sud (non indépendantiste, Avenir en confiance, proche des Républicains) a salué un "bilan positif": "nous avons obtenu que la date soit avancée et qu'il soit envisagé la fin du processus de l'accord de Nouméa avant la fin" du mandat présidentiel.

Concernant la question du corps électoral- plus restreint que pour les autres élections-, sujet sensible qui crispait les deux parties, il a été acté que les électeurs de statut de droit commun (non kanak, ndlr) nés en Nouvelle-Calédonie et qui y résident depuis plus de trois ans, ne seront pas, comme lors du précédent scrutin, inscrits automatiquement sur la liste électorale spéciale pour le réferendum. En effet, il aurait alors fallu une révision de la liste électorale par loi organique, ce que refusaient les indépendantistes. Mais ils "seront identifiés et contactés personnellement" afin qu'ils fassent la démarche de s'inscrire sur cette liste.

"Le processus proposé permet que toute les personnes natives de Nouvelle-Calédonie ayant trois ans de résidence soient accompagnées pour être sur la liste électorale spéciale", s'est félicité Mme Backès. A l'inverse, c'est pour Philippe Gomès, "un motif de grande insatisfaction", car "même si l'Etat s'est engagé à les démarcher individuellement, il y aura une discrimination majeure entre Calédoniens, selon qu'ils sont de statut de droit commun ou de statut coutumier".

"A l'heure actuelle, on ne connaît pas le nombre de personnes concernées", estimé à environ 1.500, a souligné Roch Wamytan, jugeant qu'il n'y avait "pas besoin de modifier la loi organique" pour un tel nombre.

"Ce qu'il faut retenir c'est qu'il faut discuter, aller l'un vers l'autre, savoir faire le compromis pour qu'on puisse continuer à avancer et à construire", a conclu Victor Tutugoro (Union nationale pour l'indépendance-FLNKS).

Pour relancer l'économie calédonienne, en panne, l'Etat a par ailleurs annoncé près de 79 millions d'euros supplémentaires aux contrats de développement des collectivités calédoniennes, ainsi que près de 125 millions d'euros de liquidités pour refinancer les banques calédoniennes en manque d'épargne.

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
10min

Politique

« Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain » : Bruno Retailleau pourrait être candidat officiel des LR pour 2027 dès dimanche

Les militants LR sont appelés à choisir le mode de désignation de leur candidat ce week-end. Mais entre primaire fermée, primaire semi-ouverte et président du parti propulsé candidat, c’est la troisième option qui tient la corde. De quoi permettre au président des LR de lancer le second étage de la fusée et dévoiler son programme « de rupture ». Un meeting est en préparation avant l’été. Il pourrait se faire au Parc floral de Paris, le 20 juin.

Le

N-Calédonie: un second referendum fin  août, début septembre
4min

Politique

Loi-cadre sur les transports : « Nous allons donner des moyens supplémentaires pour investir dans les transports », promet le ministre Philippe Tabarot

Alors que le projet de loi-cadre sur les transports est examiné en séance au Sénat, Philippe Tabarot a égrené les grandes lignes de « son » texte, jeudi 16 avril, au micro de Public Sénat. Le ministre des transports veut assurer la pérennité des financements du secteur, notamment via les recettes des péages autoroutiers et un nouveau contrat avec SNCF Réseau.

Le

Marine Le Pen and Jordan Bardella Hold Campaign Rally in Chalons-en-Champagne
6min

Politique

Présidentielle : « Une inclinaison libérale plus prononcée au RN, incarnée par Jordan Bardella, ne sera pas forcément de nature à rebuter son électorat »

Jeudi et vendredi, les cadres du RN se retrouvent dans un lieu secret pour « un séminaire présidentiel ». Le parti, qui est toujours suspendu à la décision de la Cour d’appel sur l’inéligibilité de Marine Le Pen, n’est pas encore tout à fait en ordre de marche. Au fil des mois, Jordan Bardella semble s’éloigner de la ligne souverainiste et étatiste prônée lors des précédentes campagnes présidentielles. Faut-il y voir un antagonisme ou une manière d'accéder à un dernier territoire de conquête électorale ?

Le