Nom des rues : « Cette question africaine concerne toute la France » selon l’Onac
Selon Antoine Grande, le chef du département de la mémoire et de la citoyenneté à l'Office national des anciens combattants, une dizaine de démarches ont été officiellement enclenchées pour baptiser des rues au nom de combattants africains morts pour la France.

Nom des rues : « Cette question africaine concerne toute la France » selon l’Onac

Selon Antoine Grande, le chef du département de la mémoire et de la citoyenneté à l'Office national des anciens combattants, une dizaine de démarches ont été officiellement enclenchées pour baptiser des rues au nom de combattants africains morts pour la France.
Public Sénat

Par Michael Pauron

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L’hivernage qui a déversé ses grosses pluies vient tout juste de se terminer. Les champs semés quelques semaines plus tôt verdissent, gonflés par cette saison des pluies tant attendue. Dembele Bassa ne pourra pas participer aux récoltes : ce 15 septembre 1937, comme des milliers d’autres camarades maliens, il embarque à Dakar, au Sénégal, pour rejoindre la France et grossir les rangs du 1er régiment de tirailleurs sénégalais. Né au Mali trente ans plus tôt, il a laissé derrière lui sa mère Badiala Kamissoko dans son village près de Tambaga, dans la région de Kayes, lorsqu’il a été mobilisé en février de la même année.

L’Europe est en pleine crise, la Seconde guerre mondiale est sur le point d’éclater. Moins de trois ans plus tard, en mai 1940, l’Allemagne lance ses blindés contre la France qui tombe en seulement quelques semaines. Et ce malgré le courage de milliers de soldats, dont de nombreux Africains.

Mort à Laigues, enterré à Villeurbanne

Dembele Bassa est de ceux-là : le 17 juin 1940, il tombe sous les balles ennemies avec 38 autres soldats français, lors de la bataille de Laignes, en Côte d’Or. Le lendemain depuis Londres, le Général de Gaulle lance son appel à la résistance. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le jeune malien ne reverra jamais ses terres. Il est inhumé à Villeurbanne, près de Lyon, au cimetière militaire de la Doua.

L’épopée héroïque de Dembele est disponible parmi cent autres fiches biographiques à l’usage des maires de France, et réunies dans un livret constitué par le Service historique de la défense et l’Office national des anciens combattants (Onac).

Ce travail fait suite à l’appel d’Emmanuel Macron aux maires, en mai 2019, à baptiser des rues du nom de combattants africains morts pour la patrie. Un appel réitéré le 17 août à Bormes-les-Mimosas.

Cette nouvelle déclaration a suscité des réactions : les maires sont-ils réticents à la demande présidentielle ? « Nous n’avons aucun retour en ce sens », affirme Antoine Grande, le chef du département de la mémoire et de la citoyenneté à l’Onac.

Un livret remis aux parlementaires et sénateurs en juillet

Le 16 janvier 2020, Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées, en charge de ce dossier, avait d'ailleurs assisté à la première inauguration d’une place en mémoire des combattants africains de la Seconde Guerre mondiale, la « Place des Libérateurs africains », à Bandol (photo).

Mais, rappelle Antoine Grande, « depuis la signature d’une convention avec l’Association des maires de France et Geneviève Darrieussecq, en novembre, il y a eu la crise de la Covid-19, les élections municipales, le remaniement ministériel… Autant d’évènements qui ont occupé les élus locaux. »

Le livret « Aux combattants d’Afrique, la France reconnaissante » a lui été remis aux parlementaires des commissions de la Défense et des Forces armées de l’Assemblée nationale et du Sénat seulement le 1er juillet, lors d’une cérémonie officielle à l’Hôtel de Brienne.

« Ils ont combattu pour notre pays »

Geneviève Darrieussecq a expliqué compter « sur les députés et sur les sénateurs pour être les ambassadeurs d’une part de notre mémoire collective, parfois oubliée [et] sur les représentants de la nation et des territoires pour porter auprès des maires et des conseils municipaux le souvenir de noms, de visages, de morts pour la France, oubliés des lieux publics ».

« Ces identités, ces vies sont celles des combattants africains de la Seconde Guerre mondiale. Comme lors de la Grande Guerre, ils ont – avec leurs frères d’arme d’Indochine, du Pacifique et de tous les territoires où la France exerçait son influence – combattu pour notre pays » a-t-elle déclaré.

Une dizaine de démarches depuis juillet

« Depuis, nous avons une dizaine de démarches enclenchées », explique Antoine Grande, « et nos équipes sur le terrain nous remontent régulièrement des demandes d’informations. » Parmi les communes qui ont sollicité l'aide de l'Onac, « il y a celles de l'Arbresles dans le Rhône, et de Rouen notament, avec des projets assez avancés et originaux. Villeurbanne, Bonifacio et Saint-Etienne ont aussi des projets très volontaires », égrenne-t-il.

Si les 100 parcours choisis ne sont bien sûr pas exhaustifs, ils ont été sélectionnés en privilégiant « la diversité des régions de France, soit des lieux d’inhumation, de combats ou d’opérations », poursuit-il, « et nous souhaitions qu’ils soient représentatifs de l’ensemble des pays d’Afrique d'où provenaient ces soldats. Aussi, cette brochure devait être distribuée à l’occasion des commémorations de mai-juin 1940, raison pour laquelle ces parcours concernent essentiellement cette période. »

« Cette question africaine concerne toute la France »

Pour l’Onac, c’est aussi l’occasion de proposer aux maires un accompagnement pédagogique. « L’inauguration d’une plaque ou d’un monument doit être accompagnée d’un travail historique et pédagogique, fruit d’un travail local. C’est pourquoi nous proposons des ateliers aux écoles par exemple. Ce livret est la pointe émergée de tout un programme qu’on souhaite installer sur les territoires. »

Quand bien même une commune n’aurait pas été sur une ligne de front, « un maire peut se retourner vers nous pour essayer de trouver le nom le plus adéquat pour son territoire. Un acte de résistance et de bravoure, une nécropole… En arrière-front il y avait des hôpitaux militaires, des terrains d’entraînement… Cette question africaine concerne toute la France, et pas seulement les zones de front. »

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