Nouvelle-Calédonie : « Le référendum serré a changé la donne » pour les années qui viennent
Le 4 novembre dernier, la Nouvelle-Calédonie disait non à l'indépendance. Un scrutin plus serré que les sondages ne le laissaient croire. Jérôme Rabier, caméra à la main, a suivi cette campagne historique, au plus près des sénateurs, et de la population.  Jérôme Rabier témoigne pour Public Sénat de ce qu’il a vu sur place en Nouvelle-Calédonie.

Nouvelle-Calédonie : « Le référendum serré a changé la donne » pour les années qui viennent

Le 4 novembre dernier, la Nouvelle-Calédonie disait non à l'indépendance. Un scrutin plus serré que les sondages ne le laissaient croire. Jérôme Rabier, caméra à la main, a suivi cette campagne historique, au plus près des sénateurs, et de la population.  Jérôme Rabier témoigne pour Public Sénat de ce qu’il a vu sur place en Nouvelle-Calédonie.
Public Sénat

Par Juliette Beck

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Vous étiez lors du référendum, comment était l’ambiance globale sur place ?

Jérôme Rabier : « Il y avait quand même une effervescence autour de ce vote, il était attendu depuis près de 30 ans donc il y avait une animation, une agitation, les gens en parlaient, en discutaient entre eux et oui cela a évidemment occupé les esprits. D'ailleurs la participation a été très importante plus de 80 % des Calédoniens sont allés voter à ce référendum, c’est bien le signe qu’il y avait une forte attente de la population autour de cette question de l'indépendance ».

Plusieurs sondages donnaient le « Non » à l'indépendance victorieux à près de 70 %, à votre arrivée sur place, c’était aussi évident ?

Jérôme Rabier : « En arrivant une dizaine de jours avant le vote, on entendait beaucoup parler de cette large avance acquise au « non », à l’indépendance. C'est ce qu’on entendait beaucoup à Nouméa dans les partis politiques notamment les partis loyalistes mais dès qu’on se déplaçait en dehors de Nouméa, qu’on allait dans les territoires du nord un peu plus isolés et où la population kanak est majoritaire on n’entendait pas cette "musique-là" et on voyait bien qu’il y avait une mobilisation, qu’il y avait une mobilisation de ces populations-là qui avait été mal mesurée. La forte participation notamment des populations kanakes c’est ce qui a fait que le score a été finalement à l’arrivée bien plus serré que les 70 % annoncés ».

Nouvelle-Calédonie : l'heure du choix / Extrait 1
01:17

D’autres référendums sont à venir, est-ce que cela a réveillé une conscience politique chez les Kanaks ?

Jérôme Rabier : « Ça a réveillé une conscience politique, mais ce n’est pas ce 1er vote qui a réveillé la conscience politique, je pense que le mouvement indépendantiste, il est là, présent depuis 40 ans et finalement, il n'avait jamais eu l’occasion de se prononcer. Et là, on a vu qu'il y avait une forte mobilisation des Kanaks en faveur de l’indépendance. C’était la 1re fois qu’on le constatait vraiment (...) donc oui il y a cette attente qui s’est exprimée et qui va probablement s’exprimer lors du 2e et éventuellement du 3e référendum qui doivent se tenir en 2020 et 2022 ».

Les sénateurs de la Nouvelle-Calédonie étaient eux aussi sur place, quelles étaient leurs positions sur la question de l’indépendance ?

Jérôme Rabier : « Les deux sénateurs de Nouvelle-Calédonie, Pierre Frogier et Gérard Poadja ne se sont pas déplacés spécialement pour le référendum, ils sont élus du territoire, ils vivent en Nouvelle-Calédonie. Ce sont deux sénateurs non-indépendantistes, ils prônent le rattachement à la France, mais ils n’ont pas tout à fait la même position. Ils sont membres de deux partis politiques différents. "Le Rassemblement" de Pierre Frogier est plutôt sur une ligne dure, le rattachement à la France point final et le résultat a confirmé ce sentiment pour lui. Gérard Poadja, lui, est membre de "Calédonie Ensemble" et c’est un parti qui est qualifié de plus centriste en Nouvelle-Calédonie et c’est un parti qui prône finalement l’émergence d’un peuple calédonien, le rattachement à la France, oui, mais avec la prise en compte des spécificités calédoniennes ».

Pierre Frogier, sénateur LR souhaite "écarter" la possibilité d'instaurer un deuxième et un troisième référendum, prévus par l'accord de Nouméa, sur place, c’est une opinion partagée ?

Jérôme Rabier : « Pierre Frogier, a annoncé cette volonté de déposer une proposition de loi pour finalement écarter l’éventualité d'un deuxième et troisième scrutin, mais il l’a annoncé à quelques jours du vote quand il pensait que le « non » aller encore l’emporter très largement. Et les partis loyalistes, ceux qui sont opposés à l’indépendance souhaitaient tous écarter ces référendums si jamais le « non » était très large, puisque ces nouveaux votes auraient finalement paralysé le pays pour pas grand-chose. Mais ce résultat serré a changé la donne et il n’y a plus que Pierre Frogier qui défend cette position-là. La tenue de nouveaux référendums est contenue dans les accords de Nouméa en 1998 et le 1er ministre a déjà annoncé que sauf un consensus très fort de toutes les forces politiques,ces référendums auraient lieu , donc c’est vers ça qu’on s’oriente malgré la volonté de Pierre Frogier ».

Un événement ou une image marquante lors du tournage ?

Jérôme Rabier : « S’il y a un événement marquant autour de ce référendum c’est finalement le constat que le score, le score étant serré, qu’il y a une profonde division de la société calédonienne, il y a une fracture géographique, il y a Nouméa où beaucoup d’Européens vivent, vivent plutôt bien et où finalement le rattachement à la France est naturel et finalement tout le monde veut que ça continue comme ça. Mais il y a aussi tout le reste de la Nouvelle-Calédonie et qui n'est peut-être pas encore assez écouté, assez entendu malgré la politique de rééquilibrage qui a été mise en place ces trente dernières années et finalement, c’est cette Nouvelle-Calédonie-là aussi qui s'est exprimée lors du référendum et qui a montré que oui, il fallait faire plus attention aux problèmes sociaux, aux problèmes économiques, c’est peut-être ça l’essentiel à tirer de ce référendum ».

Revoir l'épisode de " Sénat en action Nouvelle Calédonie : l'heure du choix " mardi 27 novembre à 23 heures, mercredi 28 novembre à 7 heures, jeudi 29 novembre à 18 heures, et samedi 1er décembre à 19 heures.

Partager cet article

Dans la même thématique

Jeffrey Epstein
9min

Société

Ces personnalités françaises dont les noms sont cités dans les documents révélés sur l’affaire Epstein

E-mails, photos, vidéos… La publication de centaines de milliers de pages supplémentaires de documents liés à l’affaire Epstein affole les médias du monde entier. Les noms de plusieurs personnalités françaises sont citées dans ces dossiers, sans qu’elles soient pour autant explicitement mises en cause quant à un quelconque rôle dans les crimes commis par le prédateur sexuel. Mais ces révélations suscitent tout de même des interrogations sur les liens entretenus par certaines d’entre elles avec Jeffrey Epstein.

Le

Elon Musk Asks if US Should Liberate Britain, Asuncion, Paraguay – 06 Jan 2025
7min

Société

Perquisitions menées dans les bureaux de X : pourquoi le réseau social d’Elon Musk est dans le viseur de la justice française

Le parquet de Paris a annoncé ce mardi 3 février avoir mené des perquisitions dans les bureaux français du réseau social X. L’opération s’inscrit dans le cadre d’une enquête visant à vérifier « la conformité de la plateforme X aux lois françaises ». Diffusion de deepfakes sexuels, manque de transparence publicitaire… La plateforme rachetée en 2022 par Elon Musk fait l’objet de nombreuses critiques ces derniers mois.

Le

Paris: Emmanuel Gregoire conference presse hebergement d urgence
4min

Société

Le mal-logement : l’alerte relancée à la veille des élections municipales

L’année 2025 s’inscrit une nouvelle fois comme une année noire pour le logement. Tous les indicateurs du mal-logement se sont détériorés, dans un contexte de pauvreté accrue, d’inégalités persistantes et d’instabilité politique. Publié lundi 2 février, le 31ᵉ rapport annuel de la Fondation pour le logement des défavorisés, ex-Fondation Abbé Pierre, dresse un constat sévère et appelle à une mobilisation des élus locaux à l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars.

Le

Nouvelle-Calédonie : « Le référendum serré a changé la donne » pour les années qui viennent
5min

Société

Protoxyde d’azote...ce gaz qui n’a rien d’hilarant

Parfaitement légal, utilisé en cuisine et dans le domaine médical, le protoxyde d’azote est détourné pour ses propriétés euphorisantes. Une mode qui touche les adolescents et provoque de lourds dégâts neurologiques.

Le