Obnubilé par l’application des réformes, Macron met les préfets sous pression
Emmanuel Macron a entrepris de bousculer les préfets en orchestrant une grande valse à plusieurs temps, soucieux d'avoir dans...

Obnubilé par l’application des réformes, Macron met les préfets sous pression

Emmanuel Macron a entrepris de bousculer les préfets en orchestrant une grande valse à plusieurs temps, soucieux d'avoir dans...
Public Sénat

Par Jérémy MAROT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Emmanuel Macron a entrepris de bousculer les préfets en orchestrant une grande valse à plusieurs temps, soucieux d'avoir dans chaque département des relais pour s'assurer de l'exécution des réformes jusqu'au "dernier kilomètre".

C'est une mise sous tension significative: à l'issue du Conseil des ministres mercredi dernier, 13 nominations ont eu lieu chez les préfets.

Une autre vague pourrait intervenir vendredi, incluant l'attendue promotion du nouveau Directeur général de la police nationale, un poste qui ne devrait pas échapper au corps préfectoral, selon des sources concordantes. Soit "le plus important mouvement de ces 15 dernières années", dit-on dans l'entourage d'Emmanuel Macron, en insistant sur la main du chef de l'Etat dans ces choix.

"Le président s'est investi très fortement et personnellement dans cette vague", confirme un familier du ministère de l'Intérieur. "Ces mouvements étaient bloqués depuis l'été. Le président avait considéré que les propositions faites par les ministres (Christophe Castaner et Laurent Nunez, ndlr) ne lui allaient pas et leur avait demandé de rencontrer tous les jeunes préfets et sous-préfets en vue de rajeunir et intégrer des femmes", décrypte encore la même source.

De fait, sur les trois personnes nommées mercredi dernier préfets pour la première fois, deux sont des femmes: Françoise Taheri (51 ans) dans l'Orne et Cécile Dindar (41 ans), préfète déléguée dans le Rhône. Et avec l'arrivée de Josiane Chevalier, jusqu'ici en Corse, à la tête du Grand Est, trois femmes sont désormais aux commandes de régions. Bretagne et Nouvelle Aquitaine étant respectivement sous l'autorité de Michèle Kirry et Fabienne Buccio.

Ce renouvellement envoie aussi des messages politiques à la droite, avec des coups de projecteur: Franck Robine, ancien chef de cabinet de François Fillon à Matignon et envoyé de Martinique en Corse ; Thierry Coudert, autrefois directeur de cabinet de Brice Hortefeux à Beauvau et conseiller de Paris sous l'étiquette UMP, qui de l'Eure à la Seine-et-Marne double le nombre d'habitants sous sa responsabilité ; ou Stéphane Rouvé, jusqu'ici sans territoire et nommé dans l'Aube, après avoir été chef de cabinet de M. Hortefeux également.

Désireux de faire bouger une institution très codifiée, l'exécutif a aussi prévenu par la voix d'Edouard Philippe, jeudi, devant les préfets réunis à Beauvau: "Une réussite incontestable peut justifier des promotions plus rapides que +l'ordre du tableau+". "Les carrières continues ne sont plus le modèle unique", fait encore valoir Matignon.

- "Chaises musicales" -

De quoi faire grincer des dents un corps déjà ébranlé ces derniers mois par les limogeages du préfet de police de Paris Michel Delpuech et du préfet du Rhône Henri-Pierre Comet.

"La rupture de l’avancement à l’ancienneté n’a pas fait que des ravis. Certains ont compris que leur tour allait passer", observe un ex-préfet.

Mais plutôt qu'un coup de balai, ces changements s'apparentent à jeu de chaises musicales. Loin de la révolution de l'été 1967, avec une quarantaine de mouvements chez les préfets et 80 chez les sous-préfets.

Elles traduisent toutefois le souci d'appliquer les réformes "jusqu'au dernier kilomètre", dixit un proche de M. Macron. Le chef de l'Etat avait menacé dès son arrivée en 2017, puis à nouveau en mai dernier, de remplacer massivement les hauts fonctionnaires récalcitrants... pour des effets pour l'heure limités.

Le président "veut des hommes et des femmes qui ont pleinement conscience de la feuille de route du gouvernement", martèle-t-on dans son entourage en évoquant une "volonté d'impulsion". Mais pas de "politisation", surtout à trois mois des élections municipales, jure-t-on aussi.

"Je ne crois pas que quelqu’un puisse sérieusement penser que la nomination des préfets puisse avoir la moindre conséquence sur les municipales. C’est confondre la IIIe République et la Ve", estime un haut-fonctionnaire.

Un préfet proche du pouvoir insiste toutefois: "Il ne faut pas se tromper sur le casting, sinon c'est le gouvernement qui va en souffrir". Une philosophie qui prévaudra aussi sur les prochaines nominations d'ambassadeurs, prévient-on encore dans l'entourage présidentiel.

grd-leb-jri-jmt/ib/swi

Partager cet article

Dans la même thématique

Obnubilé par l’application des réformes, Macron met les préfets sous pression
2min

Politique

Universités : « Ce gouvernement n'augmentera pas les droits d'inscription », assure Philippe Baptiste

Un rapport remis au gouvernement la semaine dernière suggérait plusieurs pistes pour éviter « l'appauvrissement » des universités, comme multiplier par cinq les frais d'inscription pour les étudiants français. Une mesure que le ministre de l'Enseignement supérieur a écartée ce mardi matin devant le Sénat tout en renvoyant le débat à la prochaine présidentielle.

Le

Presidential candidate Jean-Luc Melenchon attends the debate on the bill to nationalize ArcelorMittal
4min

Politique

Sondage présidentielle 2027 : Jean-Luc Mélenchon reprend le leadership à gauche mais reste rejeté par l’ensemble des Français

Longtemps présenté comme fragilisé par la montée de Raphaël Glucksmann, Jean-Luc Mélenchon semble avoir inversé la tendance. Le dernier baromètre Odoxa-Mascaret montre que le leader de La France insoumise est désormais la personnalité politique la plus appréciée des sympathisants de gauche, confirmant une dynamique engagée depuis l’annonce de sa candidature. Une progression qui intervient alors que les perspectives d’une primaire de la gauche s’éloignent de plus en plus.

Le

NEWS : Fete du Rassemblement National – Macon – 01/05/2026
5min

Politique

Procès du FN : en cas d’empêchement de Marine Le Pen, Jordan Bardella s’installe comme une alternative crédible aux yeux des Français

Selon le dernier baromètre Odoxa-Mascaret pour Public Sénat et la presse quotidienne régionale, près de six Français sur dix estiment que Marine Le Pen est traitée comme n’importe quel justiciable. Alors que la cour d’appel rendra son verdict le 7 juillet, l’hypothèse d’une inéligibilité de la dirigeante du Rassemblement national ne semble ni délégitimer la justice aux yeux de l’opinion ni fragiliser durablement son parti, où Jordan Bardella apparaît désormais comme une alternative pleinement crédible.

Le

ORSAY: Hopital Paris Saclay, services des   urgences adultes et pediatriques, service de neonatalogie pendant la canicule
10min

Politique

Canicule : « Ça va être terrible, on va atteindre les 10.000 morts, l’équivalent d’une guerre et on ne réagit pas », dénonce le sénateur écologiste Guillaume Gontard

Alors que le bilan de la canicule historique n’est pas connu, les attaques contre le gouvernement, venant de la gauche, du RN, mais même du bloc central, se multiplient. « La chaîne de prévision » et « la chaîne de réaction » ont « tenu », rétorque le premier ministre, Sébastien Lecornu. Mais il reconnaît une fragilité sur « la capacité de rafraîchissement des établissements de santé ». Les premières clim' devraient arriver « en fin de semaine ou début de semaine prochaine ».

Le