Offre accrue ou « ségrégation » renforcée: la vente des HLM facilitée par l’Assemblée
Vers la construction de nouveaux logements sociaux ou vers une "ségrégation" renforcée: Les députés ont adopté dimanche un article facilitant la...

Offre accrue ou « ségrégation » renforcée: la vente des HLM facilitée par l’Assemblée

Vers la construction de nouveaux logements sociaux ou vers une "ségrégation" renforcée: Les députés ont adopté dimanche un article facilitant la...
Public Sénat

Par Sami ACEF et Anne-Pascale REBOUL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Vers la construction de nouveaux logements sociaux ou vers une "ségrégation" renforcée: Les députés ont adopté dimanche un article facilitant la vente de logements sociaux, une disposition fortement critiquée par les différents groupes d'opposition.

La vente de ces logements à leurs locataires, avec un objectif de 40.000 par an, contre 8.000 actuellement, doit "stabiliser les classes moyennes dans certains quartiers" et dégager des moyens financiers pour les bailleurs, selon le gouvernement. Le projet de loi Elan, étudié pour le cinquième jour consécutif au Palais Bourbon, entend "moderniser" les modalités de ces ventes.

Après de longues heures de débats, parfois tendus et marqués par la fatigue, l'article 29 de la loi a été adopté par 62 voix contre 17 et malgré l'opposition des députés LR, LFI, socialistes et communistes.

"Vous avez affaibli dangereusement le logement social en France", a dénoncé le député LFI Eric Coquerel.

"Vous n'avez pas mis les garde-fous suffisants pour éviter qu'un bien public passe dans les mains de sociétés privées qui vont faire de grandes plus-values dans les beaux quartiers (…) et dans les quartiers défavorisés (…) soit des plus-values latentes, soit des marchands de sommeil", a renchéri le député socialiste François Pupponi.

"Si on fait ça, c'est pour construire plus de logements sociaux, (...) tout ce qu'on propose aujourd'hui vise à donner des solutions aux ménages les plus modestes", a défendu Mickaël Nogal (LREM). "Nous pourrions générer la construction de 100.000 à 120.000 logements sociaux", selon le ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mézard.

La vente se fera au prix fixé par le bailleur, et non plus au prix estimé par le service des domaines, malgré de nombreux amendements déposés pour obtenir a minima un pourcentage garanti de l'estimation des domaines.

Les occupants des logements seront prioritaires à l'achat mais la vente en bloc, c’est-à-dire par lot de plusieurs logements, sera autorisée à des acteurs privés.

De plus, les logements resteront comptabilisés pendant dix ans dans les quotas de logements sociaux imposés par la loi SRU, et ce même pour les villes qui ne respectent pas cette législation.

La mesure suscite de vives critiques à droite comme à gauche et jusque dans les rangs de la majorité.

En pointe, le député PCF de Seine-Saint-Denis Stéphane Peu a fustigé une mesure répondant à une "logique financière" et qui va accroître "crise du logement abordable" et "ségrégation sociale".

- "Assignation à résidence" -

"Vous êtes la première majorité depuis 18 ans à toucher à la loi SRU. Vous prenez ce que personne ne s'était autorisé à faire, une lourde responsabilité", a-t-il prévenu, regrettant "une faute historique".

Le ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mézard lors des questions à l'Assemblée le 23 mai 2018
Le ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mézard lors des questions à l'Assemblée le 23 mai 2018
AFP/Archives

Ces ventes vont aller à l'encontre de "ce qui a été construit dans les années passées" et elle nuiront à la "mixité sociale", a appuyé la cheffe de file des députés PS Valérie Rabault, déplorant aussi une moindre marge de manœuvre des maires.

L'élu PCF a reçu le soutien de députés LR qui jugent "contradictoire" d'autoriser ces ventes dans des communes carencées et de leur imposer en parallèle des pénalités financières. A droite, "on n'est pas opposé à la vente, mais on est contre vendre pour vendre", selon Thibault Bazin.

Une poignée de députés "marcheurs", notamment Guillaume Gouffier-Cha, ont cherché également à empêcher ces ventes dans les communes carencées et en tension, ou a minima, de prévoir comme "garde-fou" que les fonds recueillis soient réinvestis sur le territoire de la même commune.

Un amendement déposé par le groupe UDI-Agir-Indépendants a en revanche été adopté pour "maintenir le droit de préemption exercé par une collectivité territoriale en direction de logements sociaux", le gouvernement défavorable dans un premier temps, s'en remettant à l'avis de l'Assemblée.

Les députés ont également obtenu, avec le concours du gouvernement l'introduction d'une clause de rachat automatique valable pendant 10 ans en cas d'accident de la vie (perte d'emploi, rupture du cadre familial ou raisons de santé).

Les débats se sont parfois tendus autour de la durée des discussions à l'Assemblée sur la loi.

"Vous nous obligez à siéger du lundi au dimanche", jour et nuit, ce qui est "un rythme qui vous permet de faire adopter la vente des logements à la découpe dans le désert", a pointé M. Coquerel, dans une ambiance parfois électrique, la fatigue aidant.

Partager cet article

Dans la même thématique

PARIS, Affaire Lyhanna, Manifestation interdite place Vendome.
7min

Politique

Affaire Lyhanna : vers une commission d’enquête au Sénat sur les « dysfonctionnements de la justice » ?

La commission des lois du Sénat pourrait prochainement se doter des prérogatives d’une commission d’enquête afin de faire la lumière sur les dysfonctionnements révélés par l’affaire Lyhanna. Selon les informations recueillies par Public Sénat, la présidente de la commission, Muriel Jourda, devrait proposer dès mercredi 10 juin à ses collègues d’engager cette démarche

Le

PARIS: Conference de presse de Gerald Darmanin Gardes des Sceaux Ministre de la Justice
6min

Politique

Affaire Lyhanna : l’idée de Gérald Darmanin de redonner à la Chancellerie un pouvoir d’instruction dans les affaires individuelles, « hasardeuse et contreproductive », selon les juristes

Auditionné par la commission des lois du Sénat, sur les défaillances qui ont conduit à l’affaire Lyhanna, Gérald Darmanin a évoqué l’idée de revenir sur l’interdiction pour le garde des Sceaux de donner des instructions dans les affaires individuelles. Une possibilité qui existait jusqu’en 2013, avant la réforme sur l’indépendance du parquet.

Le

Paris : Session of questions to the government at National Assembly
3min

Politique

Affaire Lyhanna : perpétuité pour les viols en série, enquêtes plus rapides…  les premières réponses de Sébastien Lecornu

Après avoir réuni plusieurs ministres ce mardi matin dans le sillage de l’affaire Lyhanna, Sébastien Lecornu veut renforcer les peines pour les violeurs en série et imposer un délai d’enquête de trois mois lorsque l’auteur d’un crime sur enfant est identifié. Deux mesures, parmi d’autres, qui seront intégrées dans le projet de loi sur la protection des enfants.

Le

Offre accrue ou « ségrégation » renforcée: la vente des HLM facilitée par l’Assemblée
2min

Politique

Affaire Lyhanna : Muriel Jourda n’écarte pas « un problème structurel qui a pu conduire à ce drame épouvantable »

Après l’audition du ministre de la Justice et du ministre de l’Intérieur sur les défaillances qui ont conduit à l’affaire Lyhanna, la présidente de la commission des lois du Sénat, Muriel Jourda (LR) évoque la possibilité « d’un problème structurel » dans le fonctionnement du service public de la justice. Elle préconise d’attendre le passage en revue des 70 000 plaintes pour crime et délit concernant des enfants d’ici la fin du mois de juillet, pour se prononcer.

Le