Outre-mer : que proposent Marine Le Pen et Emmanuel Macron
Les programmes des deux finalistes à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, mettent l’accent sur une politique de rupture ambitieuse pour les Outre-mer.

Outre-mer : que proposent Marine Le Pen et Emmanuel Macron

Les programmes des deux finalistes à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, mettent l’accent sur une politique de rupture ambitieuse pour les Outre-mer.
Public Sénat

Par Pierre de Boissieu

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Marine Le Pen voit dans l’Outre-mer « la nouvelle frontière de la France » au XXIe siècle, censée, au passage, faire de la France « le pôle de référence mondiale pour l’économie de la mer. » Quant à Emmanuel Macron, s’il arrive au pouvoir, il convoquera des « assises des Outre-mer », comme il l’a déclaré le 8 avril dernier, devant les associations ultramarines de l’Hexagone. « Dès après l’élection, je mettrai en place des assises, qui, territoire par territoire, définiront la politique à mettre en place d’urgence sur les douze mois qui suivront » a promis le candidat d’En Marche !

1 milliard d'investissement pour les Outre-mer en cinq ans

Les programmes des deux candidats insistent sur la nécessité de protéger une population présentée comme fragile. Le candidat d’En Marche déclare vouloir consacrer un milliard d’euros sur tout le quinquennat pour les Outre-mer. La candidate du Front national espère, quant à elle, valoriser les Outre-mer en y attirant les investissements et en créant une « Agence pour les investissements privilégiés d’Outre-mer (APIPOM) », censée promouvoir « le développement sur le territoire ultra-marin d’entreprises internationales ou nationales ou locales. »

Le programme d’Emmanuel Macron insiste sur la nécessité de combattre la vie chère imposée aux ultramarins. Le candidat d’En Marche ! regrette qu'en « 2015, les écarts de prix des produits alimentaires entre les Outre-mer et l’Hexagone [aient été] de plus de 30 à 40 %. » Sa proposition pour faire face à se problème est de demander « à l’Autorité de la Concurrence d’évaluer l’efficacité des mesures prises pour réduire les écarts de prix. »

Un grand ministère d’Etat de l’Outre-mer et de la Mer

Si elle est élue, la présidente du Front national créera un « grand ministère d’Etat de l’Outre-mer et de la Mer », dont le ministre aura « rang de ministre d’Etat ». Cette création sera accompagnée d’une « direction à l’Etat-Major des Armées en charge des questions spécifiques liées à l’Outre-mer. » Autre mesure phare de son programme ultramarin, Marine Le Pen, si elle est élue présidente de la République, présidera, deux fois par an, un « conseil interministériel de l’Outre-mer. »

Le candidat d’En Marche !, quand à lui, nommera un « délégué spécifiquement en charge [des assises des Outre-mer] », qui sera « rattaché au président de la République », mais ne propose pas de réformer l’organisation ministérielle actuelle. Il veut cependant localiser l’Agence française pour la biodiversité dans les Outre-mer.

Renégocier l’Outre-mer à Bruxelles

Les deux finalistes s’accordent sur une nécessaire renégociation des Outre-mer dans la législation européenne, en « négociant au sein de l’Union européenne afin que les normes prennent mieux en compte les spécificités de nos territoires d’Outre-mer » comme on peut le lire dans le programme d’Emmanuel Macron. Le candidat d’En Marche ! explique vouloir être « particulièrement vigilant sur le suivi des accords commerciaux de l’Union européenne, notamment dans la perspective de la fin des quotas sucriers au 1e octobre 2017. »

Marine Le Pen, quant à elle, annonce vouloir « repenser le rôle de l’Outre-mer dans le cadre d’une Europe des coopérations entre Etats souverains », arguant que « la refonte du projet européen (...) amènera une réorientation de la politique commerciale. » La candidate du Front national, s’elle est élue, renégociera le cadre européen pour assurer « la pérennité des grandes filières agricoles des départements et régions d'Outre-mer (DROM) et des collectivités d'Outre-mer (COM). »

Renforcer la défense ultramarine

La candidate du Front national déploie un programme important de défense pour les Outre-mer, notamment en accélérant les programmes d’équipement de la Marine nationale. Celle-ci doit être renforcée, selon Marine Le Pen. « Compte-tenu des alertes pressantes justifiées de l’Etat-Major de la Marine, la cadence de livraison de bâtiments de 2021 à 2024 doit être accélérée » peut-on lire dans son programme. Elle insiste aussi sur « une augmentation des moyens aériens de surveillance, en plus d’une augmentation des effectifs de la Police aux frontières (PAF). »

Le programme d’Emmanuel Macron souligne que « les collectivités et départements ultra-marins [sont] marqués par une forte augmentation de la délinquance et de la violence », expliquant que « l’insécurité est une des premières préoccupations de la population. » Le programme du candidat d’En Marche ! entend « renforcer les moyens des services de sécurité et de justice », proposant pour cela de « déployer la police de sécurité du quotidien ».

En matière de sécurité, Marine Le Pen est pour la « reconduction systématique des clandestins aux frontières », ainsi que l’augmentation des places de prison, pour lutter contre ce que le programme décrit comme « l’explosion de la criminalité » dans les Outre-mer.

Priorité nationale et ERASMUS Caribéen

Enfin, en matière d’éducation, la candidate du Front national consacre, dans son programme, un volet entier à la lutte contre le retard scolaire dans ces territoires, avançant par exemple l’idée « d’appliquer la priorité nationale au système scolaire. » « Les ultramarins doivent bénéficier de la priorité absolue au bénéfice du système éducatif français » y lit-on. Elle veut également promouvoir la place des étudiants ultramarins en métropole, notamment en faisant en sorte que « les étudiants ultramarins [bénéficient] d’une priorité d’accès aux logements étudiants. »

Le candidat d’En Marche ! propose, quant à lui, de développer un « ERASMUS caribéen » et de faire de « nos universités outre-mer des pôles universitaires internationaux rayonnant dans leur région. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Attal porte parole
9min

Politique

« Ce n’est pas la saison 3 du macronisme, ni un retour à l’UMP » : Gabriel Attal joue la carte des « nouveaux visages » pour marquer sa différence avec Edouard Philippe

Avec un mélange de « nouveaux visages » et de fidèles pour former son équipe, Gabriel Attal entend enclencher une « nouvelle phase » de sa campagne présidentielle. Il continue de marquer sa différence avec Edouard Philippe et compte créer la dynamique cet automne. « Les Français ne supporteraient pas d’élire un Président par défaut », soutient le candidat Renaissance.

Le

Paris : Présidentielle 2027 Bruno Retailleau
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau veut « renverser la table » avec une profonde réforme constitutionnelle

S’il est élu président de la République en 2027, Bruno Retailleau veut faire de la réforme constitutionnelle sa première grande réforme. Le président des Républicains entend engager, dès le début de son mandat, une refonte des institutions destinée à renforcer le pouvoir des citoyens, réaffirmer la primauté du droit français et donner davantage de marges de manœuvre au Parlement, notamment sur l’immigration et la sécurité.

Le

Blois: Raphael Glucksmann at summer convention campusPS
10min

Politique

« Si Raphaël Glucksmann veut jouer la finale de la Ligue des champions, il ne peut pas avoir peur des barrages » : tensions autour de l’organisation des débats de la primaire PS

Alors que l’équipe de Raphaël Glucksmann prône l’organisation d’un seul débat, sur le service public, dans le cadre de la primaire PS/Place Publique, les autres candidats en veulent trois. « Les bras m’en tombent. Je ne comprends pas le raisonnement », pointe le sénateur Rémi Cardon, soutien d’Olivier Faure, lui aussi candidat. « Ça ne pose aucun problème à Raphaël Glucksmann qu’il y ait deux ou trois débats », assure pourtant le sénateur Place Publique Bernard Jomier, qui pointe des polémiques « pas à la hauteur », y compris de la part de soutiens socialistes de son candidat…

Le

Bourgoin-Jallieu  demonstation against sexual violence targeting women and children
6min

Politique

Loi intégrale contre les violences sexuelles : « Que le gouvernement aborde l'examen de ce texte avec humilité et en ayant en tête son bilan », enjoint Laurence Rossignol

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé l'inscription de la proposition de loi « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles comme premier texte de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale lors de la reprise de la session ordinaire, début octobre. Ce texte de 69 articles est inspiré des 140 propositions élaborées par une coalition d'associations féministes et de défense des droits des enfants. Le meurtre dramatique de la jeune Lyhanna avait mis la pression sur l'exécutif, poussé par l'opposition de gauche et le bloc central, à aborder les violences sexuelles et sexistes dans une approche systémique.

Le