Panthéonisation de Joséphine Baker : « La place des femmes dans l’Histoire a été invisibilisée », constate Annick Billon
À la veille de l’entrée au Panthéon de la chanteuse et résistante française, d’origine américaine, la présidente de la délégation aux droits des femmes au Sénat s’exprime sur sa carrière, mais aussi sur la portée de l’évènement.

Panthéonisation de Joséphine Baker : « La place des femmes dans l’Histoire a été invisibilisée », constate Annick Billon

À la veille de l’entrée au Panthéon de la chanteuse et résistante française, d’origine américaine, la présidente de la délégation aux droits des femmes au Sénat s’exprime sur sa carrière, mais aussi sur la portée de l’évènement.
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Nous sommes à la veille de l’entrée au Panthéon de Joséphine Baker, ce 30 novembre, jour anniversaire où l’artiste a acquis la nationalité française, en 1937. L’annonce de sa panthéonisation en août dernier, avait été saluée au Sénat par des sénateurs de tous bords. Public Sénat s’est entretenu avec Annick Billon (Union centriste), la présidente de la délégation aux droits des femmes. Elle fera partie des personnalités présentes ce mardi à la cérémonie qui se tiendra l’intérieur du monument.

Que représente Joséphine Baker pour vous ? Que retenez-vous de son parcours ?

C’était une femme engagée, une artiste engagée, qui a mis sa personnalité, ses compétences, son art, pour défendre ses convictions et des causes auxquelles elle tenait énormément.

Joséphine Baker a connu plusieurs vies, plusieurs facettes, et cet engagement auquel vous faites référence, s’est fait à cheval sur deux pays. Que symbolise-t-elle, selon vous ?

On est à une période, entre 1900 et 1975, où les États-Unis sont quand même dans une période assez sombre, avec un racisme assez exacerbé. Elle symbolise cette lutte contre le racisme, dans une Amérique très ségrégationniste. Elle symbolise la Résistance aussi, puisqu’elle s’est engagée pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le fait qu’elle soit d’une double nationalité, c’est un signe de reconnaissance et d’ouverture sur le monde. On peut avoir la double nationalité et être autant attaché à la France qu’à l’Amérique. Ce n’est pas contradictoire.

Que peut signifier cette cérémonie dans le contexte actuel, fait de tensions dans cette campagne pré-présidentielle ? Est-ce l’occasion de faire preuve d’une forme de rassemblement ?

Ce sont des moments qui rassemblent, dans lesquels on doit tous se retrouver. Je ne souhaite pas que cette panthéonisation soit un évènement politique. Je crois pouvoir dire que les combats qu’elle a menés étaient universels. Aucun parti politique n’a à se revendiquer des actions et des convictions que Joséphine Baker défendait. La politique, avec les échéances auxquelles vous faites référence, n’a pas sa place dans ce type d’évènement.

Seulement cinq femmes, sur les 80 personnalités qui y reposent, ont été inhumées au Panthéon. Le chemin est encore long ?

A travers ce moment, c’est aussi démontrer à toutes les jeunes filles et femmes qu’une société égalitaire passe aussi par la reconnaissance de ces femmes qui ont joué un rôle. Ce sont des figures qui peuvent inspirer les générations actuelles et futures.

Joséphine Baker symbolise la place des femmes dans l’Histoire. Souvent, on a occulté leur place dans l’Histoire. C’est important qu’elle entre au Panthéon car c’est réaffirmer, dans l’espace public, que les femmes ont joué un rôle dans l’Histoire de France, dans la lutte contre le racisme, dans la Résistance. Leur place a été invisibilisée. C’est le moyen de mettre à l’honneur, à travers elle, toutes les femmes engagées.

« Aux grands hommes la patrie reconnaissante » : est-ce que le fronton du Panthéon mériterait-il d’être réécrit, selon vous ?

Non, je ne pense pas qu’il faille changer cette phrase. Il y a la définition de l’Homme, dans sa grandeur, l’humain, et donc cela fait référence aux hommes et aux femmes. Les monuments historiques, c’est aussi des monuments qui retracent des époques. On ne va pas réécrire l’Histoire.

Y a-t-il des figures dont vous aimeriez voir intégrer ce mausolée de la République ?

Il faudrait faire un travail sur l’Histoire. Je pense à des femmes engagées dans des associations ou des cheffes d’entreprises qui ont fait bouger les choses.

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