Parcoursup : les sénateurs communistes contre-attaquent
Le groupe communiste du Sénat va déposer un recours devant le Conseil d’État pour obtenir la suspension de l’arrêté gouvernemental instaurant la plateforme Parcoursup. En plus des possibles irrégularités du dispositif, il exprime un ras-le-bol face à « la stratégie du fait accompli » que mènerait l’exécutif.    

Parcoursup : les sénateurs communistes contre-attaquent

Le groupe communiste du Sénat va déposer un recours devant le Conseil d’État pour obtenir la suspension de l’arrêté gouvernemental instaurant la plateforme Parcoursup. En plus des possibles irrégularités du dispositif, il exprime un ras-le-bol face à « la stratégie du fait accompli » que mènerait l’exécutif.    
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Mettre fin au tirage au sort pour l’entrée à l’université était une priorité pour le gouvernement. Première étape : faire disparaître le dispositif Admission post-bac. En lieu et place, le gouvernement a lancé une plateforme similaire, Parcoursup, via l’arrêté du 19 janvier dernier. Une voie express pour ne pas revivre le fiasco de l’année passée. Mais dans cette course effrénée l’exécutif semble avoir oublié un ou deux détails.

« La loi ne peut commencer à être appliquée par le biais d’un arrêté »

C’est en tout cas ce qu’affirment les sénateurs communistes qui s’apprêtent à saisir le Conseil d’État. Ils dénoncent l’application d’un dispositif qui fait fi du vote des parlementaires. La mise en place de Parcoursup précède effectivement l’examen du projet de loi sur l’orientation et la réussite des étudiants qui sera présenté, le 7 février au Sénat.

Le sénateur communiste Pierre Ouzoulias confirme son intention de déposer un recours en urgence devant le Conseil d’État pour suspendre cet arrêté.

Contacté par Public Sénat, le sénateur communiste Pierre Ouzoulias confirme son intention de déposer un recours en urgence devant le Conseil d’État pour suspendre cet arrêté. « La loi ne peut commencer à être appliquée par le biais d’un arrêté (qui est la mesure la plus faible du pouvoir réglementaire) », détaille le sénateur, exaspéré.

Autre motif du recours : les informations demandées aux bacheliers contreviendraient à la loi « Informatique et libertés. » Pierre Ouzoulias précise que l’on ne sait pas précisément à quoi vont servir ces informations. Réservée, la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) a donné son aval en soulignant que la collecte de données « doit revêtir un caractère préparatoire et temporaire » et « être assortie de garanties. »

« Les plus fragiles vont se retrouver sur le carreau »

Soucieux de ne pas « casser la rentrée », le sénateur suggère de conserver cette plateforme en l’expurgeant de toutes les informations accessoires, comme les activités extrascolaires. « Ces informations sont socialement marquées », souligne Pierre Ouzoulias qui craint un écrémage fait en fonction des milieux sociaux desquels les lycéens sont issus.   

« Il y a même une faculté de droit qui dans ses attendus réclame une lettre de recommandation d’un juriste ou d’un avocat. »

« On sait déjà que certaines facultés vont désormais demander des lettres de motivations ou l’obtention du BAFA, c’est contre la législation actuelle », s’agace le sénateur. « Il y a même une faculté de droit qui dans ses attendus réclame une lettre de recommandation d’un juriste ou d’un avocat. » Des informations qui permettront aux universités de sélectionner des étudiants en laissant les plus fragiles sur le carreau, selon lui.    

Les communistes dénoncent « le mépris » du gouvernement

Au-delà de cette plateforme, Pierre Ouzoulias fustige l’esprit d’une réforme qui avance à visage masqué pour imposer la sélection à l’université. « Aujourd’hui le bac est national et anonyme, les bacheliers sont sélectionnés en fonction de leurs notes finales et de leurs mentions (…) Si on intègre les notes du lycée on sait qu’un 18 obtenu dans un prestigieux lycée parisien n’aura pas la même valeur qu’un 18 obtenu dans un établissement populaire. » La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, « va adopter un modèle anglo-saxon » vecteur d’inégalités sociales, dénonce le sénateur qui revendique son attachement « aux valeurs républicaines. »

« On piétine le Sénat, il n’y a pas de concertation et on fait semblant de négocier. »

Vice–président de la Commission de la culture et de l’éducation, Pierre Ouzoulias peste également contre la méthode du gouvernement. « Nous avons auditionné la ministre de l’Enseignement supérieur trois jours avant la publication de l’arrêté et elle ne nous en a même pas parlé », raconte le sénateur.

Le fait que l’arrêté soit appliqué avant même l’examen de la loi témoigne d’une « forme de mépris par rapport à nos travaux », s’agace-t-il. Le sénateur de Seine-Saint-Denis, Fabien Gay, abonde : « On piétine le Sénat, il n’y a pas de concertation et on fait semblant de négocier. » Les sénateurs se sentent pris au piège car, selon eux, l’attitude du gouvernement leur renvoie un message simple : « Si vous votez contre, vous prenez la responsabilité de casser la rentrée. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Emmanuel Macron chairs G7 leaders’ videoconference on economic impact of Iran war
3min

Politique

Guerre en Iran : Emmanuel Macron confirme le déblocage de 400 millions de barils de pétrole issus des réserves stratégiques

Le président français s’est entretenu avec les représentants du G7, ce mercredi 11 mars, dans un contexte de guerre inflammable en Iran. A l’issue de cette réunion, il a confirmé le déblocage de 400 millions de barils de pétrole des réserves stratégiques par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) en réponse au blocage du détroit stratégique d’Ormuz. Sur la Russie, il a précisé qu’« aucune sanction » ne serait levée à l’encontre du pays agresseur de l’Ukraine.

Le

Capture
5min

Politique

Municipales 2026 : A son tour, le PS accuse LR de « fusion par la base » avec le RN

Après la conférence de presse de Bruno Retailleau, au cours de laquelle il a présenté les « accords de la honte », ces alliances entre le PS et LFI pour les municipales, les socialistes lui ont rendu la pareille. Lors d’un exercice similaire ce matin, ils ont présenté des chiffres démontrant selon eux l’avènement d’une « fusion par la base » entre la droite et l’extrême-droite. Des données réfutées par LR, qui permettent difficilement de conclure à une collusion entre le parti et le RN, mais qui traduisent un glissement vers l’extrême-droite des militants de droite sur le terrain.

Le

Maire et echarpe tricolore
5min

Politique

Municipales 2026 : combien touche un maire dans l’exercice de son mandat ?

Les maires des 35 000 communes de France, ainsi que leurs adjoints, perçoivent une indemnité qui va de quelques centaines d’euros à plusieurs milliers d’euros par mois selon la taille de la commune. L’immense majorité d’entre eux touche une rémunération qui ne dépasse pas les 2 000 euros net par mois. Explication.

Le