Pesticides: les parlementaires français prônent une interdiction limitée du glyphosate
La mission parlementaire française d'information sur les pesticides prône, dans son rapport rendu public mercredi, une meilleure prévention et...

Pesticides: les parlementaires français prônent une interdiction limitée du glyphosate

La mission parlementaire française d'information sur les pesticides prône, dans son rapport rendu public mercredi, une meilleure prévention et...
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

La mission parlementaire française d'information sur les pesticides prône, dans son rapport rendu public mercredi, une meilleure prévention et information concernant les dangers occasionnés par ces produits, mais restreint considérablement le périmètre d'interdiction envisagé d'un des plus controversés d'entre eux, le glyphosate.

"L'établissement d'un lien de causalité entre la survenue d'une pathologie et l'exposition aux produits phytopharmaceutiques est délicat", note la mission parlementaire, qui souhaite "disposer de données documentées et notamment d'études épidémiologiques".

A cet effet, elle souhaite "renforcer les dispositifs de surveillance écotoxicologique afin de disposer de données plus complètes et suivies des différents milieux ainsi que des espèces à surveiller en priorité".

Elle souhaite également "mettre en place un dispositif national de surveillance des pesticides dans l'air et fixer un seuil de détection des produits phytopharmaceutiques". ATMO France, qui fédère les associations de surveillance de la qualité de l'air, avait déjà annoncé fin novembre une campagne de mesure des pesticides dans l'air en 2018.

La mission note toutefois dans son rapport que "plusieurs études récentes montrent, sans doute possible, les dégâts" occasionnés par une "large utilisation" des pesticides, évoquant la disparition d'une large part des insectes, oiseaux et autres pollinisateurs.

Le glyphosate
Données sur le glyphosate, herbicide controversé massivement utilisé
AFP

Elle insiste par conséquent sur "la nécessité de réduire drastiquement l'usage des pesticides pour tendre aussi rapidement que possible vers leur abandon".

Mais elle temporise aussitôt, écrivant que "le processus prendra du temps". Ainsi, sur l'exemple emblématique du glyphosate, herbicide controversé, les rapporteurs jugent "nécessaire d'accélérer les travaux de recherche et de développement pour trouver des alternatives crédibles", estimant implicitement qu'il n'y en a pas.

Le rapport suggère "d'interdire, dans l'immédiat, l'utilisation du glyphosate dans sa fonction dessiccative au niveau national", soit l'usage sur les plantes pour les déshydrater et faciliter leur récolte.

- Les ONG dénoncent un "rétropédalage" -

Mais, à en croire les producteurs de blé, cette utilisation n'a presque jamais cours sur les céréales de l'Hexagone et une telle interdiction serait donc sans effet.

"Nous, on ne l'emploie qu'après moisson sur les champs", explique à l'AFP Philippe Pinta, président de l'AGPB (producteurs de blé). Il explique que "c'est le soleil qui fait le boulot" pour déshydrater la plante, contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays comme le Canada.

Le glyphosate en France
Glyphosate : ventes annuelles de substance active par département en France selon une étude de l'association écologiste Robin des Bois
AFP

"L'usage dessiccant est déjà interdit, c'est vraiment de la poudre aux yeux!", a réagi Carmen Etcheverry, chargée agriculture pour l'ONG FNE (France Nature Environnement), qui a également dénoncé un "rétropédalage" sur le glyphosate.

"On a l'impression qu'ils ont acté les effets inacceptables (des phytosanitaires), ils reconnaissent une dangerosité mais ça se gâte dans les moyens mis en oeuvre, qui ne sont pas à la hauteur voire induisent des reculs", a déclaré à l'AFP François Veillerette, directeur de Générations Futures.

A l'inverse, Éric Thirouin, secrétaire général adjoint à la FNSEA, s'est réjoui de la teneur de ce rapport qui tend à "trouver des solutions plutôt que des interdictions".

La députée socialiste et ancienne ministre de l'Écologie Delphine Batho avait annoncé jeudi sa démission de la vice-présidence "parce que le projet de rapport ne prône pas la sortie du glyphosate ni même son interdiction dans trois ans", contrairement à ce que promettait l'exécutif il y a quelques mois à peine.

Les parlementaires proposent également la création d'un fonds d'indemnisation des victimes des produits phytosanitaires, objet d'une proposition de loi PS adoptée début février au Sénat contre l'avis du gouvernement. Les auteurs du rapport ne disent toutefois pas comment ce fonds serait financé.

Partager cet article

Dans la même thématique

Pesticides: les parlementaires français prônent une interdiction limitée du glyphosate
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Pesticides: les parlementaires français prônent une interdiction limitée du glyphosate
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le