Pesticides SDHI : la prochaine catastrophe sanitaire ?
Lors de son audition devant l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques OPECST, Pierre Rustin, directeur de recherche au CNRS, a expliqué pourquoi avec d’autres scientifiques, il dénonce l’utilisation des pesticides SDHI qui seraient extrêmement dangereux pour l’homme et la biodiversité et se désole de l’inertie de l’Anses.  

Pesticides SDHI : la prochaine catastrophe sanitaire ?

Lors de son audition devant l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques OPECST, Pierre Rustin, directeur de recherche au CNRS, a expliqué pourquoi avec d’autres scientifiques, il dénonce l’utilisation des pesticides SDHI qui seraient extrêmement dangereux pour l’homme et la biodiversité et se désole de l’inertie de l’Anses.  
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

On a parlé pesticides ce jeudi au Sénat, devant les députés et sénateurs de l’OPECST (office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques). Un sujet toujours très polémique mais qui l’était particulièrement aujourd’hui en abordant les pesticides SDHI, sur la sellette depuis près de deux ans. Et la polémique est loin d’être finie. Mardi 21 janvier, 450 chercheurs ont réclamé dans une tribune du Monde, l’arrêt de leur utilisation en milieu ouvert. Ces scientifiques n’hésitant pas à parler de risque de catastrophe sanitaire.

Les pesticides SDHI, utilisés notamment dans l’agriculture contre les moisissures, sont des agents qui bloquent la respiration cellulaire et portent ainsi atteinte aux êtres vivants, dont les humains.

Le chercheur au CNRS, Pierre Rustin et l’ingénieure de recherche à l’INSERM, Paule Benit, auditionnés devant le Sénat, sont à l’origine de la découverte d’un lien entre les maladies mitochondriales (qui peuvent toucher tous les organes et tous les âges) et les SDHI.

Devant l’OPECST, le chercheur a raconté comment cela a démarré. Dans les années 80, la communauté scientifique s’est aperçue de l’existence d’un grand nombre de maladies mitochondriales. Comme l’évolution de ces maladies était incompréhensible, Pierre Rustin et Paule Benit ont cherché des facteurs intervenants, autres que génétiques. En regardant sur un moteur de recherche type Google, ils se sont rendu compte qu’étaient utilisés comme pesticides « à grande échelle » « des inhibiteurs mitochondriaux ». Certains n’étaient plus employés car soupçonnés d’être responsables de maladies de Parkinson et d’Alzheimer. Les SDHI l’étaient toujours : « On est tombés de nos chaises (…) On a téléphoné à l’Anses [Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail - NDLR) (…) J’étais convaincu qu’[elle] allait instantanément se saisir du problème parce qu’évidemment c’était complètement effrayant. »

On était alors fin 2017. Et l’Anses, chargée d’évaluer et autoriser les pesticides en France, rend son rapport en janvier 2019. Pour Pierre Rustin, ça ne passe pas : « Les expérimentations que l’on a faites, on peut les faire en 15 jours. En un mois peut-être sur les cellules, pour un laboratoire qui a l’habitude. Il est inadmissible qu’une agence se comporte comme ça. Quand il y a des questions de santé publique, ils doivent agir vite. »

Le rapport de l’Anses de janvier 2019 (« d’une indigence monstrueuse » selon Rustin) conclura que l’alerte sanitaire était « non constituée ».  

En juillet 2019, le chercheur du CNRS saisit la cnDAspe (la commission nationale de la déontologie et des alertes en matière de santé publique et d’environnement) qui validera l’alerte. Une bataille de gagner pour le chercheur mais pas la victoire car les SDHI sont toujours utilisés.

« Le bénéfice/risque des SDHI n’est même pas démontré » se désole Pierre Rustin.

Et d’ajouter : « Ni la FNSEA [Syndicat agricole majoritaire - NDLR], ni l’UIPP [Union pour la protection des plantes - NDLR], ni l’Anses (…) n’ont été capables de nous donner [de] chiffres sur l’efficacité [en matière de rendement] des SDHI ».

Un comble pour le chercheur du CNRS qui explique que, vendus comme un fongicide, les SDHI n’auraient en fait « aucune spécificité » et tueraient sans faire de distinction.

 

« C’est l’usage, la dose qui fait que, dans les conditions utilisées, on n’a pas de risques inacceptables pour l’homme ou pour l’environnement »

Également auditionné devant les parlementaires, le directeur général de l’Anses, Roger Genet, a réaffirmé qu’aux vues de leurs propres études, il n’y a pas de danger avéré des SDHI : « Aujourd’hui sur ces études in vivo, on n’a pas de signal (…) qui montrerait un effet qui soit toxique et qui fasse craindre un risque sanitaire. »

Pour le directeur de l’Anses, un dosage et un usage juste maîtriseraient les dangers : « On le sait tous. Quand on utilise des médicaments, des produits phytosanitaires ou des produits biocides, ce sont évidemment des produits toxiques par construction, qui visent une cible particulière. Et c’est l’usage, la dose qui fait que, dans les conditions utilisées, on n’a pas de risques inacceptables pour l’homme ou pour l’environnement. »

Durant son audition, Roger Genet en a profité pour répondre indirectement à la critique de Pierre Rustin sur le temps de réponse entre le moment où celui-ci a saisi l’Anses fin 2017 et la réponse de l’Agence en janvier 2019, se justifiant par un besoin d’approfondissement des questions par rapport à un manque de données.  

 Roger Genet a également rappelé que l’Agence en est à sa troisième autosaisine sur le sujet, en comptant celle de janvier 2019. Deux étant en cours.

En début de semaine, trois associations (dont « Nous voulons des coquelicots ») ont écrit à l’Anses pour qu’elle retire l’autorisation de mise sur le marché de trois produits contenant des SDHI. En cas de refus ou de non réponse, ces associations saisiront le tribunal administratif de Lyon pour interdire les pesticides.

Partager cet article

Dans la même thématique

ill_institution_assemblee_nationale_15
10min

Politique

Les pétitions, un nouvel outil de pression citoyenne sur le débat public ?

Du succès de la mobilisation contre la loi Duplomb au classement sans suite de la pétition sur la présomption de légitime défense des forces de l’ordre, les pétitions en ligne s’imposent comme un nouveau mode d’interpellation des élus. Sans portée juridique contraignante, elles peinent toutefois à infléchir le travail parlementaire. Leur succès révèle surtout l’aspiration croissante des citoyens à peser sur les décisions publiques entre deux élections, alors que les institutions peinent encore à leur ouvrir une véritable place.

Le

Recolte betterave 2020
7min

Politique

Projet de loi d'urgence agricole : une censure du Conseil constitutionnel est-elle envisageable ?

Mercredi, le Parlement a définitivement adopté le projet de loi d'urgence agricole qui prévoit l'utilisation à titre dérogatoire, pour certaines cultures, de deux néonicotinoïdes interdits en France. Un texte qui va faire l'objet d'une saisine du Conseil constitutionnel par différents groupes politiques. L'année dernière, les Sages avaient censuré une disposition similaire issue d'un texte d'origine sénatoriale, mais les parlementaires ont, depuis, revu leur copie.

Le

Paris : Weekly cabinet meeting at Elysee Palace
5min

Politique

Quels ministères ont connu le plus de ministres pendant les mandats d’Emmanuel Macron ?

Les deux quinquennats d’Emmanuel Macron ont été marqués par un nombre important de gouvernements. Sur ces neuf ans, c’est le ministère de la Santé qui a connu le plus de ministres, talonné par les ministères en charge des Collectivités territoriales ou de l’Environnement. Les Armées, l’Economie et les Affaires étrangères sont ceux avec le plus de stabilité. Le reflet de choix politiques ou le fruit d’une instabilité politique ?

Le