Piotr Pavlenski, à l'origine de la diffusion de la vidéo qui a fait chuter l'ex candidat à la mairie de Paris Benjamin Griveaux vendredi, est un artiste contestataire connu pour ses "performances" choc à connotation politique, réfugié en France après avoir fui la Russie.
M. Pavlenski, 35 ans, crâne rasé, joues creusées, dit pratiquer "l'art politique". "Ce que je dénonce, c'est l'individu réduit à l'état de bétail par l'Etat, la propagande et les instruments du pouvoir", détaillait-il en 2017 peu avant de quitter son pays natal.
C'est encore avec la politique qu'il entre avec fracas dans les affaires publiques parisiennes: il affirme être à l'origine de la mise en ligne de la vidéo à caractère sexuel qui a entraîné le retrait de la candidature de Benjamin Griveaux, un proche du président Macron, à la mairie de Paris. L'artiste dit avoir voulu "dénoncer l'hypocrisie" du candidat LREM.
Ce n'est pas le premier coup d'éclat en France de Piotr Pavlenski: en octobre 2017, il avait incendié la façade d'une succursale de la Banque de France à Paris pour dénoncer sa présence sur la place de la Bastille, selon lui "historiquement honteux".
Finalement condamné à trois ans de prison, dont un ferme, pour "destruction du bien d'autrui", il critique lors de ses onze mois passés en détention provisoire les conditions dans les prisons françaises, où les détenus sont traités "comme des animaux".
Piotr Pavlenski et sa compagne Oksana Chalyguina ont obtenu l'asile en France après avoir fui la Russie. L'artiste a expliqué vouloir échapper à "dix ans de camp", alors qu'il était sous la menace de poursuites pour "violences à caractère sexuel" sur une actrice du théâtre moscovite teatr.doc, selon les médias russes.
M. Pavlenski conteste ces accusations.
Pourquoi avoir choisi la France, lui qui ne parle pas français (ni anglais) ? "La France c'est l'Alma mater de la Révolution russe (..) Tout ce qu'il y a de bien en Russie est arrivé de la France", s'enflammait-t-il en 2017.
- Lèvres cousues et testicules cloués -
En Russie, Piotr Pavlenski avait déjà fait parler de lui grâce à ses "performances" choc, telles que s'être cloué la peau des testicules sur les pavés de la place Rouge, s'être coupé un bout d'oreille ou s'être cousu les lèvres en soutien au groupe contestataire Pussy Riot.
En novembre 2015, il arrose d'essence et met le feu à l'une des portes de la Loubianka, le siège historique des services de sécurité russes en plein coeur de Moscou et symbole des purges staliniennes des années 1930. Après sept mois de détention préventive, il est condamné à une simple amende dans une décision d'une rare clémence pour la justice russe.
Le Russe Piotr Pavlenski lors d'un entretien avec l'AFP le 14 février 2020
AFP
Diplômé de l'Académie d'art et d'industrie de Saint-Pétersbourg et père de deux enfants, l'artiste avait exigé à plusieurs reprises d'être jugé pour "acte terroriste".
En mai 2013, il s'était présenté nu, le corps entouré de barbelés, à l'assemblée de Saint-Pétersbourg pour protester contre le vote de lois selon lui répressives en Russie. L'année d'après, il est arrêté pour avoir brûlé des pneus dans la rue, en soutien au soulèvement pro-occidental à Kiev.
Ses actions coup de poing et ses prises de position ont reçu une appréciation variable au sein des mouvements d'opposition russes. Si certains militants ont défendu ses actions comme une forme d'art engagé, d'autres comme l'écrivaine et défenseure réputée des droits humains Lioudmila Alexeïeva ont condamné des actes "idiots".
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