Plainte, « pression » et piques: climat tendu entre le gouvernement et les médias
Plainte du ministère du Travail contre la publication de documents dans Libération, François Bayrou accusé de "pression" sur...

Plainte, « pression » et piques: climat tendu entre le gouvernement et les médias

Plainte du ministère du Travail contre la publication de documents dans Libération, François Bayrou accusé de "pression" sur...
Public Sénat

Par Taimaz SZIRNIKS et Frédéric POUCHOT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Plainte du ministère du Travail contre la publication de documents dans Libération, François Bayrou accusé de "pression" sur Radio France, frictions avec l'Elysée: les relations entre l'exécutif et la presse se tendent, certains journalistes dénonçant des atteintes au droit d'informer.

Vendredi, la direction générale du Travail a déposé une plainte contre X pour vol et recel de documents à la suite de la publication dans Libération d'informations présentées comme des pistes de la future réforme du code du travail.

"Je n'ai pas souvenir que l'administration ait porté plainte pour la divulgation de documents qui ne sont même pas secret défense ou quoi que ce soit", a protesté auprès de l'AFP Johan Hufnagel, directeur adjoint de Libération. Il a fait un parallèle avec l'arrestation récente aux Etats-Unis d'une sous-traitante du gouvernement pour avoir, selon le département de la Justice, transmis un document top secret à un média en ligne.

Si le gouvernement assure que la plainte ne vise pas Libération mais le fonctionnaire à l'origine de la fuite, c'est "un signal envoyé à la profession pour la museler", s'est offusqué le syndicat SNJ-CGT.

En fin de semaine dernière, on apprenait également que le ministre de la Justice, François Bayrou, avait contacté l'un des directeurs de Radio France pour se plaindre des appels de ses journalistes à des collaboratrices du MoDem, parti dont il est toujours président, considérés par lui comme du "harcèlement". Cet appel est intervenu mercredi, quelques heures avant la diffusion d'une enquête sur les emplois d'assistants parlementaires d'eurodéputés de son parti.

Le directeur des enquêtes et de l'investigation de Radio France, Jacques Monin, a dénoncé une "pression" et Dominique Pradalié, la secrétaire nationale du SNJ, premier syndicat chez les journalistes, a évoqué une "petite affaire d'Etat".

Le ministre a affirmé à l'AFP avoir appelé en tant que "citoyen", estimant que cela n'avait "rien à voir" avec sa fonction.

Dimanche, en annonçant son score au premier tour des législatives, le ministre de la cohésion des territoires Richard Ferrand en a profité pour décocher une flèche aux journalistes présents. "Malgré vos efforts méritoires, je constate que les Finistériennes et les Finistériens m'ont réitéré leur confiance", a déclaré ce proche d'Emmanuel Macron, visé par une enquête préliminaire relative à une affaire immobilière.

- "Instaurer une verticalité" -

Pendant la campagne électorale, Emmanuel Macron avait été un des seuls candidats à ne pas participer ouvertement au "media bashing", qui voyait certains prétendants à l'Elysée comme François Fillon ou Marine Le Pen attaquer les journalistes et leur traitement de l'actualité.

Mais dès son arrivée à l'Elysée, les relations du nouveau président et de son gouvernement avec la presse se sont durcies.

Dès le 18 mai, à l'occasion du déplacement du chef de l'Etat au Mali, l'Elysée avait tenté de choisir les journalistes qui devaient l'accompagner, s'attirant les protestations des directeurs de rédactions et d'une vingtaine de sociétés des journalistes de médias nationaux, dont celle de l'AFP.

L'Elysée privilégie aussi les médias audiovisuels pour la couverture de ses déplacements.

La parole présidentielle est devenue plus rare dans les médias, le chef de l'Etat préférant une expression sans filtre via les réseaux sociaux, les caméras des télévisions.

Il veut "instaurer une verticalité, une présidence marquée par la distance avec les journalistes", relève Alexis Lévrier, historien des médias, y voyant "presque une volonté (...) de leur faire comprendre qu'ils doivent se tenir à leur place".

"Les choses ne vont pas forcément bien quand la presse devient juge", a lancé le président fin mai à propos du rôle de la presse dans les affaires.

Concernant le recours présidentiel aux réseaux sociaux, le gouvernement assume: "ce n'est pas un contournement, vous (les médias, ndlr) vous mettez dans la position du taxi délaissé au profit d'Uber. Les deux peuvent aller de pair. Regardez ce qu'a fait Obama", commente à l'AFP un conseiller gouvernemental.

"Tout cela relève de la mise à distance des journalistes par le nouveau pouvoir", mais "il est un peu tôt pour dire s'il s'agit d'une stratégie de caporalisation de la presse", estime Christian Delporte, autre historien des médias, qui voit dans ces tensions le reflet de la "méfiance (du pouvoir, ndlr) à l'égard des médias, facilitée par la méfiance de l'opinion vis-à-vis" de ces mêmes médias.

Partager cet article

Dans la même thématique

Plainte, « pression » et piques: climat tendu entre le gouvernement et les médias
6min

Politique

Violences dans le périscolaire : « Il y a des prédateurs dans nos écoles sur tout le territoire », alertent les collectifs de victimes devant la commission d'enquête du Sénat

La commission d'enquête du Sénat consacrée à la prévention et au traitement des violences dans le périscolaire démarrait ses travaux ce mercredi par les auditions de représentants de collectifs de familles et de victimes. Ils ont mis en avant leur isolement et l'absence de transparence des institutions sur ce sujet des violences sexuelles et ont plaidé pour la mise en place d'un fichier permettant de consulter les antécédents des personnels.

Le

Plainte, « pression » et piques: climat tendu entre le gouvernement et les médias
4min

Politique

Canicule : Patrick Kanner réclame un « plan Marshall » et annonce une mission flash du Sénat

Alors que le gouvernement réunit jeudi une cellule interministérielle de crise à Marseille face à un nouvel épisode de fortes chaleurs, le président du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner, appelle à une réponse politique de plus grande ampleur. Invité au micro de Public Sénat, il salue l’organisation prochaine d’un débat parlementaire tout en annonçant le lancement d’une mission flash sénatoriale dès le mois de juillet afin d’évaluer la préparation de l’État face aux conséquences du changement climatique.

Le

Plainte, « pression » et piques: climat tendu entre le gouvernement et les médias
3min

Politique

Violences sexuelles sur les enfants : le gouvernement propose la perpétuité en cas de viols en série et réduit les délais d’enquête 

Après plusieurs faits divers ayant mis en lumière de graves erreurs dans le traitement des plaintes de mineurs agressés sexuellement, le gouvernement a modifié sa copie pour y inclure de nouvelles mesures. Notamment, la perpétuité pour des viols en série, la réduction des délais d’enquête ou supprimer certaines remises en liberté automatique.

Le