Plan pour l’hôpital : Agnès Buzyn précise le calendrier, après un début de séance bousculé au Sénat
Les sénateurs ont renvoyé en commission le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020, jugeant inconcevable de poursuivre son examen sans connaître le plan pour l’hôpital de la ministre de la Santé. Le gouvernement précise que le Parlement ne sera « pas privé » d’une discussion.

Plan pour l’hôpital : Agnès Buzyn précise le calendrier, après un début de séance bousculé au Sénat

Les sénateurs ont renvoyé en commission le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020, jugeant inconcevable de poursuivre son examen sans connaître le plan pour l’hôpital de la ministre de la Santé. Le gouvernement précise que le Parlement ne sera « pas privé » d’une discussion.
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Pour plusieurs raisons, le débat sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2020 s’annonçait compliqué au Sénat. Le premier accrochage est intervenu dès la fin de la discussion générale, marquant le début de l’examen dans la chambre haute ce 12 novembre, deux jours avant la mobilisation nationale des personnels des hôpitaux. Les sénateurs ont adopté une motion provoquant le renvoi en commission du projet de loi. Symboliquement, l’examen du texte est ralenti.

Cette procédure, initiée par le président de la commission des Affaires sociales, Alain Milon (LR), a été soutenue par la plupart des groupes au Sénat, de la gauche (socialistes et communistes) aux bancs de la majorité sénatoriale (droite et centre). Pour le groupe de la République en marche, le sénateur Michel Amiel (ex-PS) a déclaré qu’il pouvait « comprendre » ce « mouvement d’humeur ».

« Nous sommes irrités », déclare le rapporteur général au nom des sénateurs

Hôpital : colère du rapporteur Vanlerenberghe, sur le calendrier de présentation du plan
03:30

Comme nous l’expliquions peu avant l’ouverture des débats, la commission des Affaires sociales, qui n’avait déjà pas approuvé le montant des dépenses sociales (l’Ondam), a estimé que la « sincérité » des débats était compromise, après les révélations du Journal du dimanche (JDD) de l’annonce, dans les prochains jours, d’un plan pour l’hôpital. Un calendrier quelque peu fâcheux, car le Sénat pourrait être appelé à se prononcer sur le financement de l’hôpital, avant même d’avoir la primeur des annonces gouvernementales.

« Cette situation n’est pas acceptable », a déploré Alain Milon. À la tribune, le rapporteur général, Jean-Marie Vanlerenberghe (UDI) a redouté que sitôt le PLFSS voté, il ne soit « obsolète ». Le centriste, à l’instar d’autres collègues, a déploré la méthode, sur le fond comme sur la forme. « Nous sommes irrités ! […] À quoi sert le Parlement, et le débat qui est en cours, si tout se passe en dehors de cette enceinte ! » Pour la communiste Laurence Cohen, l’absence du plan pour l’hôpital dans le texte traduit une « mascarade ». « On est dans un brouillard qui est à couper au couteau », s’est-elle indignée.

Des annonces connues au plus tard avant la nouvelle lecture du PLFSS

L’article fixant l’Objectif national des dépenses d'assurance maladie (Ondam) devrait être examiné au Sénat lors de la séance de vendredi ou samedi. C’est-à-dire après la manifestation des personnels soignants du jeudi 14 novembre. Un délai suffisant pour intégrer les amendements du gouvernement sur la revalorisation des métiers hospitaliers et les investissements promis ? Agnès Buzyn a toutefois assuré que la date du 20 novembre, évoquée par le JDD, « ne correspondait à aucune date fixée ». Une chose est sûre à cette heure : les annonces qui nécessitent une traduction législative et une intégration dans le PLFSS le seront effectivement, quitte à être examinées lors de la nouvelle lecture. L’an dernier, la nouvelle lecture dans les deux chambres s’était tenue du 21 au 28 novembre.

Autre annonce : la ministre a confirmé que des discussions étaient bien en cours sur le niveau de l’Ondam. Actuellement, ces dépenses doivent progresser de 2,3% en 2020 (soit 1,7 milliard d’euros supplémentaires pour l’hôpital), contre 2,5 en 2019. Les annonces du gouvernement « ne priveront pas le Parlement d’une discussion », a assuré Agnès Buzyn, en réponse aux sénateurs et sénatrices accusant le gouvernement de ne pas respecter leur institution.

« Nous n’avons pas droit à l’erreur », assure Agnès Buzyn

Reprise la dette abyssale des hôpitaux par l’État ou encore relèvement de l’Ondam pour permettre des investissements dans les hôpitaux, enfermés dans l’austérité budgétaire pendant de nombreuses années : les quelques idées disséminées dans la presse dimanche ne peuvent pas encore être considérées comme des « annonces », selon la ministre. « Conscient d’une crise profonde » de l’hôpital, et alors que le contexte social dans le pays s’assombrit, le gouvernement ne veut pas se louper. « La réponse que doit apporter le gouvernement doit être à la hauteur de l’enjeu […] Nous n’avons pas droit à l’erreur », a insisté la ministre, selon laquelle les « arbitrages sont très complexes ».

À moins d’un mois d’un mouvement de grève contre la réforme des retraites, le président de la commission des Affaires sociales a d’ailleurs mis en garde, avec gravité, le gouvernement. « À trop vouloir se passer du Parlement et des corps intermédiaires, le gouvernement va se trouver bien seul face aux mouvements sociaux en cours ou à venir. Un face-à-face dangereux […] qui peut conduire à la paralysie et à l’abandon des réformes. Peut-être pire encore ! » Regardez :

PLFSS2020 : « Le gouvernement va se trouver bien seul face aux mouvements sociaux » (Alain Milon)
02:47

La procédure de renvoi en commission reste en tout cas très symbolique. La commission des Affaires sociales, qui a réussi à stopper les débats à 19h30, devra présenter ses conclusions, à la reprise, à 21h30. Le règlement du Sénat implique en effet qu’elle le fasse au cours de la même séance. Et dans ce type de loi budgétaire, le Parlement n’est pas maître de l’agenda. Le délai d’adoption de la loi de financement de la Sécu est en effet très encadré par la Constitution.

La colère du Sénat, avec l’adoption de cette motion transpartisane, n’a pas cependant pas laissé la ministre de marbre. « C’est un acte fort que nous avons entendu », a réagi la ministre. Lorsque la discussion reprendra, les sénateurs devraient très vite arriver sur l’article 3, qui prévoit d'entériner la non-compensation par l'État au budget de la Sécu, de certaines exonérations de cotisations sociales, décidées en réponse au mouvement des gilets jaunes. Un autre point du PLFSS explosif au Sénat.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Loi Yadan contre l’antisémitisme : les sénateurs dubitatifs à l’annonce de la reprise en main du gouvernement

Après le retrait à l’Assemblée nationale de la proposition de loi portée par la députée Renaissance Caroline Yadan, le gouvernement va reprendre la main et présentera un projet de loi sur la lutte contre l’antisémitisme devant le Sénat avant l’été. L’exécutif compte sur un accueil plus favorable à la chambre haute où la droite et le centre sont majoritaires. Mais les relations entre la majorité sénatoriale se sont tendues ces derniers temps.

Le

Paris: French Government Weekly Cabinet Meeting
3min

Politique

1er mai : boulangeries et fleuristes « indépendants » pourront faire travailler leurs salariés dès cette année, annonce Sébastien Lecornu

Le Premier ministre a mis sur la table, vendredi, un nouveau projet de loi d’élargissement du travail le 1er mai, uniquement ouvert aux boulangeries et fleuristes « indépendants et artisanaux ». En attendant son adoption formelle, il a assuré que des consignes seront données pour qu’aucun contrôle ne vienne entraver le travail de leurs salariés cette année.

Le

Festival Du Livre 2025
2min

Politique

Crise chez Grasset : au Festival du livre, Emmanuel Macron affiche sa volonté de défendre le « pluralisme éditorial »

En visite ce vendredi au Festival du livre, bousculé par la crise ouverte chez l’éditeur Grasset, Emmanuel Macron a voulu afficher sa défense du « pluralisme éditorial » et de « la liberté des auteurs ». Concernant la création d’une clause de conscience pour les auteurs, le Président a estimé que cela « doit se réfléchir ».

Le

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le