PMA : les propos de Laurent Wauquiez passent mal chez certains sénateurs LR
Les déclarations de Laurent Wauquiez sur la PMA pour toutes, qui mènerait « à l’eugénisme » fait par « le nazisme », sont critiquées aussi à droite. Au Sénat, le sujet de la PMA pour toutes divise au groupe LR. Bruno Retailleau y est opposé, alors que Gérard Larcher se dit « ouvert » sur les questions de bioéthique.

PMA : les propos de Laurent Wauquiez passent mal chez certains sénateurs LR

Les déclarations de Laurent Wauquiez sur la PMA pour toutes, qui mènerait « à l’eugénisme » fait par « le nazisme », sont critiquées aussi à droite. Au Sénat, le sujet de la PMA pour toutes divise au groupe LR. Bruno Retailleau y est opposé, alors que Gérard Larcher se dit « ouvert » sur les questions de bioéthique.
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Le sujet est sensible. Laurent Wauquiez n’y pas allé à moitié. Dimanche, devant les militants de Sens commun, le président des Républicains a estimé que l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes « mènera(it) nécessairement » à la gestation pour autrui (GPA), « la marchandisation des gamètes ». « Tout ceci a un nom, c'est l'eugénisme. Tout ceci a été fait par un régime, c'est le nazisme ». Les mots sont lâchés. Laurent Wauquiez a ensuite nuancé en partie ses propos dans un Tweet publié lundi.

Les opposants à la PMA pour les couples de lesbiennes et les femmes seules sont nombreux chez les LR. Quelques jours plus tôt, le sénateur LR Henri Leroy, cosignataire d’une tribune de 20 sénateurs LR opposés à la PMA, avait déjà préparé le terrain en évoquant les « expériences dramatiques, comme celles du professeur Mengele qui voulait jouer avec les gènes pour arriver à une race parfaite » pour les nazis.

La sénatrice LR Marie Mercier dénonce l'« opinion extrême » de Laurent Wauquiez

Les propos de Laurent Wauquiez ont été dénoncés à gauche, mais aussi par la ministre de la Santé Agnès Buzyn, dans une vidéo publiée sur les réseaux. Mais à droite aussi, certains ont été choqués. C’est le cas de la sénatrice LR Marie Mercier, défenseure de la PMA pour toutes les femmes. La sénatrice de Saône-et-Loire s’en est confiée à publicsenat.fr. « Heureusement qu’il n’y avait pas une caméra cachée qui m’a filmée quand j’ai entendu cette déclaration » commence Marie Mercier, qui est médecin.

« Je pense de façon très simple que la PMA est un sujet tellement sérieux et sensible qu’il mérite davantage que ce genre de petite phrase. Ces déclarations ne sont pas à la hauteur de l’enjeu de la PMA. Il faut recontextualiser. On ne peut pas se donner le droit de s’exprimer ainsi de façon péremptoire sans avoir remis en perspective le pourquoi d’une PMA. C’est une question de société, philosophique, culturelle, religieuse. Et je me méfie, de façon quasi épidermique, des sujets où on a une conclusion ferme, définitive et fermée » affirme la sénatrice LR, qui ajoute :

« On a le droit d’être contre, mais ça ne donne pas le droit de s’exprimer n’importe comment. Je ne crois pas que toutes les personnes de France qui partagent les idées de droite et du centre-droit partagent cette opinion extrême ».

Un autre sénateur LR, lui aussi fervent défenseur de la PMA pour toutes, ne souhaite pas en rajouter. Il préfère réagir « par le mépris et le silence » et ne pas donner « plus d’importance » aux propos de Laurent Wauquiez par sa réaction.

Sur Twitter, le sénateur LR Roger Karoutchi, sans citer Laurent Wauquiez, s’étonne des références dans les débats aux « années 30 pour les uns » ou à « la politique nazie pour d’autres »…

Même chez certains sénateurs LR, qui avaient pu signer une tribune contre la PMA, les propos du numéro 1 du parti passent mal, comme pour Jean-François Husson :

« Il faut éviter les déclarations intempestives et le buzz médiatique. Ça dure 24 ou 48h et ça retombe. Les déclarations brutales, ce n’est globalement jamais bon ».

Le sénateur LR de la Meurthe-et-Moselle se dit en réalité « ouvert sur le débat. Sur ces sujets, il faut un débat ouvert dans la société, entendre des philosophes, avoir des retours d’expérience. Il faut arrêter d’aller chercher les sujets qui fracturent la société ».

D’autres à droite ont peu goûté aussi les propos de Laurent Wauquiez. « Je n’aime pas ce qui est excessif. C’est absolument ridicule de dire ça dans ces termes là. C’est manquer de respect à ceux qui sont (pour), qui ne sont ni des eugénistes, ni des nazis » affirme sur Public Sénat Jérôme Bignon, sénateur (ex-LR, Les Indépendants) de la Somme, opposé lui-même à la PMA pour toutes.

Au sein du groupe LR, le rapport de force penche en réalité du côté des opposants. Son président Bruno Retailleau est fermement contre la PMA pour toutes. Dans une tribune publiée dans Le Figaro et écrite par le président LR de la commission des lois, Philippe Bas, 108 des 148 sénateurs LR avaient même exprimé leur opposition. Mais il en reste 38 qui ne l’ont pas signée, comme Alain Milon, président de la commission des affaires sociales. « C’est une nécessité. A partir du moment où on autorise la PMA pour les couples hétérosexuels, il n’y a aucune raison qu’on mette en place une injustice pour les autres » affirme en septembre dernier à publicsenat.fr ce médecin de profession.

Gérard Larcher veut être « un facilitateur »

Les débats vont continuer. D’autant que le projet de loi sur la PMA ne devrait pas arriver avant l’été. Sûrement une manière pour le gouvernement d’éviter un débat difficile avant les élections européennes. Mais ce débat pourrait aussi être compliqué à droite et au Sénat. Car son président, Gérard Larcher, n’est pas exactement sur la même ligne que Bruno Retailleau ou Philippe Bas. « Bruno en fait une position infranchissable, mais ce n’est pas le cas Gérard » confirme un sénateur LR.

Invité de Public Sénat le 7 novembre dernier, Gérard Larcher n’a pas exprimé d’opposition sur le sujet. Interrogé sur la PMA, il s’est au contraire dit « ouvert » sur les sujets de bioéthique, ce qui inclut la procréation médicalement assistée.

Il expliquait vouloir « un débat digne ». On est loin des propos de Laurent Wauquiez. « On a des questions fondamentales, en matière de génétique, de thérapie génique, de recherches sur l’embryon. Tous ces sujets, nous devons les aborder » expliquait-il. « En matière de PMA, quelle levée de l'anonymat ? Quelle gratuité du don ? La traduction très claire du refus de la GPA. Sur tous ces sujets-là, je vais être un facilitateur. Moi, je suis sur ces sujets ouverts, avec des exigences. Qu’on traite de l’humain, qu’on dépasse nos clivages politiques » affirmait Gérard Larcher. Le président du Sénat ajoutait avoir « un modèle » en tête : « Le débat qui a eu lieu (au Sénat) il y a très longtemps sur l’IVG ». Il se souvient des « paroles de Simone Veil », plusieurs années après : « On m’avait dit que c’était une chambre de conservateurs passéistes. C’est là que j’ai été le plus écoutée » racontait Gérard Larcher. Regardez :

Extension de la PMA à toutes les femmes : Gérard Larcher veut un « débat digne »
01:09

Quelle majorité au Sénat sur la PMA ?

Si pour l’heure, les différences chez les sénateurs ne font pas de vagues, reste à voir l’évolution des débats. Pas de risque de division, selon Marie Mercier. « Bruno Retailleau a ses convictions. Mais il a cette souplesse de nous respecter chacun » dit-elle. Quant aux différences sur le sujet entre Gérard Larcher et Bruno Retailleau, la sénatrice est « sûre qu’il n’y aura pas de guerre, pas de posture entre eux. Ils ont le droit de ne pas avoir la même position. Ce sont deux hommes intelligents, mesurés ».

Reste qu’au moment où viendra le vote, il faudra regarder aussi du côté des 51 voix des sénateurs centristes. Le président du groupe UC, Hervé Marseille, s’est dit ouvert à la PMA pour toutes et n'exclut pas de la voter. Un sénateur LR pro-PMA le sait bien. Il fait remarquer que si une centaine de ses collègues y sont opposés, « il en reste 240 » en comptant tous les autres groupes… De quoi peut-être trouver une majorité, dont le vote serait retentissant.

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