Pour Haïba Ouaissi : « Il faut passer d’une égalité proclamée à une égalité réelle »
À l’approche des élections législatives et alors que l’Assemblée nationale n’est actuellement composée que de 2% de minorités visibles, peut-on espérer une meilleure représentation de la société française ? Le nouveau chef de l’État, Emmanuel Macron tiendra-t-il ses promesses en faveur d’une diversité plus visible ? Haiba Ouaissi, président du club XXIe siècle, reste sceptique devant les premières nominations du nouveau quinquennat. Entretien avec celui qui prône l’égalité.  

Pour Haïba Ouaissi : « Il faut passer d’une égalité proclamée à une égalité réelle »

À l’approche des élections législatives et alors que l’Assemblée nationale n’est actuellement composée que de 2% de minorités visibles, peut-on espérer une meilleure représentation de la société française ? Le nouveau chef de l’État, Emmanuel Macron tiendra-t-il ses promesses en faveur d’une diversité plus visible ? Haiba Ouaissi, président du club XXIe siècle, reste sceptique devant les premières nominations du nouveau quinquennat. Entretien avec celui qui prône l’égalité.  
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Emmanuel Macron veut faire bouger les lignes, évoluer les mentalités, secouer la politique. Il se veut féministe, se dit pour l’égalité et la parité, mais quid de la diversité ? Plusieurs photos récemment publiées ont fait réagir le président du Club XXIe siècle. Sur un selfie d’Emmanuel Macron en compagnie de son équipe de campagne, posté sur les réseaux sociaux, on peut constater que la photo reste très « blanche ». Autre image, autre absence de minorités visibles : celle des candidats investis par la République en marche pour les élections législatives. Et au gouvernement, à part Laura Flessel, guadeloupéenne, et Mounir Mahjoubi, le nouveau secrétaire d’État au numérique, peu de « couleurs » également. Haïba Ouaissi évoque « une stagnation, pour ne pas dire régression » pour qualifier le nouveau gouvernement français. Le président du Club XXIème siècle a d’ailleurs échangé sur cette question avec Emmanuel Macron lors de la passation de pouvoir. À cette occasion, Haïba Ouaissi a rappelé au nouveau locataire de l’Élysée qu’ « il devait son élection à la France dans sa pluralité et qu’il devait aussi montrer des gages forts et symboliques » pour garantir son engagement dans la lutte contre le plafond de verre auquel se heurtent les minorités visibles.

 

Mais la diversité est pluridimensionnelle. Plus que la discrimination ethnoculturelle, Haïba Ouaissi souligne aussi la ségrégation fondée sur le parcours professionnel. Il déplore d’ailleurs que les carrières soient si homogènes : « Quand vous avez des profils qui sont toujours les mêmes (l’ENA, Sciences Po) et que l’on n’ouvre pas à d’autres profils, c’est un entre-soi qui est néfaste pour les cabinets car ils se privent d’une partie des richesses, de talents, de compétences et puis d’ouverture qui leur permettent d’apporter des visions différentes sur des problématiques ». Pour autant, ce dernier conçoit le fait que le gouvernement tarde à prendre des mesures pour résorber les exclusions et pour la promotion de la diversité. Selon lui, le climat sociétal s’est tendu en France après la série d’attentats qui ont marqué le pays. Ainsi pour Haïba Ouaissi, ce microcosme politique monochrome « dénote une peur, un repli sur soi, un rejet de l’autre […] Je peux comprendre que le président de la République, Emmanuel Macron, soit attentif à cela et qu’il ne nomme pas tout de suite les concitoyens français issus de la diversité selon leurs compétences comme il le souhaiterait parce que je crois qu’il est quand même habité par cette question-là et sincère dans son engagement ».

Rama Yade
Rama Yade, secrétaire d'Etat de 2007 à 2010 sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy et ancienne vice-présidente du conseil d'administration du Club XXIème Siècle

Pour autant, Haïba Ouaissi lutte au quotidien pour promouvoir la diversité en politique et dans toutes les sphères de la société. Son combat est celui d’une France qui ne distingue pas les origines et où seule la compétence est l’exigence du mérite national. Son club réunit personnalités et anonymes, issus ou non de la diversité, tous engagés dans l’accélération de carrière des minorités. Son objectif,  nous dit-il : « accompagne[r] des talents, que ce soit des étudiants ou des entrepreneurs. […] Il faut tendre la main à cette jeunesse qui entre sur le marché du travail. Il y a de nombreux jeunes qui sont bardés de diplômes mais qui s’autocensurent ou bien qui pensent ne pas avoir le réseau pour y arriver». Il s’agit donc pour l’organisation de gommer tout sentiment d’illégitimité ou d’incapacité à incarner la représentation républicaine.

« Le club a plutôt porté ses fruits car d’années en années on a eu plusieurs membres qui ont été ministres, se félicite-t-il […] Et nous faisons aussi un important travail au niveau des entreprises et des médias [...] ainsi qu’un travail d’influence auprès des décideurs dans le domaine économique ».

En d’autres termes, le club XXIème apparaît comme l’un des berceaux d’évolutions des mœurs et le terreau de nouvelles valeurs nationales.

 

Haiba Ouaissi : "le triptyque "Liberté, égalité, fraternité", il ne tient qu'à chacun d'entre nous de le faire vivre"
00:19

 

« Je veux expliquer à cette jeunesse que rien n’est impossible […]  et qu’en réalité, nous avons la chance de vivre dans une belle démocratie et qu’il ne tient qu’à chacun d’entre nous de faire vivre le triptyque « liberté, égalité, fraternité ».

Une note d’espoir et d’optimisme que nous transmet ce militant convaincu à l’aube du nouveau quinquennat.

 

Retrouvez l'interview intégrale d'Haïba Ouaissi dans l'émission Un monde en docs consacrée à la diversité en politique le samedi 27 mai à 22h, le dimanche 28 mai à 9h et le dimanche 4 juin à 18h sur Public Sénat.

A lire pour prolonger l'émission: 

  • Les Couleurs de la représentation. IntroductionEric FASSIN, vol. 60, 2010, ed. Presses de Sciences Po

  • Le Grand repli de Nicolas BANCEL, Pascal BLANCHARD et Ahmed BOUBEKER, 2015, ed. La Découverte

 

 

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