Pour l’ancien trader Jérémy Désir, des banques « parient sur l’effondrement » de la planète
C’est l’histoire d’une bifurcation à 180°. Formé à l’école de mines de Saint-Etienne, Jérémy Désir a commencé une carrière de trader avant de s’orienter vers un mode de vie plus durable, et conforme à ses idéaux. Aujourd’hui celui qui développe des projets de permaculture en Martinique, se considère comme un lanceur d’alerte et dénonce dans l’émission « dialogue citoyen » la voracité d’un système qui détruit la planète.

Pour l’ancien trader Jérémy Désir, des banques « parient sur l’effondrement » de la planète

C’est l’histoire d’une bifurcation à 180°. Formé à l’école de mines de Saint-Etienne, Jérémy Désir a commencé une carrière de trader avant de s’orienter vers un mode de vie plus durable, et conforme à ses idéaux. Aujourd’hui celui qui développe des projets de permaculture en Martinique, se considère comme un lanceur d’alerte et dénonce dans l’émission « dialogue citoyen » la voracité d’un système qui détruit la planète.
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Comment passe-t-on de la jungle de la finance londonienne à celle tropicale de la Martinique. C’est le parcours pour le moins atypique de Jérémy Désir. En 2018 sa vie professionnelle correspond pourtant aux schémas d’une vie idéale, conforme aux canons de la réussite : il devient trader dans le quartier de la City à Londres.

Mais très vite il déchante et découvre que les banques pour lesquelles il travaille ne se soucient pas du climat, en dépit des alertes des scientifiques : « J’ai essayé de changer les choses de l’intérieur. J’ai essayé de faire remarquer à mon employeur les contradictions profondes qu’il y avait entre la volonté de croissance d’HSBC et leur volonté d’avoir une planète habitable. Mes employeurs ont minimisé et ridiculisé mes alarmes en disant que je n’étais simplement pas fait pour le trading ».

Des banques aux activités mal encadrées

Pour Jérémy le système de régulation des banques est défaillant détaille-t-il : « A ce moment-là j’ai pris conscience que les régulateurs des instances bancaires étaient complètement impuissants », et de dénoncer une impuissance programmée : « ils pourraient faire quelque chose pour contrecarrer les projets des institutions bancaires et des multinationales en général, mais il y a une impuissance programmée du régulateur pour que les banques s’autorégulent » lâche-t-il accusateur.

« C’est nous qui décidons de la vie sur terre » Mélanie Vogel

Si Mélanie Vogel, la sénatrice écologiste des Français de l’étranger, partage la difficulté à réguler le système, elle y voit d’abord une paresse plus qu’un projet caché : « Au Sénat, en France, les écologistes on est très minoritaires on est 12 sur 348 ce n’est pas beaucoup. Mais je ne dirais pas que c’est programmé ; dans le sens où il n’y a personne, même chez nos adversaires politiques qui dit : ‘moi je programme la destruction de la planète’ ».

Paresse et déni

« A mon avis, poursuit-elle, il y a deux forces extrêmement puissantes dans la nature humaine qu’il faut combattre, le déni qui est d’une puissance extraordinaire et l’autre chose c’est la paresse. Le déni et la paresse ce sont les deux moteurs de l’inaction, et cette inaction est extrêmement grave. Je ne dirais pas que c’est programmé par contre c’est modifiable. Il n’y a rien d’autre que nous qui décidons de la vie que l’on a sur terre. Et on peut tout à fait décider d’en avoir une autre. » conclut-elle

Il n’y a rien d’autre que nous qui décidons de la vie que l’on a sur terre. Et on peut tout à fait décider d’en avoir une autre, Mélanie Vogel

Mais pour celui qui a décidé désormais de cultiver du café, et de vivre sans eau courante, ni électricité il serait « dangereux » de résumer l’inaction à la paresse et au déni, et l’ancien trader d’accuser : « Il y a aussi du cynisme et de la psychopathie ! Mon boss personnel était dans le cynisme : il disait « Dans tous les cas c’est foutu ! Dans mon pays d’origine : il n’y aura pas de montée des eaux dans le tien en Martinique il y en aura ! Et des sécheresses ! Mais voilà moi je serai bien. Ou encore un autre exemple, lorsqu’on me confie que des supérieurs font tout pour parier sur l’effondrement, parier sur certaines matières premières qui vont se raréfier. Ils n’ont pas des raisonnements comme Monsieur tout le monde, ils ont beaucoup plus d’informations, beaucoup plus de pouvoir il ne faut pas minimiser la conscience de la nuisance des personnes qui sont aujourd’hui aux manettes et qui sortent des écoles que j’ai pu fréquenter ».

Un processus long

Un réquisitoire, excessif pour Chantal Deseyne. Pour la sénatrice, Les Républicains d’Eure-et-Loir, « il n’y a pas de volonté délibérée de fermer les yeux » mais un processus de transition écologiste qui est long : « C’est un tel changement de paradigme et de société que ça ne s’opère pas comme ça, même si on en avait le souhait, du jour au lendemain ! » conclut-elle.

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