Précarité étudiante : « On atteint des niveaux inédits », alerte la présidente de l’Unef
Les représentants de quatre syndicats étudiants étaient entendus, ce jeudi, au Sénat dans le cadre de la mission d’information sur les conditions de vie étudiante considérablement dégradées par la crise sanitaire. Ils réclament de vraies politiques publiques et notamment une mise à plat du système de bourses.

Précarité étudiante : « On atteint des niveaux inédits », alerte la présidente de l’Unef

Les représentants de quatre syndicats étudiants étaient entendus, ce jeudi, au Sénat dans le cadre de la mission d’information sur les conditions de vie étudiante considérablement dégradées par la crise sanitaire. Ils réclament de vraies politiques publiques et notamment une mise à plat du système de bourses.
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Par Héléna Berkaoui

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Les files d’attente devant les banques alimentaires, les suicides sur les campus étudiants… Les signaux d’alarme tonitruants ont mis en lumière les difficultés rencontrées par les étudiants un an après le début de la crise sanitaire. « On a une précarité étudiante qui a explosé, elle était déjà là mais on atteint des niveaux qui n’ont jamais été atteints », rapporte la présidente de l’Unef devant les sénateurs ce jeudi 8 avril. L’audition des quatre représentants des principales organisations étudiantes s’est tenue dans le cadre de la mission d’information sur les conditions de vie étudiante lancée en février dernier.

Si on a pu observer quelques divergences d’opinions entre les syndicats, la présidente de l’Unef a ironiquement relevé les larges points d’accord : un rare consensus qui témoigne de la gravité de la situation et d’une action publique jugée indigente. Les représentants ont ainsi fait état des nombreuses conséquences de la crise sur les étudiants que ce soit sur le plan social, scolaire, sanitaire mais aussi sur l’insertion professionnelle.

« Il y a la question du logement, de l’alimentation, il y a une précarité menstruelle et pour les produits d’hygiène en général. Normalement, on fonctionne dans un système d’aides sociales que l’on considère déjà à bout de souffle et ce système nous donne deux choix, soit celui de dépendre de nos parents, soit celui de nous salarier et le constat qu’on fait c’est que, pendant cette crise, ces deux piliers ont été affectés », a développé Mélanie Luce, la présidente de l’Unef. Aussi, la santé mentale des étudiants a encore une fois fait l’objet de plusieurs alertes.

Les actions du gouvernement apparaissent, selon les syndicats, insuffisantes ou mal ficelées. C’est notamment le cas des fameux repas à 1 euro, lancés suite à la médiatisation de l’affluence étudiante aux portes des banques alimentaires. « Il y a eu 2,3 millions de repas à 1 euro qui ont été distribués alors qu’on a 2,7 millions d’étudiants, ça veut dire que sur un mois on n’a même pas eu, en moyenne, un repas par étudiant dans le mois. C’est pour ça qu’il est préférable de privilégier les aides directes », plaide Adrien Lienard, responsable des questions sociales à l’Unef. Le délégué général de l’UNI propose à ce sujet la création de tickets restaurant étudiant, des propositions de loi sont à l’étude à l’Assemblée nationale comme au Sénat sur ce point précis.

Précarité : les syndicats étudiants dresse un constat très alarmant
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Le secrétaire général de la Fage a aussi souligné que ces dispositifs peuvent être freinés sur les campus délocalisés qui ne comportent parfois pas de restaurant universitaire. Paul Mayaux a aussi largement insisté sur le taux de non-report, « un des plus gros murs que l’on ait pu rencontrer depuis le début de cette crise sanitaire ». Le sujet, ici, est de savoir « comment on va chercher les jeunes qui sont en dehors de tous les dispositifs ou qui n’ont pas l’information pour pouvoir rentrer dans ces dispositifs que ce soit sur l’ensemble des mesures sanitaires qui ont pu être prises par le gouvernement ou les actions associatives ».

Le ciblage des étudiants pose plus globalement la question des bourses qui leur sont allouées et dont le système est jugé défaillant. « On attend la réforme des bourses sur critères sociaux, aujourd’hui elles ne touchent pas une assiette de jeunes suffisante », soulève Paul Mayaux (voir la vidéo ci-dessus). Le président de la Fage donne un exemple assez parlant des limites actuelles : « Sur les échelons, ça peut créer au sein même de ce système des inégalités quand un foyer touche 25 000 euros et l’autre 35 000 euros par an et que l’aide est la même à destination des jeunes ».

La dégradation des conditions de vie étudiante affecte également les résultats des étudiants et cela s’illustre notamment par « une augmentation de 3 % du taux d’échec dans les universités ». Le délégué général de l’UNI, Jacques Smith, pointe également la dégradation de la qualité des cours à cause du distanciel. « Le gros chantier c’était les plateformes numériques […] Durant le premier confinement, on avait bien vu les retards que pouvaient avoir les universités, on est malheureux de voir que, malgré des progrès, il y a énormément de choses à faire », a-t-il déploré tout insistant sur les conséquences que cela induira sur la valeur des diplômes. « Sur l’année 2020, plus de 55 % des diplômés Bac + 5 n’ont pas trouvé de travail au bout de 6 mois », indique par ailleurs Jacques Smith.

Précarité : les syndicats étudiants dresse un constat très alarmant
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Le sénateur LR du Maine-et-Loire, Stéphane Piednoir, a interrogé les syndicats sur les dispositifs qu’ils mettaient en place pour l’accès à l’emploi. Le président de la Fage lui a indiqué l’existence du dispositif « Coup de pouce » qui agit sur la formation et l’accompagnement à la recherche d’emploi en partenariat avec l’Apec. « On ne peut pas développer d’autres dispositifs par manque de moyens », a aussi indiqué Paul Mayaux qui se dit favorable au retour à l’aide premier emploi qui a été supprimée par le gouvernement. La plateforme « Un jeune, une solution » mise en place à l’été 2020 a aussi été décriée par la présidente de l’Unef. « Le plan « Un jeune, une solution » est un échec parce que toutes les aides mises en place, beaucoup d’argent a été investi, mais sans aucun conditionnement à une embauche en CDI », reproche-t-elle. Peu importe leur sensibilité politique, tous les syndicats fustigent ainsi le manque de politiques publiques en cette période et alertent sur les conséquences que cela aura à terme. « On sait d’ores et déjà que la rentrée ne se passera pas bien parce que le budget qui a été voté est insuffisant », a aussi assuré Naïm Shili, représentant d’Alternative étudiante, « il y a besoin d’un investissement dès maintenant ! ».

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