Prélèvera? Prélèvera pas? La confusion s’installe autour de l’impôt à la source
Le prélèvement à la source en France verra-t-il le jour en janvier 2019 comme prévu? Le doute s'installe après une série d'informations...

Prélèvera? Prélèvera pas? La confusion s’installe autour de l’impôt à la source

Le prélèvement à la source en France verra-t-il le jour en janvier 2019 comme prévu? Le doute s'installe après une série d'informations...
Public Sénat

Par Benoit TOUSSAINT, avec Déborah CLAUDE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le prélèvement à la source en France verra-t-il le jour en janvier 2019 comme prévu? Le doute s'installe après une série d'informations contradictoires ces derniers jours, évoquant ici des barrières psychologiques, là des erreurs lors de tests, au moment où l'Elysée semble hésiter.

"Le dispositif technique fonctionne, il est prêt!", a assuré samedi soir sur Twitter Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics, chargé de la mise en oeuvre de cette réforme.

Une déclaration intervenue après un article du Parisien qui affirme avoir consulté une note confidentielle du fisc. Selon le quotidien, elle révèle que la phase d'essai du prélèvement à la source, testé auprès de certaines entreprises, s'est soldée par des centaines de milliers d'erreurs.

Le nombre d'erreurs est extrêmement irrégulier d'un mois à l'autre: elles sont par exemple inexistantes en janvier, avant de culminer à plus de 300.000 le mois suivant. Sont également évoqués le prélèvement à de multiples reprises de l'impôt auprès d'une même personne, ou le prélèvement par erreur à un homonyme.

"La phase de tests (...) a permis d'identifier des erreurs et de les corriger (c'est son rôle!)", a répliqué M. Darmanin, précisant que "les erreurs identifiées concernent moins de 1% des contribuables, elles ont été depuis résolues".

- Prudence -

Mais du côté des autres membres du gouvernement, c'est surtout la prudence qui dominait dimanche au moment d'évoquer ce dossier qui menace d'ajouter un nouveau couac à la rentrée déjà mouvementée de l'exécutif.

Interrogé sur BFM TV, le ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire a estimé que "rien ne justifierait de repousser" l'entrée en vigueur de la mesure, à condition toutefois que "toutes les garanties techniques (puissent) être apportées à 100% par le ministre des Comptes publics et son administration". M. Le Maire a par ailleurs évité à plusieurs reprises de dire si le dispositif pourrait être lancé comme prévu en janvier.

Le prélèvement de l'impôt à la source
Le fonctionnement du prélèvement de l'impôt à la source
AFP

Même son de cloche de la part du porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux: il a déclaré que la mesure serait mise en oeuvre en janvier 2019 "si nous avons techniquement toutes les assurances pour les Français", se gardant bien de dire si tel est le cas aujourd'hui ou non.

Une réunion entre Emmanuel Macron et Gérald Darmanin est programmée mardi à l'Elysée sur la question.

Samedi, M. Darmanin avait laissé entendre que les débats au sein de l'exécutif portaient sur les conséquences psychologiques de la réforme: "Est ce que techniquement on est prêt? Oui on est prêt. Est ce que psychologiquement les Français sont prêts? C'est une question à laquelle collectivement nous devons répondre", avait-t-il expliqué.

- Hésitations politiques? -

L'ancien secrétaire d'Etat en charge du Budget Christian Eckert juge, lui, que les hésitations de l'exécutif sont de nature politique.

"Il y aurait maintenant des problèmes techniques? Je n'y crois pas une seconde (...) Sinon la DGFiP (direction générale des finances publiques NDLR) aurait, depuis longtemps, alerté sur d’éventuelles difficultés (...) Toute cette histoire n'est donc qu'une affaire politique", estime l'ancien ministre de François Hollande dans une interview publiée samedi par Libération.

Avec la réforme du prélèvement à la source, engagée sous le quinquennat de François Hollande et déjà reportée une fois d'un an, l'impôt doit être collecté directement sur les salaires ou les pensions, et non plus acquitté un an après comme actuellement. Sa mise en oeuvre a suscité la préoccupation de chefs d'entreprise et de syndicats, qui s'inquiètent de possibles failles ou angles morts.

"Personne n'est fichu de dire à 100% si cela va fonctionner normalement", a déclaré à l'AFP Olivier Vadebout, secrétaire général CGT Finances Publiques. Selon lui, "la question informatique c'est le plus gros problème depuis le début. Le prélèvement à la source, ce sont plusieurs systèmes d'information qui doivent coexister, vu la taille, il va forcément y avoir des bugs", prédit-il.

M. Macron, au plus bas dans les sondages, a jeté un peu plus le doute cette semaine, déclarant avoir "besoin d'une série de réponses très précises" avant sa mise en place, une attitude peu habituelle pour un exécutif décidé à avancer au pas de charge.

La question est d'autant plus sensible que la réforme semble populaire: selon un sondage Ifop pour le Journal du Dimanche (JDD), 60% des Français interrogés y sont favorables contre 39% hostiles.

Partager cet article

Dans la même thématique

Marine Le Pen Convicted in National Rally Appeal Trial
4min

Politique

Marine Le Pen peut-elle vraiment faire campagne sous bracelet électronique si elle décide d'être candidate ?

Dans l'affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN, la cour d'appel de Paris a pris en compte « la liberté des candidatures » et « la liberté de choix de l'électeur » en condamnant Marine Le Pen à quinze mois ferme d'inéligibilité. Les juges ont aussi condamné la députée RN à un an de prison aménageable sous bracelet électronique. Une peine qui pourrait être suspendue si Marine Le Pen décidait de se lancer dans la course à la présidentielle.

Le

« Matignon, we are dans la mouise », réagit le rapporteur général du budget au Sénat à l’issue du comité d’alerte des finances publiques
6min

Politique

« Matignon, we are dans la mouise », réagit le rapporteur général du budget au Sénat à l’issue du comité d’alerte des finances publiques

Le sénateur (LR) Jean-François Husson ressort mécontent d’une réunion sur les perspectives des finances publiques, à laquelle a participé le gouvernement, des parlementaires, des représentants des collectivités locales ou encore de la Sécurité sociale. « Beaucoup de communication et très peu d’action », déplore le sénateur. Bercy annonce des mesures supplémentaires de freinage de la dépense, à hauteur de 3 milliards d’euros.

Le

LIEVIN : fete champetre du RN – RN party event « La fete champetre » in Lievin
2min

Politique

Marine Le Pen condamnée à 1 an ferme sous bracelet, mais éligible en 2027, elle pourrait être candidate à la présidentielle

Coup de théâtre dans l’affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN, la Cour d’appel n’a pas suivi les réquisitions du parquet et a réduit la peine d’inéligibilité de Marine Le Pen de 5 ans à 45 mois dont 30 mois avec sursis et à une peine de trois ans de prison ferme dont un an sous bracelet électronique. Elle pourrait donc être candidate à l’élection présidentielle.

Le

Paris : Session of questions to the government at the National Assembly
11min

Politique

Marine Le Pen condamnée à 1 an ferme sous bracelet électronique, et à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 mois avec sursis : le fil de la journée et les réactions politiques

A l’issue du délibéré, dans l’affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN, la cour d’appel de Paris a revu à la baisse la condamnation de la députée RN. Condamnée à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, elle peut en théorie être candidate à la présidentielle de 2027, mais la cour d'appel de Paris l'a aussi condamnée à un an de prison aménageable sous bracelet électronique. Or, Marine Le Pen a d’ores et déjà estimé qu’il ne lui serait « pas possible » de faire campagne dans ces conditions. La décision d’être candidate lui revient.

Le