Présidentielle: abstention et indécis peuvent faire pencher la balance
Une abstention qui s'annonce élevée et le niveau inédit de ceux qui ne savent toujours pas pour qui ils vont voter sont l'une des...

Présidentielle: abstention et indécis peuvent faire pencher la balance

Une abstention qui s'annonce élevée et le niveau inédit de ceux qui ne savent toujours pas pour qui ils vont voter sont l'une des...
Public Sénat

Par Dominique CHABROL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Une abstention qui s'annonce élevée et le niveau inédit de ceux qui ne savent toujours pas pour qui ils vont voter sont l'une des clés du premier tour de la présidentielle, au terme d'une campagne décevante qui alimente l'incertitude sur l'issue du scrutin.

Le 23 avril, les Français se presseront dans les bureaux de vote pour élire leur nouveau président comme ils l'ont toujours fait sous la Ve République. Cette année pourtant, ils devraient être moins nombreux qu'il y a cinq ans et beaucoup hésitent encore sur le choix d'un candidat.

Une indécision logique tant le cru 2017 a été riche en bouleversements. A une semaine du vote, seuls 68% (Ifop) des inscrits sur les listes électorales se disent certains d'aller voter, un pourcentage en légère augmentation ces dernières semaines mais qui laisse entrevoir une forte abstention.

La présidentielle reste l'élection phare de la vie politique française avec habituellement autour de 80% de participation. En 2012, 79,5% des électeurs se sont déplacés au 1er tour. Seule exception, en 2002, l'abstention record (28,4%) avait favorisé l'accession de Jean-Marie Le Pen, candidat du Front national, au second tour. Une performance que Marine Le Pen compte rééditer cette année dans des circonstances semblables.

"Aucune enquête n'a jamais su mesurer le niveau de l'abstention. Par contre, elles en mesurent bien les ressorts et les raisons", tempère Jean Chiche, chercheur au CNRS rattaché au Cevipof (Sciences Po), qui s'attend "à ce qu'on soit dans les eaux de 2002".

La campagne marquée par les affaires judiciaires a attisé le rejet des politiques d'une partie de l'électorat. Des candidatures nouvelles, comme celle d'Emmanuel Macron, et un contexte politique inédit où, pour la première fois sous la Ve, la droite et la gauche proprement dite pourraient être absentes du second tour, ont également bousculé les repères traditionnels et laissé des électeurs dans le flou.

- Problème de visibilité -

"Il y a un problème de visibilité avec une campagne de transition entre une organisation ancienne de l'espace politique bipolaire (droite-gauche) et une nouvelle organisation, avec un pôle FN, un pôle centriste, qui fait que des gens sont un peu dissuadés d'aller voter", souligne Emmanuel Rivière (Kantar Sofres).

Aux abstentionnistes traditionnels, aux déçus des derniers quinquennats, s'ajoute une proportion jamais vue d'indécis qui ne se reconnaissent plus dans le clivage droite-gauche et peuvent passer d'un candidat à l'autre. "Cette volatilité, le fait que les gens soient de plus en plus défiants, perdus dans leurs repères politiques, font que les niveaux de participation resteront imprévisibles jusqu'au jour du vote", avance Jean Chiche.

Selon les dernières enquêtes, entre un tiers et 40% des électeurs d'Emmanuel Macron ou de Jean-Luc Mélenchon peuvent encore changer d'avis.

Dès lors, un faible taux de participation peut favoriser les candidats dont le socle électoral est le plus solide. En premier lieu Marine Le Pen, mais aussi François Fillon, dont autour de 80% des électeurs se disent "sûrs de leur choix".

Interrogés par BVA sur les raisons de leur hésitation, les indécis disent attendre d'"être pleinement convaincus" (37%) ou ne pas trouver de candidat qui corresponde à leurs attentes (36%). 24% hésitent simplement "entre deux candidats".

L'hésitation des électeurs tranche avec l'intérêt qu'ils portent à la campagne. Jusqu'à 80% d'entre eux (Kantar Sofres) se disent en effet intéressés. L'indécision n'est pas l'abstention et les hésitants constituent un vivier de plusieurs millions d'électeurs qu'il s'agit de convaincre.

Les derniers jours de campagne peuvent-ils mobiliser les électeurs ? "Les gens sont très intéressés par la campagne, mais ils la jugent d'une qualité déplorable", résume Chloé Morin (Fondation Jean-Jaurès): "Est-ce qu'ils se diront finalement que les enjeux sont tellement importants qu'il faut aller voter ?"

Partager cet article

Dans la même thématique

Présidentielle: abstention et indécis peuvent faire pencher la balance
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le

Présidentielle: abstention et indécis peuvent faire pencher la balance
3min

Politique

« Il peut y avoir des moments festifs sans pour autant être obligé de boire » juge la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly

En ce début d’année, un million de Français ont choisi de ranger leurs verres pour relever le défi du « dry january » ou « janvier sobre ». Une pause bienvenue dans un pays où l’alcool est omniprésent dans la vie sociale et reste responsable de milliers de morts chaque année. Souvent taboue et parfois accentuée par la pression sociale, l’addiction à l’alcool constitue un enjeu de santé publique majeur. Comment réduire les risques ? l’addictologue Delphine Moisan et la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly sont les invitées de l’émission Et la santé ça va ? pour en débattre.

Le

francois-patriat-en-septembre-dernier-photo-sipa-jeanne-accorsini-1680805422
6min

Politique

« Adieu Fanfan » : le sénateur François Patriat, ancien socialiste, fidèle d'Emmanuel Macron est mort à l'âge de 83 ans 

Le sénateur de Côte-d’Or est décédé à l’âge de 83 ans. En 2016, François Patriat avait été parmi les premiers soutiens d’Emmanuel Macron, au moment où il se lançait dans la campagne présidentielle. Jusqu’en 2026, le Bourguignon restera l’un des plus proches soutiens du président de la République. Le dernier acte d’une très longue carrière de parlementaire entamée dans les années 80.

Le