Présidentielle: l’UE « croise les doigts » pour l’europhile Macron
Les dirigeants européens, conscients que l'avenir de l'UE se joue en partie dimanche au deuxième tour de la présidentielle française, ont pris...

Présidentielle: l’UE « croise les doigts » pour l’europhile Macron

Les dirigeants européens, conscients que l'avenir de l'UE se joue en partie dimanche au deuxième tour de la présidentielle française, ont pris...
Public Sénat

Par Alix RIJCKAERT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Les dirigeants européens, conscients que l'avenir de l'UE se joue en partie dimanche au deuxième tour de la présidentielle française, ont pris fait et cause pour Emmanuel Macron et contre l'eurosceptique Marine Le Pen.

"Si Le Pen gagne, l'Europe sera profondément divisée. Si Macron gagne, il y a une chance que la France se réconcilie et que l'Europe redémarre", souligne Henrik Enderlein, professeur en économie politique à la Hertie School of Governance de Berlin, à deux jours du duel final entre le centriste europhile d'En Marche et la candidate d'extrême droite du Front national.

"Oui, on croise les doigts" en faveur d'Emmanuel Macron, reconnaît une source européenne, en expliquant que le débat entre les deux finalistes mercredi soir avait été "très suivi" dans les institutions européennes, "même par des collègues qui ne sont pas Français".

"Vu de Bruxelles, Macron est évidemment perçu positivement. On a le sentiment qu'on pourra travailler avec lui parce que ce n'est pas un projet de destruction comme celui de Marine Le Pen. Ce n'est pas une élection normale dans le sens où l'extrême droite est au deuxième tour", ajoute cette source sous couvert d'anonymat.

L'empressement avec lequel les dirigeants européens ont adressé leurs félicitations à Emmanuel Macron le soir du premier tour illustre l'inquiétude qui règne dans l'Union européenne quant à l'essor des mouvements populistes et europhobes, après le référendum sur le Brexit et l'élection aux Etats-Unis de Donald Trump.

Marine Le Pen à Ennemain, le 4 mai 2017
Marine Le Pen à Ennemain, le 4 mai 2017
AFP

L'ancien ministre français Michel Barnier, qui doit négocier pour l'UE le Brexit avec Londres, a expliqué sans ambages qu'il voterait Macron "pour que la France reste européenne", dans un vidéo diffusée jeudi sur Twitter.

Son patron, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, était sorti de la réserve habituelle pour, dès le 23 avril au soir, lui souhaiter "bon courage pour la suite".

"Il s'agissait simplement de choisir entre la défense de ce que l'Europe incarne et l'option qui vise la destruction de l'Europe", avait dit son porte-parole pour expliquer cette ingérence dans l'élection française.

- Enthousiasme à Berlin -

Mme Le Pen entend rétablir les frontières et une monnaie nationale et donc négocier à Bruxelles la sortie de la zone euro et de l'espace Schengen. A l'issue de ces négociations, elle veut organiser un référendum sur l'appartenance de la France à l'UE.

A l'opposé, M. Macron --dont les sondages prédisent une victoire dimanche avec 60% des voix-- veut doter la zone euro d'un budget, d'un parlement et d'un ministre des Finances propres, engager une "politique d'investissements européens" et renforcer l'Europe de la défense.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker à Bruxelles le 29 avril 2017
Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker à Bruxelles le 29 avril 2017
AFP/Archives

"Il nous faut une Europe plus efficace, qui protège, qui ait des résultats, qui soit plus concrète, qui ennuie moins les gens au quotidien, qui soit moins bureaucratique", a dit ce dernier, dans une interview vendredi au Parisien.

M. Macron avait reçu après le premier tour les encouragements de dirigeants aux antipodes comme la chancelière conservatrice Angela Merkel, le Premier ministre grec de la gauche radicale Alexis Tsipras ou le Premier ministre belge libéral Charles Michel.

Le Premier ministre Bernard Cazeneuve à Canteleu le 4 mai 2017
Le Premier ministre Bernard Cazeneuve à Canteleu le 4 mai 2017
AFP

Il promet de faire repartir le moteur franco-allemand, ce qui suscite l'enthousiasme en Allemagne où des élections sont prévues en septembre.

"Se faire élire en 2017 en disant: +je veux renforcer l'Europe+, c'est complètement à contrecourant de l'air du temps et ça en a impressionné plus d'un à Berlin" où M. Macron a séduit tous les poids-lourds de la coalition au pouvoir, du très conservateur ministre des Finances Wolfgang Schäuble aux sociaux-démocrates Sigmar Gabriel et Frank-Walter Steinmeier, souligne M. Enderlein.

"Mais cela sera probablement un peu plus compliqué que cela", prévient Vincenzo Scarpetta, analyste au centre de réflexion Open Europe. "Réformer l'UE semble bien beau sur le papier, mais les idées de Macron sont audacieuses: il veut un budget pour la zone et un ministre pour la zone euro. Tout cela est-il bien réaliste vu que cela demanderait de changer les traités?".

Sa marge de manoeuvre pourrait également être limitée si, à l'issue des législatives de juin, Emmanuel Macron doit nommer un gouvernement de cohabitation, souligne Yann-Sven Rittelmeyer, chercheur au European Policy Center.

Les Européens "n'ont pas encore véritablement mesuré les problèmes qui pourraient découler d'une absence de majorité législative pour Emmanuel Macron, tant domine le soulagement à l'idée de voir le risque extrémiste écarté", observe-t-il.

Partager cet article

Dans la même thématique

Présidentielle: l’UE « croise les doigts » pour l’europhile Macron
6min

Politique

Justice criminelle : le Sénat adopte le texte qui instaure une nouvelle procédure de plaider-coupable 

Mardi soir, le Sénat a adopté le projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes. Le texte est l’objet depuis plusieurs jours de l’opposition des avocats contre l’instauration de l’extension de la reconnaissance préalable de culpabilité à certains crimes. Sorte de plaider-coupable à la française qui, selon le garde des Sceaux, permettrait de désengorger en partie les juridictions. Les arguments n’ont pas convaincu les groupes de gauche qui ont voté massivement contre.

Le

Paris: Seance questions au gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Travail le 1er mai : une réforme quasi enterrée, que ses défenseurs cherchent à réanimer

Face au risque de censure et sous la pression des syndicats, le gouvernement a repoussé sine die la proposition de loi sénatoriale sur le travail le 1er mai, tout en ouvrant des discussions. Une décision dénoncée par Gabriel Attal chez Renaissance. Côté LR, Bruno Retailleau propose aux présidents de l’Assemblée et du Sénat de convoquer eux-mêmes la commission mixte paritaire, pour relancer le processus parlementaire. Si Gérard Larcher « était prêt à étudier » la question, l’idée serait en « stand by » face aux hésitations de Yaël Braun-Pivet.

Le

Présidentielle: l’UE « croise les doigts » pour l’europhile Macron
3min

Politique

Au nom du « soutien au peuple Vénézuélien », Gérard Larcher reçoit au Sénat la Prix Nobel de la paix et opposante María Corina Machado

Au lendemain de sa rencontre avec Emmanuel Macron, la lauréate du Prix Nobel de la paix María Corina Machado, figure de l’opposition vénézuélienne, est reçue mardi 14 avril par le président du Sénat Gérard Larcher. L’occasion d’échanger sur « les perspectives d’une transition pacifique et démocratique » au Venezuela plus de trois mois après la capture du président Maduro par les États-Unis.

Le