Critiqués pour ne pas avoir anticipé la victoire du Brexit ou de Donald Trump, les instituts de sondage avancent avec une prudence renouvelée...
Présidentielle: les sondages à l’écoute d’un électorat volatil
Critiqués pour ne pas avoir anticipé la victoire du Brexit ou de Donald Trump, les instituts de sondage avancent avec une prudence renouvelée...
Par Sylvie GROULT
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Publié le
Critiqués pour ne pas avoir anticipé la victoire du Brexit ou de Donald Trump, les instituts de sondage avancent avec une prudence renouvelée vers l'élection présidentielle française, guettant les fluctuations d'une opinion publique de plus en plus volatile.
Des électeurs avides de renouveau, des têtes d'affiche balayées, l'émergence de nouvelles forces et de clivages inédits: à deux mois du premier tour, dans un panorama en pleine recomposition, ce scrutin s'annonce plus ouvert que jamais.
"Il y a chez nous un mouvement assez puissant, tectonique, de reconfiguration du paysage politique", relève Emmanuel Rivière, directeur général France de Kantar Public (Sofres). "De manière inédite, on pourrait ne pas avoir l'un des deux grands partis au second tour de la présidentielle".
Quel rôle, alors, pour ces sondages que l'opinion publique semble de plus en plus déterminée à contredire?
- Pas des 'pronostics' -
L'an dernier, les instituts de sondage se sont retrouvés en ligne de mire, pour ne pas avoir vu venir le oui britannique à la sortie de l'Union européenne -certains avaient pourtant clairement identifié cette dynamique- la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis ou pour avoir sous-estimé, en France, la poussée de François Fillon avant sa victoire à la primaire de la droite.
Evolution des derniers sondages du 1er tour de la présidentielle depuis le début du mois janvier, avec marge d'erreur de chaque enquête incluse
AFP
Ils rappellent aujourd'hui que leur rôle doit rester celui d'un "outil d'analyse", avec sa nécessaire part d'imprécision.
"Je pense que les sondages restent un instrument utile, un instrument d'appréhension de l'opinion qui est imparfait, mais c'est sans doute le moins imparfait de tous les outils", explique Adélaïde Zulfikarpasic, directrice de BVA Opinion.
"Il ne faut surtout pas les considérer comme des pronostics. Les sondages peuvent apporter un élément de compréhension de ce qui est en train de se passer, c'est-à-dire où sont les dynamiques", ajoute Emmanuel Rivière.
A ce jour, dans un contexte extrêmement mouvant, les enquêtes montrent la candidate du Front national, Marine Le Pen, en tête au premier tour grâce à un solide socle électoral, mais mal placée pour l'emporter car elle se heurte à un noyau dur d'hostilité.
Du coup, la bataille fait rage pour la deuxième place, occupée à présent par l'ex-ministre de l'Economie Emmanuel Macron, incarnation d'un renouveau mais à l'assise fragile. Il profite de l'affaiblissement de François Fillon, empêtré dans un scandale d'emplois présumés fictifs.
M. Macron "a l'attrait de la nouveauté, de quelqu'un qui se présente comme en dehors du système. Est-ce que cela va durer (...) lorsque son programme sera mis en concurrence avec d'autres?", s'interroge Anne Jadot, maître de conférences en Science politique à l'université de Lorraine.
- 'Ecouter l'opinion' -
Tous insistent donc sur une nécessaire prudence dans la lecture des baromètres d'opinion.
"Il faut regarder l'ensemble des indicateurs, sur la certitude d'aller voter, la fermeté du choix, sur les raisons qui font qu'on se porte sur untel - est-ce un vote d'adhésion ou un vote de barrage - et pas juste les intentions de vote", trop fragiles, explique Anne Jadot.
D'autant qu'il existe aussi dans le choix des électeurs, au-delà des idées, "beaucoup de leviers irrationnels", "de facteurs émotionnels" capables de faire bouger les lignes, remarque Adélaïde Zulfikarpasic.
Pour elle, "sondeurs et journalistes ont été sonnés par les différentes séquences" de l'année 2016, qui incitent les instituts à "l'humilité".
"On améliore la technique, on diversifie les indicateurs pour créer les logiques et s'éloigner du pronostic, on se donne les moyens d'utiliser de nouveaux outils", explique Emmanuel Rivière, en citant une exploitation affinée des réseaux sociaux.
L'opinion publique, "par essence incertaine, volatile", l'est de plus en plus sous l'effet de la révolution numérique, "avec une information qui s'est densifiée, circule de plus en plus vite", observe Adelaïde Zulfikarpasic, notant aussi que les électeurs "sont de plus en plus nombreux à se décider au dernier moment".
"On n'est plus seulement là pour mesurer l'opinion, on est là pour l'écouter", résume-t-elle, prédisant que "beaucoup de choses peuvent évoluer" d'ici au 23 avril.
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