Présidentielle: les sondages à l’écoute d’un électorat volatil
Critiqués pour ne pas avoir anticipé la victoire du Brexit ou de Donald Trump, les instituts de sondage avancent avec une prudence renouvelée...

Présidentielle: les sondages à l’écoute d’un électorat volatil

Critiqués pour ne pas avoir anticipé la victoire du Brexit ou de Donald Trump, les instituts de sondage avancent avec une prudence renouvelée...
Public Sénat

Par Sylvie GROULT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Critiqués pour ne pas avoir anticipé la victoire du Brexit ou de Donald Trump, les instituts de sondage avancent avec une prudence renouvelée vers l'élection présidentielle française, guettant les fluctuations d'une opinion publique de plus en plus volatile.

Des électeurs avides de renouveau, des têtes d'affiche balayées, l'émergence de nouvelles forces et de clivages inédits: à deux mois du premier tour, dans un panorama en pleine recomposition, ce scrutin s'annonce plus ouvert que jamais.

"Il y a chez nous un mouvement assez puissant, tectonique, de reconfiguration du paysage politique", relève Emmanuel Rivière, directeur général France de Kantar Public (Sofres). "De manière inédite, on pourrait ne pas avoir l'un des deux grands partis au second tour de la présidentielle".

Quel rôle, alors, pour ces sondages que l'opinion publique semble de plus en plus déterminée à contredire?

- Pas des 'pronostics' -

L'an dernier, les instituts de sondage se sont retrouvés en ligne de mire, pour ne pas avoir vu venir le oui britannique à la sortie de l'Union européenne -certains avaient pourtant clairement identifié cette dynamique- la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis ou pour avoir sous-estimé, en France, la poussée de François Fillon avant sa victoire à la primaire de la droite.

Evolution des derniers sondages du 1er tour de la présidentielle depuis le début du mois janvier, avec marge d'erreur de chaque enquête incluse
Evolution des derniers sondages du 1er tour de la présidentielle depuis le début du mois janvier, avec marge d'erreur de chaque enquête incluse
AFP

Ils rappellent aujourd'hui que leur rôle doit rester celui d'un "outil d'analyse", avec sa nécessaire part d'imprécision.

"Je pense que les sondages restent un instrument utile, un instrument d'appréhension de l'opinion qui est imparfait, mais c'est sans doute le moins imparfait de tous les outils", explique Adélaïde Zulfikarpasic, directrice de BVA Opinion.

"Il ne faut surtout pas les considérer comme des pronostics. Les sondages peuvent apporter un élément de compréhension de ce qui est en train de se passer, c'est-à-dire où sont les dynamiques", ajoute Emmanuel Rivière.

A ce jour, dans un contexte extrêmement mouvant, les enquêtes montrent la candidate du Front national, Marine Le Pen, en tête au premier tour grâce à un solide socle électoral, mais mal placée pour l'emporter car elle se heurte à un noyau dur d'hostilité.

Du coup, la bataille fait rage pour la deuxième place, occupée à présent par l'ex-ministre de l'Economie Emmanuel Macron, incarnation d'un renouveau mais à l'assise fragile. Il profite de l'affaiblissement de François Fillon, empêtré dans un scandale d'emplois présumés fictifs.

M. Macron "a l'attrait de la nouveauté, de quelqu'un qui se présente comme en dehors du système. Est-ce que cela va durer (...) lorsque son programme sera mis en concurrence avec d'autres?", s'interroge Anne Jadot, maître de conférences en Science politique à l'université de Lorraine.

- 'Ecouter l'opinion' -

Tous insistent donc sur une nécessaire prudence dans la lecture des baromètres d'opinion.

"Il faut regarder l'ensemble des indicateurs, sur la certitude d'aller voter, la fermeté du choix, sur les raisons qui font qu'on se porte sur untel - est-ce un vote d'adhésion ou un vote de barrage - et pas juste les intentions de vote", trop fragiles, explique Anne Jadot.

D'autant qu'il existe aussi dans le choix des électeurs, au-delà des idées, "beaucoup de leviers irrationnels", "de facteurs émotionnels" capables de faire bouger les lignes, remarque Adélaïde Zulfikarpasic.

Pour elle, "sondeurs et journalistes ont été sonnés par les différentes séquences" de l'année 2016, qui incitent les instituts à "l'humilité".

"On améliore la technique, on diversifie les indicateurs pour créer les logiques et s'éloigner du pronostic, on se donne les moyens d'utiliser de nouveaux outils", explique Emmanuel Rivière, en citant une exploitation affinée des réseaux sociaux.

L'opinion publique, "par essence incertaine, volatile", l'est de plus en plus sous l'effet de la révolution numérique, "avec une information qui s'est densifiée, circule de plus en plus vite", observe Adelaïde Zulfikarpasic, notant aussi que les électeurs "sont de plus en plus nombreux à se décider au dernier moment".

"On n'est plus seulement là pour mesurer l'opinion, on est là pour l'écouter", résume-t-elle, prédisant que "beaucoup de choses peuvent évoluer" d'ici au 23 avril.

Partager cet article

Dans la même thématique

Présidentielle: les sondages à l’écoute d’un électorat volatil
3min

Politique

Accès à l’Université : « La place du baccalauréat est une question qui doit être discutée », estime le ministre de l’Enseignement supérieur

Invité de la matinale de Public Sénat, « Bonjour chez vous », le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a estimé que la place du baccalauréat devait « être discutée au moment de la présidentielle ». Mardi, un rapport du Sénat a préconisé, entre autres, de supprimer le droit d'accès automatique aux études supérieures des bacheliers.

Le

Edouard Philippe a la Foire de Chalons
10min

Politique

Présidentielle 2027 : la main tendue d'Édouard Philippe, rejetée par Gabriel Attal et Bruno Retailleau, relance l'idée d'une primaire

Le candidat Horizons, favori du bloc central, Édouard Philippe a lancé un appel à ses concurrents du centre et de la droite, les invitant à se rassembler dans la perspective de la présidentielle et des législatives. Mais Bruno Retailleau et Gabriel Attal ne comptent pas, à ce stade, se retirer au profit d'une candidature unique du maire du Havre. De quoi relancer l'idée d'une primaire.

Le

Montants, modalités : comment est fixé la rémunération des ministres ?
6min

Politique

Montants, modalités : comment est fixée la rémunération des ministres ?

Sébastien Lecornu envisage de réduire l’indemnité mensuelle des membres du gouvernement, à titre d’exemplarité, dans une période où le budget 2027 va nécessiter des ajustements budgétaires forcément impopulaires. On fait le point sur les règles actuelles qui déterminent les montants perçus par les ministres.

Le