Participation en demi-teinte, rassemblement incertain à l'issue du second tour... les équipes d'Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon se réjouissent de "l'échec" de la primaire à gauche, même si la victoire plausible de Benoît Hamon n'est pas forcément une bonne nouvelle pour le second.
* UN BOULEVARD POUR EMMANUEL MACRON ?
Avec 1,6 million de votants (chiffre actualisé à 10H00 lundi), la participation à la primaire du PS et de ses alliés est "largement insuffisante pour créer une dynamique pour le candidat qui sera désigné dimanche prochain", a estimé lundi le député Christophe Castaner sur France Bleu Provence.
Christophe Castaner (G) Emmanuel Macron le 17 novembre 2016 à Marseille
AFP/Archives
Pour ce proche d'Emmanuel Macron, le PS ne peut "désigner un candidat qui puisse l'emporter" et doit donc "envisager très vite son ralliement, son soutien, au seul candidat qui peut porter des idées progressistes, c'est-à-dire Emmanuel Macron", donné en troisième position de l'élection présidentielle dans de récents sondages, loin devant le candidat PS quel qu'il soit.
Ce d'autant plus que le candidat élu dimanche prochain aura du mal à rassembler son camp : "nous avons deux lignes qui sont totalement opposées, sur le revenu universel, sur le temps de travail, sur l’accueil des migrants", a souligné le député des Alpes-de-Haute-Provence.
"Les deux finalistes ne sont d'accord sur rien", lui a fait écho sur BFMTV le secrétaire général d'En marche!, le député du Finistère, Richard Ferrand.
Richard Ferrand eet Emmanuel Macron le 16 janvier 2017 à Châteaulin
AFP
De fait, les déclarations de Manuel Valls, dimanche soir, augurent mal du rassemblement dimanche : selon l'ancien Premier ministre, voter Benoît Hamon, c'est faire le choix de la "défaite assurée" et des "promesses irréalisables et infinançables".
En cas de défaite de Manuel Valls, l'hémorragie de cadres et de parlementaires socialistes vers En marche! semble inévitable. "Ce serait assez logique", convient un proche de M. Macron. Dès avant le premier tour de la primaire, des députés proches de Manuel Valls envisageaient de lancer un appel en faveur de l'ancien ministre de l'Economie en cas de défaite de leur champion.
Un afflux que les "marcheurs" entendent maîtriser. "On n'est pas là pour donner un nouveau souffle à des chevaux de retour", cingle-t-on dans l'entourage de M. Macron.
* MELENCHON CRITIQUE ET SUR LA DEFENSIVE
La primaire est "un échec", tranche son porte-parole Alexis Corbière. La participation bien sûr, qui reste incertaine, est qualifiée d'"enfumage" par M. Corbière qui rappelle les 2,7 millions de votants de 2011.
Alexis Corbiere le 5 février 2015 à Paris
AFP
Mais "derrière cette réalité mathématique, c'est une sanction politique" qui valide le choix de la France insoumise, le mouvement de M. Mélenchon, de ne pas se lancer dans l'aventure, constate-t-il.
Question espace électoral, une victoire de Benoît Hamon, qui défend la renégociation des traités européens, l'écologie et le revenu universel n'est pas une bonne nouvelle pour un Jean-Luc Mélenchon à qui il risque de grignoter des voix de socialistes déçus par le quinquennat Hollande. M. Mélenchon reste pour l'instant bien placé dans les sondages, avec entre 13 et 15% des intentions de vote.
Un rapprochement entre les deux hommes est-il envisageable ? Fin de non-recevoir chez M. Mélenchon qui ne parle que de la possibilité d'un "désistement" en sa faveur. Benoît Hamon, lui, répète qu'il tentera de discuter avec le candidat de la France insoumise. "Je ne suis pas dupe des portes closes auxquelles je risque de me cogner", a-t-il reconnu lundi, estimant que "vouloir la mort du PS, ça ne fait pas un projet politique".
Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise à la présidentielle, lors d'un meeting de campagne, le 19 janvier 2017 à Florange
AFP/Archives
M. Hamon assure également avoir "la légitimité démocratique du vote du peuple de gauche". Une notion que Jean-Luc Mélenchon lui conteste : c'est lui qui représenterait la vraie gauche, hors luttes d'appareils et renoncements - M. Hamon a participé au gouvernement pendant la première partie du quinquennat -, estime-t-il.
Soutien de la candidature du député européen, Marie-Pierre Vieu (PCF) appelle au rassemblement des deux hommes, pour que les électeurs de la primaire puissent "poursuivre le chemin du combat émancipateur".
Par ailleurs, selon une source parlementaire, Benoît Hamon pourrait assez rapidement trouver un accord avec Europe Ecologie-Les Verts, dont le candidat, Yannick Jadot, peine à réunir ses 500 signatures. Une telle opération lui donnerait le panache du rassembleur face à un Mélenchon intraitable à tout compromis.
Le samedi 31 octobre s’annonce comme une journée sous haute tension en France. Après la mobilisation du 24 octobre qui s’est déroulée relativement dans le calme, la coordination des gilets jaunes et les organisations syndicales des lycéens et des étudiants ont appelé à « un acte III », une nouvelle journée de mobilisation sociale contre la vie chère. Face au risque « très élevé » de débordements, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez prévoit de mobiliser 70 000 forces de l’ordre.
Ancienne figure du mouvement étudiant contre la loi Devaquet, en 1986, David Assouline fait aujourd’hui partie de ceux qui œuvrent au succès de la campagne de Raphaël Glucksmann. Formé à l’école trotskiste, cet ancien de la LCR a rejoint le PS dans les années 90, avant de passer 19 ans comme sénateur. « Tacticien et stratège », ce natif d’une famille juive marocaine, naturalisé à l’âge de 13 ans, sait ferrailler dans l’appareil socialiste. Il met aujourd’hui son expérience au profit de Raphaël Glucksmann, prédisant une « recomposition » et « un moment de dépassement » pour le PS.
Interviewé ce mercredi sur la chaîne YouTube Hugo Décrypte, Emmanuel Macron s’est dit « dans le soutien et la compassion » des élèves blessés lors des manifestations et blocus. De son côté, ce jeudi, Edouard Geffray, ministre de l’Education, reconnaît que le gouvernement aurait « dû être plus rapide » dans sa gestion de la crise. A l’approche de la rentrée scolaire, la communication du gouvernement semble vouloir donner des signes d’apaisement.
En proposant une « grande primaire des démocrates », Gabriel Attal ne fait qu’un « exercice de communication » pour avoir un « prétexte » pour se maintenir, dénonce-t-on dans l’équipe de campagne d’Edouard Philippe. « Ce ne sont pas les ego qui doivent parler mais bien le sens de la responsabilité », soutient la députée Prisca Thévenot, proche du candidat Renaissance.