Procès requis contre l’ex-garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas pour « violation du secret »
La perspective d'un procès se rapproche pour l'ex-garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas : le ministère public a requis lundi son...

Procès requis contre l’ex-garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas pour « violation du secret »

La perspective d'un procès se rapproche pour l'ex-garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas : le ministère public a requis lundi son...
Public Sénat

Par Benjamin LEGENDRE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La perspective d'un procès se rapproche pour l'ex-garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas : le ministère public a requis lundi son renvoi devant la Cour de justice de la République (CJR) pour avoir transmis au député Thierry Solère des informations sur une enquête ouverte contre lui.

Le procureur général près la Cour de cassation François Molins, qui assure le rôle du ministère public auprès de la CJR, a annoncé dans un communiqué avoir demandé la tenue d'un procès contre l'ancien ministre de 59 ans pour "violation du secret" de l'enquête.

Il revient désormais à la commission d'instruction de la CJR, seule habilitée à juger des membres du gouvernement pour des faits commis dans l'exercice de leurs fonctions, de décider de la tenu ou non d'un tel procès pour l'ancien parlementaire socialiste du Finistère.

"Aucun texte ne soumet un ministre au secret professionnel", a défendu lundi l'avocat de l'ancien ministre, Emmanuel Marsigny, joint par l'AFP. "Il est aussi contesté que les informations données soient couvertes par le secret", a-t-il ajouté.

L'affaire remonte à l'étonnante découverte faite en décembre 2017 par les policiers chargés d'enquêter sur des soupçons de corruption et de fraude fiscale visant M. Solère.

Lors d'une perquisition au domicile du député des Hauts-de Seine (ex-Les Républicains, aujourd'hui La République en Marche), les enquêteurs ont eu la surprise de découvrir sur son téléphone une fiche de la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) qui concernait justement cette procédure, ouverte fin 2016 par le parquet de Nanterre.

La note de la DACG, département sensible qui fait l'interface entre le ministère de la Justice et les procureurs, avaient été envoyée au député huit mois plus tôt, via la messagerie WhatsApps, entre les deux tours de la présidentielle. Son émetteur ? Jean-Jacques Urvoas lui-même, qui était encore pour quelques jours le garde des Sceaux du président François Hollande.

- Supérieur hiérarchique -

Aux lendemains de cette perquisition, le 5 décembre 2017, la procureur de Nanterre avait transmis cette découverte au procureur général près la Cour de cassation, qui avait saisi le mois suivant la commission d'instruction de la CJR.

Le 20 juin, celle-ci a mis en examen l'ancien locataire de la place Vendôme pour "violation du secret professionnel" avant de clore son instruction le 15 novembre.

Pour le procureur général François Molins, qui s'est installé le mois dernier dans ses nouvelles fonctions près la Cour de cassation après sept ans au parquet de Paris, les informations de la DAGC transmises à M. Solère étaient couvertes par le secret.

"Le Garde des sceaux est détenteur de ce secret du fait de ses fonctions et en tant qu'ultime supérieur hiérarchique du parquet", a-t-il expliqué dans un communiqué.

"Aussi la remontée au garde des Sceaux d'informations couvertes par le secret - autorisée du seul fait de ses fonctions au sens de l'article 226-13 du code pénal et du lien de subordination existant entre lui et les parquets - ne pouvait en aucun cas l'autoriser à renseigner directement et à titre privé et confidentiel le principal mis en cause, des évolutions d'une enquête en cours le concernant", est-il ajouté.

Cette affaire, qui illustre le débat récurrent sur le lien hiérarchique entre le garde des Sceaux et les procureurs, a suivi son cours alors que la suppression de la Cour de justice de la République est envisagée dans le cadre d'une réforme constitutionnelle, qui a été reportée sine die.

La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, est la dernière personne à avoir été jugée par la CJR. Fin 2016, l'ancienne ministre de l'Economie (2006-2011) a été déclarée coupable de "négligence" mais dispensée de peine, pour n'avoir pas formé de recours en 2008 contre un arbitrage défavorable à l'Etat, dans le litige entre le Crédit Lyonnais et l'homme d'affaires Bernard Tapie.

La révélation de l'affaire par le Canard Enchaîné avait contrainte Thierry Solère, fin 2017, à renoncer à son puissant poste de questeur de l'Assemblée nationale.

Partager cet article

Dans la même thématique

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le