Prostitution des mineurs : « Il y a une glamourisation » du phénomène, alerte Adrien Taquet

Prostitution des mineurs : « Il y a une glamourisation » du phénomène, alerte Adrien Taquet

Le secrétaire d’Etat chargé de l’Enfance et des Familles, Adrien Taquet était auditionné, ce jeudi, par la délégation aux droits des femmes du Sénat pour détailler le plan de lutte contre la prostitution des mineurs que le gouvernement a présenté le 15 novembre dernier.
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C’est un phénomène en expansion, environ 10 000 mineurs seraient victimes de la prostitution, principalement des jeunes filles âgées de 15 à 17 ans.

« Les victimes ne se considèrent pas comme victimes »

Le plan interministériel doté de 14 millions d’euros s’est en partie construit à partir d’un rapport de la magistrate Catherine Champrenault. Et contrairement à ce qui peut être présumé, le phénomène concerne tous les milieux sociaux. « La première vertu de ce plan, c’est que tout le monde prenne conscience qu’il y a un sujet […] La prostitution de cités est une facette de la prostitution d’enfant mais pas la seule donc il ne faut pas s’enfermer dans cette acception […] Elle prend des formes diverses et variées, et aussi dans les collèges et lycées parisiens des beaux quartiers […] Chez certains jeunes garçons et jeunes filles, il y a une glamourisation de la prostitution, un peu d’effet Zahia, un peu de téléréalité et beaucoup d’accès précoce à la pornographie […] Les pratiques se sont banalisées et les victimes ne se considèrent pas comme victimes », a d’abord posé le secrétaire d’Etat, Adrien Taquet.

Raison pour laquelle les grands axes du plan interministériel sont concentrés sur la sensibilisation et conscientisation du phénomène : déploiement d’une ligne téléphonique d’écoute, maillage du territoire d’associations, formation des forces de l’ordre, ou encore développement d’une campagne nationale de sensibilisation au premier semestre 2022.

La loi du 4 juillet 2001, prévoit la dispense dans les écoles, collèges et lycées de séances d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle. Le rapport de Catherine Champrenault préconise d’y intégrer une sensibilisation aux conduites prostitutionnelles. Or, dans les faits ces séances obligatoires ne sont pas toujours dispensées. Le plan de lutte contre les violences faites aux enfants de novembre 2019 prévoit un audit sur l’effectivité de ces séances. « Il devrait être rendu public très prochainement », a annoncé le ministre.

« Il faut les accompagner parce qu’ils sont un peu largués »

La sensibilisation doit également être accentuée auprès des travailleurs sociaux, les personnels de groupes hôteliers mais surtout des parents. « Il faut accompagner les parents. Ils n’ont pas conscience que leur gamin de 10 ans voit du porno sur leur téléphone. Il faut les accompagner parce qu’ils sont un peu largués. On a créé le site jeprotegemonenfant.fr […] On a créé le campus de la parentalité numérique. On va essayer de labelliser tout ça », a-t-il expliqué.

Une fois n’est pas coutume à la Haute assemblée, l’ensemble des sénateurs et sénatrices de la délégation a salué l’action d’Adrien Taquet dans la lutte contre les violences faites aux enfants. «

« C’est la troisième fois que vous vous exprimez devant la délégation aux droits des femmes et nous vous accueillons comme un ami de la délégation », a appuyé Annick Billon, la présidente centriste de la délégation. Pour mémoire, en 2020, alors secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, avait quant à elle, passablement irrité, les membres de la délégation en annulant une audition puis en en écourtant une seconde.

« Bravo et merci, je me réjouis de votre engagement et de la mobilisation que vous arrivez à lever dans les services de l’Etat, le rapport qui nous a été présenté par Mme Champrenault est inédit et de grande qualité », a aussi salué, Laurence Rossignol. La sénatrice socialiste, ancienne ministre familles, enfance, droits des femmes a insisté sur le volet répressif de la lutte contre la prostitution infantile. Si depuis 2002, la loi interdit la prostitution infantile et la loi de 2016 pénalise les clients de la prostitution, la loi de 2021 sur les crimes sexuels dite « Billon » alourdit les peines pour les proxénètes et clients des prostitués mineurs. Elle crée également une nouvelle infraction spécifique sur la « sextorsion ». Le fait pour un majeur d’inciter un mineur à se livrer à des pratiques sexuelles sur internet est puni « de dix ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende ».

Le plan du gouvernement prévoit la mise en place d’un magistrat référent prostitution dans chaque tribunal judiciaire « afin de poursuivre davantage les clients ». « Il est vrai […] que dans la plupart des cas les clients ne sont pas poursuivis », a rappelé Adrien Taquet.

Laurence Rossignol : « Les hommes sont responsables de là où ils mettent leur pénis. Basta »

C’est pourquoi, Laurence Rossignol veut aller plus loin. Lors de l’examen de la proposition de loi Billon, elle avait, sans succès, déposé un amendement visant à assimiler à un viol le recours à la prostitution de mineurs de moins de 18 ans. « Les hommes sont responsables de là où ils mettent leur pénis. Basta », a-t-elle affirmé citant une magistrate anglaise. Dans quelques jours, le Sénat entame l’examen du projet de loi relatif à la protection des enfants, l’occasion pour la sénatrice de déposer une nouvelle fois l’amendement. « J’ai compris qu’on allait en reparler », a simplement commenté le secrétaire d’Etat.

>> Lire notre article: Crimes sexuels sur mineurs : quels sont les apports de la proposition de loi ?

Enfin, si la loi autorise la levée du secret médical en cas de sévices sur mineurs, son application doit être plus effective. « On travaille avec l’ordre des médecins pour que soit bien rappelé que face à une suspicion de cette situation, il y a une levée du secret médical ».

Le sénateur (app-LR) Bruno Belin a souligné avoir « un problème intellectuel sur cette question de levée du secret médical » et propose de « transmettre une information à caractère délictuel avec l’accord ou l’information du patient en passant par l’ordre des médecins où autres structures ordinales, afin « de protéger les professionnels de santé ». Une idée qui n’a pas convaincu ses collègues ni le ministre. « Il faut protéger le médecin mais il faut bien s’assurer que les victimes sont bien protégées aussi », a-t-il répondu.

 

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