Quand le gouvernement boude les questions des sénateurs
Plusieurs sénateurs commencent à s’agacer de l’absence ou du délai tardif des réponses du gouvernement aux questions écrites qui lui sont adressées. En un an, le taux de réponses a baissé de 28 %.

Quand le gouvernement boude les questions des sénateurs

Plusieurs sénateurs commencent à s’agacer de l’absence ou du délai tardif des réponses du gouvernement aux questions écrites qui lui sont adressées. En un an, le taux de réponses a baissé de 28 %.
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Cette semaine, c’est le sénateur LR, Pierre Charon qui a sonné la charge sur Twitter. L’élu de Paris « demande au Premier ministre de contraindre ses ministres à répondre aux questions écrites des parlementaires dans les délais « réglementaires ». « Depuis 2017, date du renouvellement sénatorial, près de 40 % de mes questions restent toujours sans réponse ! » s’emporte-t-il.

Les questions écrites, comme orales formulées lors des questions d’actualité au gouvernement chaque semaine, font partie des instruments de contrôle du Parlement sur le gouvernement. Les questions écrites des sénateurs sont adressées à un membre du gouvernement. Les réponses des ministres sont publiées dans les deux mois suivant la publication des questions selon l’article 75 du Sénat.

Selon le rapport annuel de l’activité du Sénat, sur la dernière session parlementaire (période comprise entre le 1er octobre 2019 et le 30 septembre 2020), le nombre de réponses reçues par les élus a effectivement baissé. Sur 5 571 questions posées, 3 476 réponses ont été obtenues, soit un taux de 62 % de réponses. A titre de comparaison, sur la session parlementaire de 2018-2019, le taux de réponses était de 90 % : 4 871 réponses sur 5 405. Le taux de réponse a donc baissé de 28,6 % sur un an. Il faut remonter à la session parlementaire de 2011-2012 pour trouver un taux de réponse plus bas avec 51 %.

« Ils s’en foutent complètement »

Contacté par publicsenat.fr, Pierre Charon se dit « scandalisé ». « Ils s’en foutent complètement. C’est une faute professionnelle. Le nombre de conseillers ministériels a pourtant explosé depuis le début du quinquennat. Ils ont du monde pour répondre », souligne le sénateur qui indique par ailleurs avoir également écrit un courrier au Président de la République.

« Nous ne posons pas des questions pour embêter le gouvernement »

Il n’est pas le seul à s’émouvoir de cette mauvaise pratique gouvernementale. « On commence à être blasés. Il y a un gros relâchement du gouvernement. Ça s’ajoute au faisceau de présomptions sur le manque de considération de l’exécutif sur le Parlement. Nous ne posons pas des questions pour embêter le gouvernement mais pour faire en quelque sorte, office de lanceurs d’alerte. Lors de la dernière conférence des présidents, Gérard Larcher a d’ailleurs fait un point sur les délais de réponses des ministres », explique Patrick Kanner président du groupe PS du Sénat.

En effet, 83 % des réponses sont apportées au-delà du délai de 2 mois. A titre d’exemple, en moyenne, les réponses du Premier ministre sont apportées en 181 jours, 163 jours pour le ministère de la Santé, 210 pour la Justice, 216 pour l’intérieur. Les plus rapides sont les ministères des Armées et de l’Agriculture avec un délai moyen de 93 jours. Le plus lent est le ministère de l’Outre-mer avec 286 jours. Lors des questions d’actualité du 25 mars 2020, Gérard Larcher avait, sur ce point, demandé au Premier ministre, Édouard Philippe « qu’une attention toute particulière soit apportée à nos compatriotes d’Outre-mer et aux Français établis hors de France. Nous recevons de nombreux messages […] C’est pour nous essentiel de porter les messages que nous recevons ».

Parmi les ministres les plus sollicités, sans surprise, Olivier Véran, le ministre de la Santé arrive en tête avec 1 035 questions (le ministère de la Santé était déjà le plus sollicité lors des cessions de 2018, 2017, 2016), il est suivi par le ministère de l’Economie (818 questions), la Cohésion des Territoires (610), et la Transition écologique (586), l’Intérieur (541), et l’Agriculture (449).

La faute au covid-19 ?

La crise sanitaire peut, en partie, expliquer ce taux de non-réponse. Le rapport annuel de l’activité du Sénat note « un pic à 232 questions publiées dans le Journal officiel du 23 avril 2020 », « un record depuis juillet 2017 ». « Parmi les 1 405 questions écrites déposées entre le 2 avril et le 21 mai 2020 par 213 sénateurs différents, 1 089, soit 78 %, se rapportaient à la crise sanitaire et à ses conséquences », peut-on lire.

« Il y a sûrement une part de désorganisation dans les services ministériels et l’administration, liée aux contraintes sanitaires. Pour être sincère, c’est un problème permanent que l’on rencontre avec plus ou moins d’intensité selon les époques. Sous le gouvernement précèdent, nous rencontrions aussi des difficultés. Mais force est de constater qu’on a atteint un niveau de non-réponse et de délai, inhabituel. Et plus le délai de réponse est long, plus la question est banalisée et perd en tonicité », relève Hervé Marseille, président du groupe centriste du Sénat.

« Oui, c’est de pire en pire, en ce moment, on reçoit des réponses sur le premier confinement », confirme l’entourage d’Yves Détraigne, sénateur centriste auteur d’une question le 21 janvier dernier, « sur le manque d’enthousiasme de ses collègues à répondre aux questions écrites des sénateurs », à l’attention du Ministre en charge des relations avec le Parlement.

Contacté par publicsenat.fr, l’entourage de Marc Fesneau renvoie à la réponse que le ministre a apporté à Yves Détraigne, le 4 février. « Le contexte actuel de crise, qui a fortement mobilisé les administrations et les cabinets ministériels en 2020 et en ce début d’année 2021, n’a certes pas permis de mieux respecter ces délais, mais le taux de réponse aux plus de 18 500 questions publiées depuis le début du quinquennat, dont plus de 6 200 en 2020, est resté, quant à lui, stable à 73 % » assure-t-il avant d’insister « sur la nécessité d’améliorer les délais de réponse ». Enfin, au mois de décembre, « un courrier a été adressé à l’ensemble des membres du gouvernement afin de leur rappeler l’importance des questions écrites pour la mise en œuvre des prérogatives des parlementaires ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris Caf Nationale inauguration
8min

Politique

Politique familiale, allocations, crèches : que proposent les candidats à la présidentielle ?

Alors qu’Edouard Philippe met sur la table la création d’une allocation familiale unique de 350 euros, Gabriel Attal se penche sur les familles monoparentales, quand Bruno Retailleau propose un revenu familial de 240 euros par mois dès le premier enfant, et Marine Le Pen la préférence nationale pour les familles françaises candidate à un HLM. L’écologiste Marine Tondelier propose elle un congé d’allaitement choisi et indemnisé. Revue de détails.

Le

Paris : Socialist Party Primary Debate Ahead of France’s 2027 Presidential Election
6min

Politique

Le vote du premier tour de la primaire du PS perturbé par une cyberattaque

Alors que quelque 140 000 électeurs sont invités à exprimer leur préférence pour le premier tour de la primaire organisée à gauche, les opérations de vote sont perturbées depuis l’ouverture du scrutin ce vendredi matin. Les organisateurs font état d’une cyberattaque visant à saturer la plateforme de connexion. Les trois partis à l’origine de cette primaire, dont le Parti socialiste et Place publique, ont saisi la justice.

Le

Paris: Marine Le Pen presentation contre budget
5min

Politique

Préférence nationale : la proposition du RN de taxer l’embauche de travailleurs étrangers inquiète les entrepreneurs

Dans le contre-budget du RN présenté cette semaine par Marine Le Pen et Jordan Bardella, figure une mesure passée relativement inaperçue. Elle vise à taxer l’embauche d’un étranger extra-communautaire de 1 000 euros par an. La mesure a suscité un fort rejet de la part des syndicats patronaux qui rappellent au RN le principe de réalité du marché du travail.

Le

France – Manifestation en soutien aux lyceens
5min

Politique

141 lycées fermés ce vendredi : les lycéens continuent de se mobiliser pour dénoncer leurs conditions d’apprentissage

Dix-neuf jours après les premières mobilisations, les lycéens continuent de manifester pour dénoncer le manque de professeurs, la pression liée à Parcoursup ou encore la dégradation du bâti scolaire. Ce vendredi matin, les portes de 141 lycées sont restées fermées en raison des blocus. En début de semaine, entre 400 et 500 établissements étaient concernés par ces fermetures, selon le ministre de l’Education nationale, Edouard Geffray.

Le