Réchauffement climatique : « L’inaction devient coupable », déplore l’écologiste Guillaume Gontard, après le rapport du Giec
Le Giec a publié son nouveau rapport sur les conséquences du réchauffement climatique. Les scientifiques avertissent sur les conséquences de l’inaction. Même dans le scénario d’une hausse des températures limitée à 1,5 degré, des conséquences inquiétantes se dessinent déjà. Le président du groupe écologiste Guillaume Gontard, l’un des premiers à avoir réagi au Sénat, appelle à des orientations fortes au niveau national.

Réchauffement climatique : « L’inaction devient coupable », déplore l’écologiste Guillaume Gontard, après le rapport du Giec

Le Giec a publié son nouveau rapport sur les conséquences du réchauffement climatique. Les scientifiques avertissent sur les conséquences de l’inaction. Même dans le scénario d’une hausse des températures limitée à 1,5 degré, des conséquences inquiétantes se dessinent déjà. Le président du groupe écologiste Guillaume Gontard, l’un des premiers à avoir réagi au Sénat, appelle à des orientations fortes au niveau national.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Il n’a pas été mis en pause et son engrenage dramatique est malheureusement toujours à l’œuvre. Le réchauffement climatique a déjà des effets concrets sur l’humanité, comme l’ont montré ces derniers mois : sécheresses, inondations, canicules, incendies, insécurité alimentaire, pénuries d’eau, ou encore maladies. Dans une actualité dominée par la guerre en Ukraine, le Giec a publié ce lundi le deuxième volet de son sixième rapport d’évaluation sur le changement climatique, qui se focalise sur les conséquences sur les sociétés humaines et les écosystèmes. Le groupe d’experts climatiques de l’ONU alerte, une nouvelle fois, sur le fait que retarder encore l’action climatique réduit les chances d’un « avenir vivable ».

Depuis l’ère préindustrielle, le climat s’est réchauffé de 1,1 degré Celsius. Or, même si le réchauffement était contenu à 1,5 degré d’ici 2100 (l’objectif optimiste prévu par l’accord de Paris de 2015, qui prévoit une limitation à deux degrés), il provoquerait tout de même de nouveaux dommages « irréversibles » dans les décennies à venir, insiste la publication scientifique. Vers 2050, environ un milliard de personnes devraient vivre dans des zones côtières à risque, qu’il s’agisse de grandes métropoles ou d’îles.

Entre 3,3 et 3,6 milliards de personnes de personnes vulnérables au réchauffement climatique

La trajectoire s’est d’ailleurs accélérée : en août, le Giec a estimé que le monde atteindrait la hausse du 1,5 degré par rapport à l’époque préindustrielle vers 2030, dix ans plus tôt que ce qui était escompté auparavant. Or, d’après les engagements des Etats dans le monde, la trajectoire imaginée par l’accord de Paris n’est même assurée.

Entre 3,3 et 3,6 milliards de personnes, c’est-à-dire près de la moitié des habitants de la planète, sont « très vulnérables » aux conséquences du réchauffement climatique. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a accueilli ce nouveau rapport avec gravité. « J’ai vu de nombreux rapports scientifiques dans ma vie, mais rien de comparable à celui-ci. » Il n’hésite pas à parler « d’abdication criminelle » des dirigeants mondiaux. La voix des Nations unies considère que le rapport décrit « un recueil de la souffrance humaine et une accusation accablante envers l’échec des dirigeants dans la lutte contre les changements climatiques ».

Guillaume Gontard, président du groupe écologiste au Sénat, s’alarme également de ces rapports qui se succèdent, année après année. « Maintenant la question ne se pose plus. On le voit sur nos territoires, on voit l’impact. Le plus perturbant dans ce rapport, c’est qu’on acte à la fois les conséquences du réchauffement et qu’on donne des pistes sur comment s’adapter. On est déjà passé à la phase d’après. »

L’Alliance des petits Etats insulaires a appelé une nouvelle fois les pays développés à respecter leur engagement d’augmenter leur aide climatique aux pays pauvres, notamment pour leur permettre de se préparer aux catastrophes qui s’annoncent. Le rapport du Giec admet quelques progrès mais relève surtout que les efforts d’adaptation sont pour la majorité « fragmentés, à petite échelle ». Et surtout, qu’à cette allure, l’écart entre les besoins, et ce qu’il faudrait, risque de s’accentuer.

« Disparition de 3 à 14 % des espèces terrestres », dans un scénario à +1,5 degré

Or, la capacité d’adaptation a des limites. Certains écosystèmes sont déjà « au-delà de leur capacité à s’adapter », soulignent les scientifiques des Nations unies. Les coraux font par exemple partie des êtres vivants à avoir franchi le point de non-retour. L’étendue des conséquences du changement climatique est plus importante qu’estimée dans les précédents rapports, avec des dégâts de plus en plus irréversibles pour les écosystèmes terrestres, d’eau douce, côtiers et marins. Le rapport anticipe ainsi la disparition de 3 à 14 % des espèces terrestres, y compris dans un scénario à +1,5 °C. « De plus en plus de systèmes humains ou naturels atteindront leurs limites d’adaptation », écrivent les 270 scientifiques issus de 67 Etats dans leur rapport.

En termes de santé sur l’homme, la publication internationale met en exergue une augmentation des maladies respiratoires avec l’augmentation des feux de forêt, ou encore une progression du choléra, poussée par l’augmentation des inondations.

« On voit que rien ne bouge, rien n’avance. L’inaction devient coupable », dénonce le sénateur de l’Isère. « Ce qui nous manque vraiment, c’est au niveau national des orientations financières et politiques très fortes. Actuellement, ce n’est pas coordonné, il n’y a pas de prise en compte des pouvoirs politiques ni de vision à long terme. On sait ce qu’il faut faire », demande le parlementaire en appelant à s’inspirer des actions de collectivités locales. En avril, le Giec doit d’ailleurs publier son troisième volet, consacré cette fois aux moyens de limiter le réchauffement climatique.

Le parlementaire écologiste estime au passage qu’une politique énergétique, dans le contexte de la guerre en Ukraine, a aussi un lien sur les actions géopolitiques. « Ces évènements dramatiques rappellent notre rapport au monde. Tout est lié », insiste-t-il.

Guillaume Gontard appelle à s’inspirer du train de sanctions historiques contre la Russie, décidé par les Européens en soutien l’Ukraine, des décisions qui auront probablement un contrecoup pour l’économie. « De la même manière, on doit avoir cette action forte face au réchauffement climatique. Si on sait que si c’est pour vivre mieux, oui, il faut passer par là. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Réchauffement climatique : « L’inaction devient coupable », déplore l’écologiste Guillaume Gontard, après le rapport du Giec
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Réchauffement climatique : « L’inaction devient coupable », déplore l’écologiste Guillaume Gontard, après le rapport du Giec
3min

Politique

Industrie musicale : « il n’y a plus de coup de cœur, on regarde le nombre de followers », La Grande Sophie

Trente ans de carrière, artiste inclassable, la Grande Sophie se tourne aujourd’hui vers la comédie musicale avec un nouveau spectacle inspiré de son premier livre « Tous les jours Suzanne ». Une nouvelle aventure qui caractérise à merveille son envie insatiable de créer. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle se livre sur son passé, son rapport à l’industrie musicale et sa relation particulière avec Françoise Hardy.

Le

Réchauffement climatique : « L’inaction devient coupable », déplore l’écologiste Guillaume Gontard, après le rapport du Giec
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le