Pris à partie pour ses positions sur la santé, François Fillon tente de déminer une situation tendue. Une reculade qui pourrait lui coûter cher, affirme le politologue Bruno Cautrès.
Recul de François Fillon sur la santé : «désormais, ça passe ou ça casse»
Pris à partie pour ses positions sur la santé, François Fillon tente de déminer une situation tendue. Une reculade qui pourrait lui coûter cher, affirme le politologue Bruno Cautrès.
Par Thomas Leroy
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A peine élu candidat de la droite pour la présidentielle, François Fillon doit maintenant se démener avec des polémiques tenaces. La première concerne évidemment son programme de santé, jugé dangereux par l’opposition et même remis en cause par certains de ses soutiens. Mardi, le député assurait dans une tribune au Figaro qu’il ne voulait ni « privatiser l'Assurance-maladie » ni « diminuer les remboursements. » Des éléments de langage repris, ce mercredi matin lors d’une visite à l’hôpital de Plessis-Robinson, où il était accompagné de ses soutiens dont Gérard Larcher, le président du Sénat.
« Pas de reculade », assure-t-il devant les parlementaires Les Républicain. Pourtant, ça y ressemble bien. La proposition a même été discrètement supprimée du site internet du candidat, remplacée par la tribune parue dans le Figaro.
Le passage évincé du programme
« Il a subi une pression très forte de l’appareil des Républicains » juge le politologue du Cevipof (Sciences-po) Bruno Cautrès. « Les élus n’entendent pas faire l’erreur de perdre l’élection imperdable. François Fillon a grillé sa cartouche et cela lui collera à la peau comme un sparadrap. Désormais, il ne peut plus reculer sur un autre sujet majeur de son programme.» Et les thématiques sensibles ne manquent pas : le plus emblématique de tous est probablement sa volonté de supprimer pas moins de 500 000 fonctionnaires. « C’est un sujet explosif » affirme Bruno Cautrès. « S’il reculait sur cette proposition, ce serait une catastrophe pour lui. » En l’occurrence, 58% des Français sont opposés à cette mesure, selon un sondage Elabe pour les Echos, Radio classique et l'institut Montaigne. Autant d’électeurs qu’il faudra convaincre d’ici 5 mois.
D’autant plus qu’une autre critique enfle ces derniers jours sur les réseaux sociaux : son silence sur les massacres perpétrés à Alep. Ni François Fillon, ni ses lieutenants n’ont réagi malgré une volée de critiques sur Twitter.
Autant de sujets sensibles sur lesquels ses adversaires ont aussi allègrement appuyé, à commencer par le Premier ministre Bernard Cazeneuve qui a critiqué les positions du candidat LR lors de son discours de politique générale.
Bernard Cazeneuve : "Je dénonce l'horreur des massacres" à Alep
01:37
Ce mercredi, sur LCP, la députée socialiste Karine Berger a ainsi appelé François Fillon à « condamner sévèrement ce qu'il est en train de se passer à Alep. »
« C’est le revers de la médaille » souligne Bruno Cautrès. « François Fillon a remporté la primaire avec cette image d’intransigeance. Maintenant, il a les mains liées. Ca passe ou ça casse. »
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Après le retrait à l’Assemblée nationale de la proposition de loi portée par la députée Renaissance Caroline Yadan, le gouvernement va reprendre la main et présentera un projet de loi sur la lutte contre l’antisémitisme devant le Sénat avant l’été. L’exécutif compte sur un accueil plus favorable à la chambre haute où la droite et le centre sont majoritaires. Mais les relations entre la majorité sénatoriale se sont tendues ces derniers temps.
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En visite ce vendredi au Festival du livre, bousculé par la crise ouverte chez l’éditeur Grasset, Emmanuel Macron a voulu afficher sa défense du « pluralisme éditorial » et de « la liberté des auteurs ». Concernant la création d’une clause de conscience pour les auteurs, le Président a estimé que cela « doit se réfléchir ».