Réforme des retraites : au Sénat, échange musclé entre Laurence Rossignol et Olivier Véran
Lors des questions d’actualité au gouvernement, la sénatrice Laurence Rossignol a dénoncé avec vigueur les récentes déclarations d’Emmanuel Macron à propos de la réforme des retraites. Une interpellation qui lui a valu une réponse sarcastique d’Olivier Véran, rappelant devant l’hémicycle le soutien de la sénatrice à la précédente réforme des retraites en 2014.

Réforme des retraites : au Sénat, échange musclé entre Laurence Rossignol et Olivier Véran

Lors des questions d’actualité au gouvernement, la sénatrice Laurence Rossignol a dénoncé avec vigueur les récentes déclarations d’Emmanuel Macron à propos de la réforme des retraites. Une interpellation qui lui a valu une réponse sarcastique d’Olivier Véran, rappelant devant l’hémicycle le soutien de la sénatrice à la précédente réforme des retraites en 2014.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Alors que le président de la République s’est exprimé ce midi sur la réforme des retraites, et après un début de semaine sous haute tension au Parlement et dans la rue après l’utilisation du 49.3 par le gouvernement Borne, le déroulé des questions au gouvernement de ce mercredi au Sénat a traduit eux aussi, une crispation particulière. La sénatrice PS Laurence Rossignol a notamment listé les « mensonges, insultes et indécences » dans les déclarations d’Emmanuel Macron, réaffirmant farouchement son opposition à la réforme des retraites. « Il nous a dit que la majorité du pays, celle qui s’oppose à sa réforme, serait dans le déni de la réalité, et que lui seul nous conduirait vers la lumière. C’est une insulte à l’intelligence des Français » a-t-elle débuté sur un ton ironique, avant d’enchaîner : « Il nous a dit que les manifestants seraient noyautés par des factieux, il est allé jusqu’à les comparer aux suprémacistes de Brasília ou du Capitole. Là, c’est une insulte ».

La sénatrice a également dénoncé le passage en force de la réforme des retraites, faisant allusion au 49.3 dégainé par le gouvernement Borne jeudi dernier, empêchant selon elle l’existence d’un travail parlementaire effectif. « Il nous a dit que nous n’aurions eu comme contre-proposition que l’augmentation des déficits. Alors qu’aucun de nos amendements n’a été retenu ni même examiné, y compris ceux tenant aux cotisations patronales, c’est donc encore un mensonge » a-t-elle déploré, encouragée par les sénateurs de son bord dans l’hémicycle. Sur un ton vigoureux, la sénatrice a accusé le gouvernement d’être responsable d’une crise démocratique profonde, auquel le gouvernement répond à ses yeux, avec stratégie. « Il a répondu par la perspective d’un nouveau débauchage, sans doute les députés qui n’ont pas voté la motion de censure, et ça, c’est une indécence » a-t-elle poursuivi.

« Rendez aux Français les deux ans de vie que vous leur volez »

Reprochant l’utilisation habituelle des arguments d’autorité affirmés par les ministres du gouvernement Borne sur les plateaux de télévision, Laurence Rossignol a verbalisé son regret quant à la seule auto critique que le gouvernement a concédé, « celle d’une défaillance pédagogique ». Amère, la sénatrice a terminé sa prise de parole en interrogeant le gouvernement : « Vous voulez apaiser le pays ? Je le crois sincèrement. Mais il n’y a qu’une seule solution. Rendez aux Français les deux ans de vie que vous leur volez »

Une interpellation musclée et encouragée, à laquelle Olivier Véran a répondu avec sarcasme, rappelant devant l’ensemble des sénateurs le soutien de la sénatrice à la réforme des retraites portée à l’époque par l’ancienne ministre Marisol Touraine, sous le mandat socialiste de François Hollande. « Madame la Ministre Laurence Rossignol… Pardon, je vous ai appelé Madame la Ministre car en 2014 vous étiez ministre déléguée auprès de Marisol Touraine » a commencé le porte-parole du gouvernement dans un sourire, interrompu par les applaudissements. « J’étais député socialiste et vous et moi, nous avons eu le courage de soutenir une réforme des retraites portée par le gouvernement socialiste auquel vous apparteniez qui a, pardonnez-moi du peu, allongé la durée de cotisations pour tous les Français qui travaillent, avec un objectif équilibrer un système de retraite qui ne l’était plus dans la durée » a-t-il enchaîné.

« C’est ça avoir de la mémoire et du courage et de la conviction dans la continuité »

En demi-teinte, Olivier Véran lui a alors reproché de retourner sa veste, rappelant par ailleurs l’utilisation du 49.3 pour faire passer en force la loi travail en 2016, qui à l’époque, ne l’avait pas fait réagir. « Vous avez sans doute la mémoire sélective, moi pas » a-t-il débité, plus sérieux. Le porte-parole du gouvernement a également souhaité clarifier les propos d’Emmanuel Macron de ce jour, assurant que « jamais le Président de la République n’a comparé les manifestants avec des factieux. Il a fait le distinguo entre les manifestations démocratiques et les groupes violents, issus de l’ultra gauche, qui cherchent à saccager nos villes ».

Avec le soutien des sénateurs de son bord, Olivier Véran a terminé son discours sur le même ton railleur, interpellant la sénatrice sur leur prétendue proximité politique. « Madame la Sénatrice, puisque nous venons du même bord, quand on vous dit qu’on va augmenter les petits salaires en dessous du SMIC, vous devez dire oui. […] Quand on dit qu’on va lever une contribution exceptionnelle pour les grands groupes quand ils rachètent des actions, vous devriez dire oui. C’est ça avoir de la mémoire et du courage et de la conviction dans la continuité ». Une interpellation à laquelle la sénatrice n’a pas souhaité réagir.

Partager cet article

Dans la même thématique

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le

FRA – AN – ASSEMBLEE – COMMISSION AUDITION AURORE BERGE
6min

Politique

« Grand remplacement » : une théorie « raciste », rappellent les historiens à Aurore Bergé

La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a suscité la polémique au sein même de son propre camp, en refusant de qualifier de « raciste » la théorie du grand remplacement conceptualisée par l'essayiste d'extrême droite Renaud Camus. La ministre a néanmoins qualifié la théorie de « mensongère », a affirmé qu'elle entendait la combattre, et estimé que le débat sur ce sujet « faisait partie de la liberté d'expression ». Une position intenable pour l'historien de la colonisation Nicolas Bancel, qui rappelle que « la composante raciale » est au cœur de cette théorie.

Le

Paris : Présidentielle 2027 Bruno Retailleau
2min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : « Coup de poignard », rien ne va plus entre Bruno Retailleau et ses alliés centristes

En choisissant de soutenir Valérie Boyer (LR), candidate à sa réélection dans les Bouches-du-Rhône, le président des Républicains, Bruno Retailleau, s'est attiré les foudres de ses alliés centristes au Sénat qui lui rappellent que la sénatrice Brigitte Devésa conduit une liste d'union de la droite et du centre dans le département. Le choix de Bruno Retailleau est qualifié de « coup de poignard » par le compte X des sénateurs centristes.

Le

Le Sénat
16min

Politique

Recul des LR, arrivée d’un groupe RN et la gauche qui veut limiter la casse : les enjeux des sénatoriales

Le Sénat ne devrait pas connaître de grand bouleversement après les élections sénatoriales du 27 septembre, avec le maintien d’une majorité de droite et du centre pour Gérard Larcher, où le groupe Union centriste pourrait cependant voir son poids renforcé. Mais les sénateurs se préparent à une petite révolution : l’arrivée possible du premier groupe RN. A gauche, PS et Écologistes espèrent limiter la casse par des accords « gagnant-gagnant ».

Le