Réforme des retraites : Emmanuel Macron en faveur d’une hausse de la durée de cotisation
Pour désamorcer le dossier explosif de la réforme des retraites, Emmanuel Macron mise sur une hausse de la durée de cotisation, loin du rapport Delevoye qui s’oriente vers un âge pivot de 64 ans.

Réforme des retraites : Emmanuel Macron en faveur d’une hausse de la durée de cotisation

Pour désamorcer le dossier explosif de la réforme des retraites, Emmanuel Macron mise sur une hausse de la durée de cotisation, loin du rapport Delevoye qui s’oriente vers un âge pivot de 64 ans.
Public Sénat

Par Marie-Pierre Bourgeois

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« Je préfère qu’on trouve un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge. » En une phrase, Emmanuel Macron a mis fin à l’un des principaux points de divergence autour de la réforme des retraites.

Interrogé lundi 26 août sur France 2 au sujet de la réforme des retraites, le Président de la République s’est éloigné des préconisations de Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire chargé de plancher sur le sujet.

Dans son rapport publié en juillet dernier qui contenait les pistes de réflexion de réforme de la retraite à points, l’ancien sénateur Les Républicains du Pas-de-Calais avait d’abord tenu à rassurer. Pas question de toucher à l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans – une promesse de campagne du candidat Emmanuel Macron. Avant de proposer quelques pages plus loin « un âge pivot » de 64 ans incluant une décote pour ceux qui continueraient à partir à 62 ans.  

Un véritable motif de colère pour les organisations syndicales, Laurent Berger, le patron de la CFDT parlant même de « point rouge ». « La réticence des syndicats s’explique par le fait qu’un âge unique ne représente pas la même chose pour tout le monde. Ce n’est pas pareil de partir à 64 ans quand vous êtes ouvrier et que vous avez commencé à travailler à 16 ans, que si vous êtes cadre et que vous avez fini vos études à 25 ans » explique ainsi Audrey Rain, économiste à l’Institut des politiques publiques.

Rassurer les syndicats

Alors que plusieurs manifestations contre la réforme sont prévues au mois de septembre, promettant une rentrée compliquée pour l’exécutif, Emmanuel Macron a donc cherché à désamorcer la situation. Le calcul pourrait s’avérer juste. « Le Président de la République valide l’une de nos préoccupations quotidiennes : la durée de cotisation est une meilleure référence que l’âge pour rendre justice aux situations des uns et des autres » estime ainsi le secrétaire national de la CFDT Frédéric Sève au Monde.

« Ce qu’a annoncé Emmanuel Macron permet d’intégrer la longueur de la carrière dans le calcul de la retraite et cela me semble une bonne nouvelle » partage également le sénateur de la Haute-Vienne (RDSE) Jean-Marc Gabouty.

René-Paul Savary, le rapporteur (LR) retraites de la commission des affaires sociales au Sénat, est, lui, plus sceptique. « Son annonce résout certes un problème, celui des carrières longues, mais ne solutionne pas tout. Les régimes spéciaux qui vont disparaître avaient ainsi une raison d’être. Certes, cela permettait de partir plus tôt à la retraite mais la contrepartie était d’avoir des salaires beaucoup plus bas. A partir du moment où les agents de la RATP ou de la SNCF ont le même calcul de retraites que les autres salariés, il va falloir renégocier les grilles de salaires. »

Vers un nouveau grand débat ?

Problème, les propos d’Emmanuel Macron restent imprécis. « Il n’a pas donné de piste pour savoir concrètement quelle durée de cotisation serait nécessaire. Avec un système de retraites par point, on ne pourra plus se baser sur le nombre de trimestres. On peut imaginer que la durée de cotisation nécessaire correspondra au nombre de points suffisants pour avoir une pension qui corresponde à 75% de votre salaire sur la durée de toute votre carrière » explique Audrey Rain.

Autre flou dans les propos d’Emmanuel Macron, lundi 26 août, celui de l’annonce « d’une grande concertation, d’un grand débat » sans plus de précisions. « Personne ne sait à quoi s’en tenir. Les propositions varient d’un jour à l’autre, passant d’un atermoiement à un autre. Et puis, maintenant, on nous parle de mettre les citoyens dans la boucle alors que les décisions se prennent à l’Elysée et que Jean-Paul Delevoye a déjà fait un tour de France des citoyens » juge Jean-Louis Tourenne, sénateur socialiste de l’Ille-et-Vilaine.

Dernière question, plus politique, celle de l’avenir de Jean-Claude Delevoye que certains voyaient nommé ministre dans les prochains jours pour suppléer la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn. « Pas de commentaire particulier » répond son cabinet qui rappelle que « la hausse de la durée de cotisations faisait partie des propositions » contenues dans le rapport.

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