Réforme des retraites : « Nous avons affaire à un gouvernement hors-sol » dénonce Monique Lubin
Tandis que le ministre de l’Economie espère remettre sur la table la réforme des retraites, les sénateurs de gauche pointent du doigt un « mauvais timing ». La droite sénatoriale, quant à elle, apporte son soutien à Bruno Le Maire.

Réforme des retraites : « Nous avons affaire à un gouvernement hors-sol » dénonce Monique Lubin

Tandis que le ministre de l’Economie espère remettre sur la table la réforme des retraites, les sénateurs de gauche pointent du doigt un « mauvais timing ». La droite sénatoriale, quant à elle, apporte son soutien à Bruno Le Maire.
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La réforme des retraites est de nouveau sur la table. Dans un entretien accordé au Parisien, ce samedi, le ministre de l’Economie a remis le sujet à l’ordre du jour, assurant que la réforme des retraites devait être « la priorité absolue ». Pour le locataire de Bercy, la réforme souhaitée par le gouvernement serait l’un des facteurs, avec « le retour de la croissance » et la « maîtrise de nos dépenses de fonctionnement », qui permettront de « rembourser la dette Covid ». Un sujet dont la majorité sénatoriale s’était déjà emparée, le 14 novembre dernier, au moment du débat sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2021 (PLFSS). Dans un amendement porté par René-Paul Savary, les sénateurs de droite défendent la nécessité d’assurer l’équilibre des régimes de retraite dès 2030, et demandent la réactivation de la conférence de financement sur l’équilibre et le financement des retraites, proposant de repousser l’âge de départ à 63 ans en cas d’échec des concertations.

« On n’y échappera pas ! », tance René-Paul Savary. « Cela ne sert à rien de mettre la poussière sous le tapis. Avec un déficit de 250 milliards d’euros cette année qui s’ajoute à la dette, il est incontournable de prendre des mesures. Et la seule façon de diminuer les dépenses ou d’augmenter les recettes, c’est de travailler. L’intérêt du système de retraite, c’est qu’on peut jouer sur ces deux tableaux, sans quoi nous sommes condamnés à s’épuiser à rembourser cette dette, quitte à léguer ce fardeau aux générations futures. » Le sénateur l’assure cependant : si le sujet doit être remis sur la table le plus rapidement possible, il ne pourra passer que par la concertation. Mais il en va, selon lui, d’un enjeu essentiel : « Il faut absolument que notre modèle social soit équilibré, y compris pour affronter les crises à venir. »

« La droite sénatoriale a bien servi le gouvernement »

La position de la majorité sénatoriale ravive la colère de l’aile gauche, qui reproche à la droite de jouer le jeu du gouvernement. « La droite sénatoriale a bien servi le gouvernement avec cet amendement », tacle la sénatrice communiste Laurence Cohen. « C’est scandaleux que Bruno Le Maire remette cette réforme sur le tapis, au moment où on traverse une crise économique et sociale terrible, dont les répercussions seront énormes. Cela témoigne, une nouvelle fois, de la méconnaissance de la réalité de la part d’un gouvernement qui veut toujours faire payer les mêmes, qui pleure sur la dette mais continue à faire des cadeaux aux multinationales, à mener une politique qui conduit dans le mur. »

Un constat partagé par la sénatrice socialiste Monique Lubin, membre du Conseil d’orientation des retraites (COR), qui pointe du doigt une « manipulation » du gouvernement. « Je suis hallucinée et abasourdie », soutient-elle. « Nous avons aujourd’hui la confirmation que le gouvernement agite la peur pour faire passer une réforme dogmatique, puisqu’il est ressorti du dernier conseil d’administration du Cor qu’avant la crise, le système était bel est bien revenu à l’équilibre. » Ciblant la volonté de Bruno Le Maire de s’appuyer sur la réforme du système des retraites pour rembourser la dette, la sénatrice renchérit : « Comment peut-on imaginer qu’on va faire payer la dette aux salariés ? Alors que dans le même temps, le gouvernement soutient qu’il n’augmentera pas les impôts et qu’on ne demandera pas un effort aux plus riches d’entre nous. Encore une fois, nous avons affaire à des dirigeants hors sol ».

« Ce n’est pas le bon timing »

Et le sujet divise au-delà des rangs de la Haute assemblée. Réagissant aux propos de Bruno Le Maire, la ministre du Travail Elisabeth Borne a pris le contrepied, ce dimanche, soutenant que la priorité absolue était de « sortir de la crise sanitaire, économique, sociale, de protéger les emplois ». « C’est l’avis unanime des partenaires sociaux », a-t-elle ajouté. Une position partagée par la sénatrice LREM Patricia Schillinger. « Bruno Le Maire a raison de penser à la réforme des retraites, mais ce n’est pas le bon timing », soutient-elle. « Aujourd’hui, la priorité doit être le soutien aux plus précaires, et aux plus jeunes notamment. Le sujet de la retraite viendra, mais pas aujourd’hui. Et ce sera, dans tous les cas, une décision du Premier ministre. »

 

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