Réfugiés : « La résistance des Ukrainiens entraîne une émotion et une volonté d’accueil puissante », relève le président de France Fraternités
Alors qu’un élan de générosité à l’égard des réfugiés ukrainiens inonde l’opinion française, Pierre Henry, président de France Fraternités, dénonce « les approches basées sur des questions de religion ou de couleur de peau ». Interview

Réfugiés : « La résistance des Ukrainiens entraîne une émotion et une volonté d’accueil puissante », relève le président de France Fraternités

Alors qu’un élan de générosité à l’égard des réfugiés ukrainiens inonde l’opinion française, Pierre Henry, président de France Fraternités, dénonce « les approches basées sur des questions de religion ou de couleur de peau ». Interview
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Tout d’abord, la France doit-elle s’attendre à une vague de réfugiés en provenance d’Ukraine ?

Je ne pense pas. De par sa position géographique et ses relations historiques avec l’Ukraine, la France ne sera pas la première concernée par l’importance des flux. Comme toujours, lors des moments de conflit, les gens ont tendance à fuir dans les pays limitrophes avec dans l’idée de retourner rapidement chez eux. Un autre élément qu’il faut regarder, ce sont les pays où se sont constituées des diasporas ukrainiennes. Là encore, la France n’est pas, a priori, concernée, contrairement à l’Allemagne ou l’Espagne, par exemple.

Gérald Darmanin dit « bienvenue » aux réfugiés ukrainiens, le PDG de la SNCF annonce que les transports seront gratuits pour eux, certaines municipalités s’organisent pour les accueillir… Dans un pays où au moins 30 % des Français sont prêts à voter pour l’extrême droite, ça peut paraître anachronique ?

Mais c’est toujours comme ça. Je me souviens de la générosité de ce pays à l’égard des réfugiés syriens après la diffusion de la photo un enfant décédé sur une plage en 2015. C’est vite retombé. Cette guerre, c’est aussi une bataille d’images. Dans le regard de la population, la résistance des Ukrainiens entraîne une émotion et une volonté d’accueil puissante. La SNCF a eu « une réaction de com’ » en réaction aux chemins de fer allemand et polonais qui ont mis des trains à disposition des personnes qui fuient l’Ukraine.

On a entendu sur les plateaux TV, certains, évoquer une « immigration de grande qualité », « d’Européens qui partent en voiture qui ressemblent aux nôtres ». Ça laisse penser qu’il y aurait des bons et des mauvais réfugiés ?

Ce sont des propos de commentateurs et de responsables politiques qui vont un peu vite en besogne dans un climat marqué par la xénophobie ambiante. Il faut se mettre à distance de ces déclarations à l’emporte-pièce, de ces approches basées sur des questions de religion ou de couleur de peau. Au moment de la guerre du Kosovo, la France avait mis en place un pont aérien, et beaucoup de villes moyennes avaient accueilli des Kosovars dont des femmes portant des voiles colorés. Il ne faut pas éluder la question de la place que prennent les réfugiés dans un pays d’accueil. Pour les Ukrainiens comme pour les autres ce ne sera pas facile de s’intégrer, de trouver un emploi. Ce sont principalement des femmes et des enfants qui sont partis. Et sans aucune volonté d’être méprisant, les femmes ne sont pas toutes professeures d’universités. Le nier, c’est ne rien comprendre au phénomène de l’exil.

La France a-t-elle les capacités d’accueillir ces réfugiés ?

Nos capacités d’accueil sont pleines à 97 % donc il va falloir les augmenter. Mettre de côté l’émotion et s’organiser pour accueillir avec le calme des vieilles troupes. N’oublions pas enfin que l’exode des Ukrainiens va dépendre de la prise de Kiev. S’il y a des combats rue par rue avec d’importants dommages. Les gens ne pourront pas rentrer chez eux.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

L Assemblee adopte l’interdiction des reseaux sociaux aux moins de 15 ans
6min

Société

Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : « On a perdu du temps en ne partant pas du texte du Sénat », déplore la sénatrice Catherine Morin-Desailly

Après la censure du Conseil constitutionnel il y a un mois jour pour jour de la proposition de loi portée par la députée Renaissance Laure Miller, Emmanuel Macron a soumis une nouvelle version de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans ce lundi 14 septembre. Du côté du Sénat, en fin d’année 2025, une proposition de loi sur ce sujet, portée par la sénatrice centriste Catherine Morin-Desailly, avait été adoptée mais n’avait pas été reprise par le gouvernement.

Le

INDRE : Pregnant and confined.
7min

Société

« Du plancher collant au plafond de mère » : la maternité, un des principaux facteurs d’inégalité entre les femmes et les hommes

Alors que les nombreux débats autour de la démographie et de la natalité en France ont émergé ces derniers mois, ce mercredi 9 septembre, le Haut Conseil à l’égalité (HCE) a publié un rapport de 166 pages rappelant que la maternité est aujourd’hui l’un des principaux facteurs de persistance des inégalités socio-économiques entre les femmes et les hommes.

Le

Réfugiés : « La résistance des Ukrainiens entraîne une émotion et une volonté d’accueil puissante », relève le président de France Fraternités
8min

Société

Périscolaire : à Paris, la procureure face à « une massification des signalements »

Face à la multiplication des affaires de violences sexuelles dans le périscolaire, à Paris, la procureure de la République du tribunal de Paris, Laure Beccuau, reconnaît qu’« il faut restaurer la confiance ». Avec « 2.900 enquêtes en cours » sur les violences sexuelles subies par les mineurs, « les violences périscolaires, c’est à peu près 10 % des dossiers », souligne-t-elle. Soit « 235 enquêtes pénales ouvertes par le parquet de Paris pour violences en milieu scolaire et périscolaire », précise la sénatrice LR, Agnès Evren.

Le