Remaniement: un gouvernement avec moins d’éclat mais moins risqué pour Macron
Amputé de deux ministres connus, populaires et issus de la société civile, Nicolas Hulot et Laura Flessel, l'exécutif Macron...

Remaniement: un gouvernement avec moins d’éclat mais moins risqué pour Macron

Amputé de deux ministres connus, populaires et issus de la société civile, Nicolas Hulot et Laura Flessel, l'exécutif Macron...
Public Sénat

Par Marc PRÉEL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Amputé de deux ministres connus, populaires et issus de la société civile, Nicolas Hulot et Laura Flessel, l'exécutif Macron remanié mardi perd en éclat mais se consolide sur sa ligne politique.

En choisissant le président de l'Assemblée, François de Rugy, un fidèle au profil plus classique, pour le poste de numéro 3 du gouvernement, Emmanuel Macron réduit le danger de possibles tiraillements internes qui avaient marqué le bref passage de Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique, soulignent des analystes.

"Emmanuel Macron a besoin de ressouder sa majorité (...) Je le voyais mal prendre des risques politiques en allant chercher des personnalités incontrôlables, a estimé Pascal Durand, un proche de Nicolas Hulot, selon qui "Rugy a donné des gages écologistes" et "correspond au cahier des charges".

L'ancien animateur écolo de TF1 et Laura Flessel étaient deux des rares figures connues et appréciées des Français dans un gouvernement marqué par de nouvelles têtes et des profils souvent "technos".

L'ex-championne d'escrime, partie mardi pour "raisons personnelles", caracolait dans les classements de popularité des ministres, malgré un passage jugé discret par les acteurs du monde du sport.

Son départ est lié "à sa situation fiscale", a indiqué à l'AFP une source proche du dossier, confirmant des informations de presse, ce que l'entourage de l'ex-athlète a démenti.

Celle qui lui succède, la nageuse Roxana Maracineanu, médaillée d'argent aux JO de Sydney et conseillère régionale, a sans doute le CV pour la remplacer poste pour poste.

- "Homme de main de Macron" -

La situation est nettement différente pour François de Rugy: avec le président de l'Assemblée nationale, le chef de l'Etat choisit un jeune ministre (44 ans) mais un routier de la vie politique, passé d'EELV à LREM via la primaire de la gauche à l'élection présidentielle.

"Rugy, c'est le recroquevillement de la politique écologique, une énorme erreur mais en même temps un signal très clair: le choix de la tranquillité", glisse un sceptique dans la majorité.

Si Nicolas Hulot jouissait d'une réputation plus consensuelle au sein des écologistes français, François de Rugy n'a pas que des amis parmi ses anciens camarades de parti d'EELV, comme la députée européenne Michèle Rivasi, qui l'a dépeint mardi en "homme de main de Macron".

Mais en choisissant un fidèle et en évitant un profil trop éloigné de la ligne gouvernementale, comme Dany Cohn-Bendit, Emmanuel Macron évite l'écueil d'un "casting", selon la politologue Chloé Morin, d'Ipsos.

"Le pire pour Emmanuel Macron aurait été un casting qui cherche, en débauchant ici et là quelques symboles, à donner des signaux à différents segments électoraux, sans cohérence avec la ligne du gouvernement, comme avait pu le faire François Hollande", selon l'analyste.

Autre pressenti au poste, Pascal Canfin, ancien ministre de François Hollande qui avait déjà claqué la porte gouvernementale avec Cécile Duflot en 2014, affichait lui aussi de plus grands risques de divergences politiques.

Selon l'Elysée, le choix de M. de Rugy a été fait dès le 30 août, avant même les entrevues entre MM. Macron et Cohn-Bendit.

M. de Rugy est "une personnalité politique dont l'engagement écologique est reconnu de longue date, qui a la stature d'homme d'Etat, et qui partage les convictions politiques, et en matière d'environnement, du président de la République", a-t-on salué à la présidence.

S'il s'agissait de montrer la "constance et la cohérence", "on ne cherchait pas un clone de Nicolas Hulot", résume une autre source gouvernementale.

Après une rentrée difficile marquée par des hésitations politiques, comme le prélèvement à la source, et un ralentissement économique, le plus important pour le chef de l'Etat, au plus bas dans les sondages, va au-delà des nominations gouvernementales: rassurer "sur son volontarisme, sa capacité à savoir où il va et à relancer la machine économique", juge Chloé Morin.

En matière d'environnement, la nomination de Rugy permettra-t-elle de rassurer sur la détermination d'Emmanuel Macron à être l'un des nouveaux champions du climat ?

Un bon test sera la présentation des arbitrages gouvernementaux sur la Programmation pluriannuelle de l'énergie, avec la question sensible de l'avenir du nucléaire français. Ces derniers doivent être rendus par l'exécutif "plutôt en octobre".

Partager cet article

Dans la même thématique

Jerome Durain nouveau President. Session du conseil regional de Bourgogne-Franche-Comte
9min

Politique

Sénatoriales : en Côte-d’Or, entre Rebsamen et Patriat, un seul François devrait être candidat

L’ancien ministre du gouvernement Bayrou et ex-président du groupe PS du Sénat envisage de se présenter aux sénatoriales. A condition que François Patriat, patron des sénateurs macronistes, ne se représente pas. Les deux en parlent ensemble et veulent éviter de se présenter l’un contre l’autre. S’il est élu, reste à voir dans quel groupe ira François Rebsamen, ou s’il cherchera à en créer un nouveau…

Le

Illustration of the headquarters of the French media group Canal +
9min

Politique

Tribune anti-Bolloré et réaction de Canal + : le cinéma français au bord de la fracture

Après la tribune anti-Bolloré signée par près de 600 professionnels du cinéma, la riposte du patron de Canal+, Maxime Saada, a déclenché une onde de choc politique et culturelle. Entre accusations de « maccarthysme », dénonciation d’une « caste gauchiste » et inquiétudes sur l’emprise idéologique du groupe Vivendi, la polémique révèle une fracture profonde, celle d’un cinéma français pris entre dépendance économique et bataille culturelle.

Le

People vote in Bordeaux for the legislatives elections
6min

Politique

Municipales 2026 : un électeur sur six a utilisé l’IA pour l’aider dans son choix de vote, révèle une étude

Les élections municipales ont vu, pour la première fois en France, un nombre significatif d’électeurs, environ un sur six, faire appel à l’IA conversationnelle pour déterminer leur choix de vote, d’après une étude Toluna Harris Interactive. Une pratique encore très minoritaire, mais qui interroge sur l’influence politique réelle de l’IA à un an de l’élection présidentielle.

Le

New Caledonia’s vote on independence from France
4min

Politique

Elections provinciales en Nouvelle-Calédonie : le texte visant à élargir le corps électoral adopté en commission au Sénat

A l’approche des élections provinciales en Nouvelle-Calédonie qui se tiendront le 28 juin, la commission des lois du Sénat a adopté la proposition de loi organique visant à élargir le corps électoral aux natifs de l’Archipel. L’exécutif, qui compte aller plus loin en y intégrant également les conjoints des natifs, déposera son amendement en séance publique, cet après-midi.

Le