Report de l’installation des conseils municipaux : une décision « sage et cohérente » pour les maires
Trois édiles de Haute-Saône, élus au premier tour, réagissent à la décision du Premier ministre de proroger les équipes sortantes jusqu’à la mi-mai, le temps que la situation sanitaire du pays s’améliore.

Report de l’installation des conseils municipaux : une décision « sage et cohérente » pour les maires

Trois édiles de Haute-Saône, élus au premier tour, réagissent à la décision du Premier ministre de proroger les équipes sortantes jusqu’à la mi-mai, le temps que la situation sanitaire du pays s’améliore.
Public Sénat

Par Jonathan Dupriez

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Vellexon-Queutrey-Et-Vaudey, 486 habitants. Confiné comme tous les Français, Dylan Demarche règle par téléphone les derniers détails de la passation avec le maire sortant du village, quand l’annonce du Premier ministre tombe. « On préparait la succession, les dossiers et même la transmission des clés » , précise l’édile de 21 ans. Car au même moment, à 350km de là, Édouard Philippe annonce au Sénat le report de l’installation des conseils municipaux en raison de la dégradation de la situation sanitaire.

Pour 30 000 communes environ, les conseils municipaux censés se tenir ce week-end pour élire le maire et les adjoints sont ainsi reportés après le 10 mai. « J’en prends acte » , déclare laconiquement le plus jeune maire du département, non sans déception. « Si c’est plus prudent, je l’accepte, il faut le faire mais on avait envie d’y aller » , confie, résigné, l’étudiant en droit et en histoire. La déception est la même à l’autre bout du fil. Hervé Pulicani, maire (DVD) sortant, s’était fait une joie de transmettre le flambeau après 25 ans à la tête de la commune. « J’avais vraiment envie de passer la main », s’agace l’instituteur du village de 57 ans. « J’avais envie d’arrêter, à un moment il faut transmettre, donner un nouveau souffle. » Alors qu’il s’apprêtait à débrayer, Hervé Pulicani doit, avec l’équipe sortante, se remettre en ordre de bataille face au covid-19 jusqu’à la mi-mai au moins : « On le fera, on n’a pas le choix, le sens du devoir existe encore… » À cette date, un rapport scientifique devra permettre d’indiquer « s’il est possible d’installer les conseils municipaux » au regard des conditions sanitaires précise le Premier ministre.

Sage décision

En Haute-Saône, certains maires appelaient de leurs vœux ce report. Eric Houlley, maire PS sortant réélu à Lure, 8 000 habitants, salue un choix  « responsable » et « cohérent » du gouvernement. « Je pense que c’est une sage décision qui relève du bon sens » , note-t-il. Pour Éric Houlley, comment aurait-on pu « demander aux élus locaux de faire ce qu’on demande à la population de ne pas faire ? » Sortir au risque de bafouer les règles de distanciation alors que la France est claquemurée, les Français confinés. Jusqu’au dernier moment, l’élu, signataire d’une tribune dans Le Figaro, militait contre ces installations ne garantissant pas, selon lui, les « conditions acceptables de l’exercice de la démocratie locale » . Bon gré mal gré, Eric Houlley avait pris ses dispositions pour que la réunion de son conseil municipal puisse se tenir ce dimanche en respectant « les mesures barrières » préconisées par l’Association des Maires de France (AMF) et définies par le Ministère de l’Intérieur. Huis clos, gel hydroalcoolique, conseil réduit pour s’assurer du quorum physique pour élire le maire et ses adjoints, ce conseil municipal « à la sauvette » devait être expédié en 30 minutes au lieu d’1h30 habituellement. 

On est contents que ce soit vous

Du côté des maires sortants déjà au charbon pour gérer la crise, la décision du gouvernement n’a que peu d’incidence. Réélu à 55% des voix au premier tour à Vesoul, Alain Chrétien avoue « n’avoir même pas pu savourer sa victoire » tant la situation était critique sur le terrain. De son domicile, transformé en QG pour « piloter la ville à distance » , il a lancé un plan de bataille à la hauteur de l’enjeu : cellule de veille et d’anticipation, fichiers du plan canicule réactivés pour s’occuper des personnes âgées, et gestion au cordeau de ses employés municipaux. Avec comme priorité la gestion des services d’importance vitale comme l’eau et l’assainissement, la propreté ou la police municipale pour garantir la sécurité des administrés. Alain Chrétien reconnaît qu’en temps crise, un maire sortant a toujours l’avantage. « On est contents que ce soit vous » , lui lancent certains habitants lorsqu’ils l’aperçoivent. « Les administrés veulent un maire en état de gérer la ville, ils ont besoin d’être rassurés » , confirme-t-il.  Rassurant, Alain Chrétien tente de l’être du mieux qu’il peut face à cette situation « surréaliste et inimaginable » à laquelle il est confronté chaque jour.

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