Rester dans l’euro ou Philippot, le FN devra-t-il choisir?
Marine Le Pen envisage un possible départ du FN de Florian Philippot si le parti renonce finalement à la sortie de l'euro,...

Rester dans l’euro ou Philippot, le FN devra-t-il choisir?

Marine Le Pen envisage un possible départ du FN de Florian Philippot si le parti renonce finalement à la sortie de l'euro,...
Public Sénat

Par Guillaume DAUDIN

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Marine Le Pen envisage un possible départ du FN de Florian Philippot si le parti renonce finalement à la sortie de l'euro, faisant prévaloir la légitimité des adhérents sur la ligne qu'elle a portée avec son bras droit depuis 2011.

L'euro n'est que la partie émergée du débat interne depuis des années. D'un côté, autour de Marine Le Pen et Florian Philippot, ceux pour qui le FN "ni droite ni gauche" défend un souverainisme intégral: contrôle renforcé des lois, de la monnaie, des frontières et du budget face à une UE "totalitaire".

De l'autre côté, de nombreux frontistes, jusqu'à la direction, pour qui le salut du parti d'extrême droite passe par les thématiques chères à l'électorat de droite: immigration, identité, sécurité et fiscalité.

Les premiers jugent la sortie de l'euro non négociable, les seconds y voient un boulet électoral -notamment auprès des plus de 65 ans qui ne votent que peu pour le FN- mais sans trancher entre abandon net (de la sortie de l'euro) et édulcoration.

"Il n'y aura pas de Frexit. Nous avons pris note de ce que le peuple français nous a dit", a déclaré dimanche au Telegraph britannique Bernard Monot, "stratégiste économique" du FN.

"Je continue à penser que l'euro n'est pas techniquement viable mais cela n'a pas de sens pour nous de continuer à insister obstinément", a ajouté celui qui est à l'origine de la position défendue par le FN pendant la campagne présidentielle, à savoir la transformation de l'euro "monnaie unique" en "monnaie commune" pour les échanges internationaux, à côté d'une monnaie nationale "retrouvée" au quotidien.

Cette question monétaire est le paravent de la grande explication qu'anticipaient de nombreux frontistes pour le congrès de fin d'année et qui commence plus tôt que prévu, suite aux 33,9% de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, un score record mais resté en deçà des espérances du parti.

Dans les grandes manœuvres autour de la "grande transformation" promise par Marine Le Pen, Florian Philippot a lancé une association, "Les Patriotes", "boîte à idées (...) pour aider à la refondation" du FN, ce qui a été jugé par beaucoup malvenu en pleines législatives.

- Crispation interne -

En retour, les opposants internes s'activent: Gilles Lebreton, eurodéputé FN, veut "œuvrer après les élections à l'indispensable rénovation du FN", s'attirant selon un responsable du parti un appel "de menaces et d'insultes" de M. Philippot, que celui-ci a démenti à l'AFP.

Plus important, selon une source frontiste, Nicolas Bay, numéro trois, envisage aussi de monter au front, se sentant "un peu en première ligne du fait du retrait de Marion Maréchal-Le Pen".

"Le rapport interne se crispe", résume un responsable. "Il y a de moins en moins de milieu" entre partisans et adversaires de Florian Philippot.

Or une semaine et demi après qu'il a mis sa place dans la balance sur cet abandon de la sortie de l'euro, la présidente du FN a acté lundi que l'euro serait en tant que tel sur la table: "Nous discuterons de tout" lors du congrès, il n'y a "pas de tabou" au FN.

"Si demain, les adhérents du FN décidaient qu'on doit abandonner" l'idée de sortir de l'euro, Florian Philippot "ne se sentirait plus en accord avec ses convictions" et démissionnerait, a-t-elle ajouté. "C'est tout à son honneur."

M. Philippot a assuré pourtant quelques heures plus tard que sortir du programme la fin de l'euro n'était "pas engagé". Même analyse du trésorier du FN Wallerand de Saint Just, l'après-midi sur LCI: Mme Le Pen "ne discute pas du fond (...) mais de la présentation de cette réforme".

Et l'ancien avocat du FN de rappeler qu'outre M. Philippot, c'est surtout le FN et Marine Le Pen qui "portent cette réforme extrêmement clivante depuis 2002". "Ceux qui se sont exprimés publiquement sur la sortie de l'euro au FN, qu'ils soient candidats contre Marine Le Pen" au prochain congrès, a-t-il mis en garde.

Florian Philippot a d'ailleurs laissé entendre que son départ ne se ferait pas sans dégâts: "Si le FN devient un parti fédéraliste et européiste, je ne vois pas très bien ce que j'aurais à y faire, mais je crois que je ne serais pas le seul."

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le