Résultats présidentielle 2022 : Le Pen des champs, Macron des villes

Résultats présidentielle 2022 : Le Pen des champs, Macron des villes

Entre 2017 et 2002, quelles sont les évolutions de la carte électorale ? Marine Le Pen conserve son, avance dans les petites communes, Emmanuel Macron dans les grandes villes. Le président sortant a toutefois perdu l’électorat de la gauche traditionnelle du grand Sud-Ouest, constate Hervé Le Bras, démographe, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Interview.
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Bien que perdante, Marine Le Pen a considérablement progressé par rapport à 2017. Elle obtient trois régions la Corse (58,08%), les Hauts-de-France (52,14%) et Provence-Alpes-Côte-d'Azur (50,48%), contre aucune il y a 5 ans. La candidate RN qui l’avait emporté dans deux départements en 2017 (l'Aisne et le Pas-de-Calais), en conquiert 21 de plus pour atteindre 23. Elle s’impose également dans plus de 18.100 communes contre plus de 16.900 qui ont soutenu Emmanuel Macron.

>> Lire notre article. Présidentielle 2022 : la carte interactive de tous les résultats

Les résultats de ce second tour confirment que la France rurale a majoritairement voté pour Marine Le Pen à l’inverse des grandes villes qui ont plébiscité le président sortant.

HLB. C’est un phénomène qu’on a observé dès 2007. Lorsque Jean-Marie Le Pen avait accusé Nicolas Sarkozy d’un hold-up sur son électorat. En réalité, le vote Le Pen avait diminué d’un tiers mais dans les villes. Il était resté stable dans les campagnes.

A distance égale d’une métropole, c’est la taille de la commune qui joue dans le vote Le Pen. Au premier tour en 2017 comme en 2022, Marine Le Pen fait en moyenne 30 % dans les communes de moins de 1000, 15 % dans les communes de 10 000 à 100 000 habitants, 12 % au-delà de 100 000 et aux alentours de 5 % à Paris.

Au lendemain du second tour qui a vu s’opposer les deux mêmes candidats qu’en 2017, quelles sont les évolutions notables entre les deux scrutins ? Dans quels territoires les rapports de force ont bougé ?

Là où Emmanuel Macron a le plus perdu de voix, c’est dans le grand Sud-Ouest. Les Landes le Limousin, l’Ariège, le Puy de Dôme, l’Allier, la Nièvre, le Poitou… La zone qui va du Sud de la Loire à l’Ouest du Rhône. Il a perdu la gauche traditionnelle, celle qui n’a pas supporté la droitisation de sa politique. Par rapport à 2017, la jambe gauche d’Emmanuel Macron a presque disparu. Ça ne veut pas dire qu’ils ont reporté leur voix sur Marine Le Pen. C’est dans ces territoires que l’on compte un grand nombre de votes blancs.

Dans le Nord et dans l’Est de la France, Marine Le Pen augmente un peu par rapport à 2017 mais pas tant que ça. Dans le département du Nord par exemple, elle augmente son score de 4 % (47 % contre 43 %). Elle récupère les points qu’elle avait perdus après le débat d’entre deux tours en 2017 mais guère plus. Dans les grandes villes du Nord, peu d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon se sont reportés sur Marine Le Pen. Globalement dans les grandes villes et les banlieues, un virage a été pris par les classes populaires relativement éduquées. A l’origine tentées par le FN, elles sont en train de se reconvertir vers le vote mélenchoniste.

>> Lire notre article. Présidentielle : 42 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon se sont reportés sur Emmanuel Macron

Avez-vous relevé un report des voix d’Éric Zemmour à son profit ?

Éric Zemmour a fait de bons scores dans l’Ouest parisien, à Versailles, ou dans les villes comme Saint Tropez ou Deauville. Mais je note que cette « clientèle aisée » n’a pas suivi Marine Le Pen au second tour. Dans le 16ème arrondissement, Marine Le Pen (18 % au second tour et 4,53 % au premier) n’a pas bénéficié du bon score d’Éric Zemmour (17,4 % au premier tour) ni d’ailleurs de celui de Valérie Pécresse (13,8 %).

Marine Le Pen a néanmoins fait une percée en Outre-mer

C’est clairement un vote de rejet contre le pourvoir en place. Le vote Mélenchon s’est ici transformé en vote Le Pen au second tour. Pour l’Outre-mer, il s’agit du rejet de la politique sanitaire. En Corse, on assiste également à un vote de rejet, mais il est lié à la mort d’Yvan Colonna.

Quels enseignements peut-on tirer de ce scrutin en vue des législatives ? Notre sondage Ipsos-Sopra Steria révèle par exemple qu’une majorité de Français souhaiteraient une cohabitation.

Compte tenu du mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours, je pense qu’Emmanuel Macron obtiendra assez aisément une majorité. Avec un seuil aussi haut pour se qualifier au second tour, (12,5 % des inscrits sur les listes électorales. En cas d’abstention de 50 %, il faut donc 25 % des voix NDLR) il y aura peu de triangulaires.

On peut faire la comparaison avec les départementales de 2015, où trois forces politiques, la droite, l’extrême droite et la gauche, ont fait à peu près le même score, et c’est pourtant la droite qui a raflé un maximum de cantons. Les duels bénéficient très souvent au parti qui est au « centre » des deux autres. La gauche si elle n’est pas qualifiée se reporte sur la droite face à l’extrême droite au second tour. Et l’extrême droite se reporte sur la droite, face à la gauche au second tour.

 

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