Retraites: l’Assemblée entame sous tension l’examen des milliers d’amendements
Débuts poussifs et sous tension mardi pour l'examen à l'Assemblée des milliers d'amendements au projet de réforme des retraites:...

Retraites: l’Assemblée entame sous tension l’examen des milliers d’amendements

Débuts poussifs et sous tension mardi pour l'examen à l'Assemblée des milliers d'amendements au projet de réforme des retraites:...
Public Sénat

Par Charlotte HILL, Adrien DE CALAN

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Débuts poussifs et sous tension mardi pour l'examen à l'Assemblée des milliers d'amendements au projet de réforme des retraites: les oppositions ont multiplié les critiques et batailles de procédure face une majorité "consternée" continuant de plaider pour un "vrai débat".

Après des premiers échanges parfois chahutés la veille sur ce projet visant à créer un système "universel" de retraites par points, les rappels au règlement, suspensions ou encore demandes de vote électronique et de quorum se sont enchaînés, émaillés d'invectives.

La tension était montée dans l'après-midi avant même d'étudier le premier des quelque 41.000 amendements.

Les communistes, très remontés contre un "projet de régression sociale", ont reproché aux "marcheurs" d'"insulter la mémoire" de leur famille politique en se réclamant d'Ambroise Croizat - l'un des pères fondateurs de la Sécurité sociale en 1945 - ou de l'ex-secrétaire général du parti Maurice Thorez. "Vous êtes +en même temps+, vous auriez été beau dans la Résistance, vous auriez été +en même temps quoi ?+", a lancé le numéro un du parti Fabien Roussel, suscitant l'indignation de la majorité.

Les oppositions de droite comme de gauche ont jugé "vain et inutile" (Eric Woerth, LR) de débattre, en raison de la tenue au même moment de la "conférence de financement" des partenaires sociaux, chargés de trouver d'ici à avril des solutions pour ramener à l'équilibre le système de retraite d'ici à 2027. Mais sans avancées notables mardi.

"Vous êtes incroyablement prévisibles" et il y a un "désir que ce débat n'ait pas lieu", a rétorqué le chef de file des députés LREM Gilles Le Gendre, qui a prévenu que les oppositions "ne rentrer(aient) pas dans la majorité comme dans un saloon !".

Sans atteindre - à ce stade - la paralysie de juillet 2018 lors de l'examen du projet de révision constitutionnelle, victime collatérale de l'affaire Benalla, il y avait de l'électricité dans l'air tout au long de la soirée. A plusieurs reprises, le président Richard Ferrand (LREM) au perchoir a dû appeler au calme.

Récusant le caractère "universel" de la réforme, les oppositions ont notamment proposé dans les premiers amendements de changer le terme pour "inéquitable" ou de le supprimer.

Leurs attaques ont aussi porté sur l'idée que la réforme créé "un régime spécial, celui des hyper riches" comme l'a affirmé Boris Vallaud (PS), pour qui la majorité porte ce "stigmate" depuis le début du quinquennat et n'arrête pas de "rembourser ses bookmakers", autant d'attaques récusées par LREM.

"Chers collègues de la majorité, vous m'inquiétez, vous êtes pris dans une idéologie qui vous provoque des crampes mentales", a aussi lancé le communiste André Chassaigne, tandis que l'insoumis Alexis Corbière (LFI) les a taxés d'être "illégitimes", suscitant à nouveau une bronca.

- "Combat de coq" -

"Ce combat de coq avant qu'on arrive au coeur du projet me consterne un peu", leur a lancé Bruno Millienne (MoDem). "Laissez cette Assemblée travailler !", a-t-il tonné.

"On peut avoir une forme de colère quand on voit retourner contre la démocratie des moyens dilatoires", a renchéri la "marcheuse" Aurore Bergé, estimant que les Français "attendent mieux que des heures de débat sur le titre du projet de loi"

D'autres se sont dits "blindés" face à l'obstruction et ont demandé à l'opposition si elle avait "peur" de débattre, le secrétaire d'Etat Laurent Pietraszewski déplorant aussi leurs "refus de débattre sur le fond".

Dans l'espoir que le calendrier puisse tenir, les députés siègeront jusqu'au 6 mars avec des travaux ce week-end. Richard Ferrand (LREM) a posé des règles pour l'organisation des débats, avec notamment un seul orateur par groupe sur les amendements identiques, ce contre quoi s'est élevée en particulier la gauche de la gauche.

La question de l'utilisation du "49-3", arme de la Constitution qui permet au gouvernement d'abréger les débats et de faire adopter un projet de loi sans vote, reste posée, même si Laurent Pietraszewski a encore insisté mardi sur une volonté de "débattre, enrichir le texte" et "aboutir".

La majorité table toujours sur une adoption en première lecture avant les municipales des 15 et 22 mars, et sur un feu vert définitif "d'ici l'été".

Les députés n'avaient étudié mardi qu'une centaine d'amendements, tous rejetés.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Seance questions au gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Travail le 1er mai : une réforme quasi enterrée, que ses défenseurs cherchent à réanimer

Face au risque de censure et sous la pression des syndicats, le gouvernement a repoussé sine die la proposition de loi sénatoriale sur le travail le 1er mai, tout en ouvrant des discussions. Une décision dénoncée par Gabriel Attal chez Renaissance. Côté LR, Bruno Retailleau propose aux présidents de l’Assemblée et du Sénat de convoquer eux-mêmes la commission mixte paritaire, pour relancer le processus parlementaire. Si Gérard Larcher « était prêt à étudier » la question, l’idée serait en « stand by » face aux hésitations de Yaël Braun-Pivet.

Le

Retraites: l’Assemblée entame sous tension l’examen des milliers d’amendements
3min

Politique

Au nom du « soutien au peuple Vénézuélien », Gérard Larcher reçoit au Sénat la Prix Nobel de la paix et opposante María Corina Machado

Au lendemain de sa rencontre avec Emmanuel Macron, la lauréate du Prix Nobel de la paix María Corina Machado, figure de l’opposition vénézuélienne, est reçue mardi 14 avril par le président du Sénat Gérard Larcher. L’occasion d’échanger sur « les perspectives d’une transition pacifique et démocratique » au Venezuela plus de trois mois après la capture du président Maduro par les États-Unis.

Le

Retraites: l’Assemblée entame sous tension l’examen des milliers d’amendements
3min

Politique

Après son arrivée chez Grasset, relié à Vincent Bolloré, Boualem Sansal assure ne « pas du tout » se rapprocher de l’extrême-droite 

Invité de la matinale de Public Sénat ce mardi 14 avril, Boualem Sansal est revenu sur son récent départ de Gallimard, son éditeur historique, vers Grasset, relié au milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Interrogé sur ce choix et sur d’hypothétiques liens avec l’extrême-droite, l’écrivain franco-algérien assure ne « pas du tout » se rapprocher de ce camp politique et dit « picorer » ses idées « à droite » et « à gauche ».

Le

36071660134
5min

Politique

« La République a besoin de votre voix » : au Sénat, collégiens et lycéens dissertent sur la liberté d’expression lors d’un concours d’éloquence

Plusieurs dizaines de collégiens et lycéens, principalement originaires de Seine-Saint-Denis, se sont affrontés lors de la 8ème édition du Concours d'éloquence de la jeunesse, lundi 13 avril, au Sénat. L’occasion de philosopher sur les limites de la liberté d’expression et d’ « affirmer sa place dans la société », comme les y a invités le sénateur Ahmed Laouedj.

Le