Retraites: le Premier ministre dévoile son plan, la fronde s’amplifie
Fin des régimes spéciaux, âge d'équilibre à 64 ans, entrée dans le système à partir de la génération née en 1975: le Premier ministre a détaillé...

Retraites: le Premier ministre dévoile son plan, la fronde s’amplifie

Fin des régimes spéciaux, âge d'équilibre à 64 ans, entrée dans le système à partir de la génération née en 1975: le Premier ministre a détaillé...
Public Sénat

Par Estelle PEARD, Arnaud BOUVIER

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Fin des régimes spéciaux, âge d'équilibre à 64 ans, entrée dans le système à partir de la génération née en 1975: le Premier ministre a détaillé mercredi son projet de réforme des retraites, faisant immédiatement basculer le camp syndical réformiste, CFDT en tête, dans la mobilisation, au 7e jour d'une grève amenée à se renforcer.

"Il n'y aura ni vainqueur ni vaincu" avec la réforme, a affirmé Édouard Philippe devant le Conseil économique, social et envemental (Cese).

Mais sitôt le plan dévoilé, la fronde syndicale a gagné une recrue de poids: la "ligne rouge est franchie", a tonné, courroucé, Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, hostile à l'allongement de la durée de cotisation via la mise en place d'un "âge d'équilibre".

"Ma porte est ouverte, ma main est tendue", lui a répondu Édouard Philippe au Sénat.

"Je suis ferme sur le principe (...) d'un système qui concernera tout le monde", mais "je ne suis pas fermé et j'ai indiqué à l'ensemble des organisations (patronales) et syndicales qu'il y avait toute une série de points sur lesquels nous pouvions améliorer la réforme", a-t-il abondé quelques heures plus tard sur TF1.

Pas de quoi atténuer la colère du premier syndicat français: à l'issue d'un bureau national, la CFDT a appelé "l'ensemble des travailleurs à se mobiliser le 17 décembre", date prévue par les opposants à la réforme pour la prochaine mobilisation. Sur le plateau de France 2, Laurent Berger a demandé au gouvernement de "revenir en arrière" sur "l'âge d'équilibre", qu'il a qualifié de "gros problème".

La CFTC a aussi appelé à se mobiliser mardi prochain. Le 17 décembre, "il n'y aura que le Medef qui ne sera pas en grève", a commenté le numéro un de la CGT Philippe Martinez.

Selon le projet du gouvernement, l'âge légal restera à 62 ans, avec "un âge d'équilibre" progressivement amené à 64 ans et "un système de bonus-malus".

Comme la CFDT, l'Unsa a dénoncé une "ligne rouge".

"Que ça réagisse, on le savait. Mais est-ce qu'on pouvait décemment présenter quelque chose sans parler d'équilibre financier ?", a commenté un membre du gouvernement.

Retraite minimum garantie à 1.000 euros et "85% du SMIC dans la durée", possibilité de partir deux ans plus tôt pour les personnes exerçant des métiers usants, niveau de pension des enseignants "sanctuarisé", majoration de 5% dès le premier enfant figurent parmi les mesures présentées. Avec le fait que les Français nés avant 1975 "ne seront pas concernés par la réforme" et que la génération "qui aura 18 ans en 2022" sera "la première à intégrer le système universel".

Les partenaires sociaux fixeront la valeur du point "sous le contrôle du Parlement", a assuré le Premier ministre. "La loi prévoira une règle d'or pour que la valeur du point acquis ne puisse pas baisser", avec une indexation sur les salaires.

- "Renforcer la grève" -

La disparition des régimes spéciaux est confirmée mais, "pour les fonctionnaires et les agents des régimes spéciaux dont l'âge légal" de départ est de 52 ans, en particulier les conducteurs de la SNCF et de la RATP, la réforme s'appliquera à partir de la génération 85, a précisé Matignon.

Pour le Premier ministre, "les garanties données" justifient que la grève "s'arrête".

Des cheminots écoutent le discours du Premier ministre sur la réforme des retraites, le 11 décembre 2019
Des cheminots écoutent le discours du Premier ministre sur la réforme des retraites, le 11 décembre 2019
AFP

C'est au contraire à "renforcer la grève" qu'a appelé Laurent Brun, le secrétaire général de la CGT-Cheminots, premier syndicat de la SNCF, tandis que Bruno Poncet (SUD-Rail) "pense qu'on va dans le mur, que ça va durcir le mouvement". A la RATP, l'Unsa (1er syndicat) a appelé à "installer la mobilisation dans la durée".

Les prévisions de trafic pour jeudi sont quasi inchangées par rapport à mercredi: un TGV et un Transilien sur 4 à la SNCF, 10 lignes du métro parisien fermées.

Et le mécontentement déborde largement le secteur des transports: le Conseil des barreaux votera des actions ce vendredi, et les principaux syndicats policiers menacent de "durcir" leur mobilisation. Les syndicats d'enseignants de la FSU ont appelé à la reconduction de leur mobilisation.

"Je reste dans le camp des opposants", a déclaré de son côté François Hommeril (CFE-CGC), dénonçant une réforme "de plus en plus dangereuse".

Côté politique, l'opposition de gauche comme de droite a rejeté la réforme, "injuste" pour Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Yannick Jadot (EELV), "régressive" pour Olivier Faure (PS). A droite, Guillaume Peltier (LR) a dénoncé "un enfumage", Marine Le Pen (RN) une réforme "terrible".

C'est une première depuis 23 ans: les partis de gauche ont tenu mercredi soir un meeting commun sur les retraites, à Saint-Denis, à l'initiative du PCF. Tous ont souhaité l'abandon pur et simple d'un projet gouvernemental jugé "injuste", promettant que la mobilisation allait s'amplifier.

Le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a au contraire salué "un bon équilibre entre une réforme qui est redistributive" et le fait qu'"il faut, quand c'est possible, qu'on travaille plus longtemps".

Le projet de loi gouvernemental sera prêt "à la fin de l'année", soumis au Conseil des ministres le 22 janvier et discuté au Parlement fin février.

Partager cet article

Dans la même thématique

Retraites: le Premier ministre dévoile son plan, la fronde s’amplifie
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le