Retraites : ces sénateurs qui ont fait parler d’eux pendant l’examen de la réforme

Retraites : ces sénateurs qui ont fait parler d’eux pendant l’examen de la réforme

Après 10 jours d’examen de la réforme des retraites au Sénat, certains sénateurs se sont révélés aux yeux du grand public, en particulier à gauche, où les élus n’ont pas été avares en saillies verbales pour s’opposer au projet de loi. 
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Samedi soir, après 10 jours et 10 nuits d’examen et plus de 100 heures de débats, le Sénat a adopté la réforme des retraites avec un jour d’avance sur le calendrier grâce au recours au vote bloqué de l’article 44 aliéna 3 de la Constitution. L’issue du scrutin, 195 voix pour, 112 voix contre, était attendu. En minorité, les trois groupes de gauche, socialiste, communiste, écologiste s’étaient toutefois coordonnés pour s’opposer à la réforme. Combatifs jusqu’au bout, ils ont pilonné la majorité sénatoriale de droite et le gouvernement de prises de parole.

Raymonde Poncet Monge, écologiste

A 72 ans, la sénatrice écologiste du Rhône aura été un caillou dans la chaussure de la majorité sénatoriale. Selon les calculs de son groupe, Raymonde Poncet Monge a défendu 564 d’amendements. Usant de nombreux rappels aux règlements, elle totaliserait, à elle seule, près de 5 heures de prises de parole. Raison pour laquelle, le président du groupe écologiste, Guillaume Gontard proposera de lui décerner dans l’hémicycle « le titre honorifique » et humoristique « d’amendement d’or pour l’ensemble de son œuvre ».

Impossible d’être exhaustif au vu d’un tel bilan, on retiendra une de ses interventions, au style quelque peu décalé, dans la nuit du 6 au 7 mars, lorsque les élus de gauche ont tenté, sans succès, de faire adopter des amendements, visant à taxer les plus riches, pour financer le système des retraites. Raymonde Poncet Monge avait alors cité « l’apologue du lampadaire, bien connu des chercheurs ». « Quelqu’un a perdu ses clés et ne les cherche que sous un lampadaire. On lui dit mais pourquoi tu cherches là ? Il répond, c’est le seul endroit où il y a de la lumière. Vous, vous avez allumé le lampadaire du paramètre de l’âge légal. Nous, on ne fait que vous demander d’allumer d’autres lampadaires. Allumez toute la place, le déficit de la Sécu peut-être comblé ailleurs », avait-elle demandé récoltant une salve d’applaudissements dans les rangs de la gauche.

René-Paul Savary, le rapporteur LR du texte

C’est le Monsieur Retraites des Républicains au Sénat. Président de la mission d’évaluation et de contrôle de la Sécurité Sociale, René-Paul Savary était aussi le rapporteur du texte. Afin de ne pas retarder l’examen du texte, la droite sénatoriale a été relativement discrète jusqu’à l’examen de l’article 7 qui reporte l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans. Le sénateur de la Marne sera donc parmi les rares à défendre la réforme les premiers jours. Il pointera notamment le rôle de la réforme Touraine, qui a porté à 43 ans le nombre d’années de cotisations. « Dites-le dans les manifestations : « si vous travaillez plus longtemps, c’est à cause de nous », a-t-il lancé aux élus socialistes.

Olivier Henno, centriste

Lui aussi n’a pas hésité à répondre aux nombreuses admonestations des élus de gauche dès le début de l’examen du projet de loi, au moment où le silence était plutôt la règle du côté de la majorité sénatoriale. Peu connu du grand public, Olivier Henno, sénateur du Nord depuis 2017, a été un fervent défenseur de la réforme mais aussi du ministre du Travail, Olivier Dussopt, lorsque ce dernier a été attaqué par Éric Kerrouche (PS) sur ses origines modestes lors de l’examen de l’article 7. « Cela ne vous grandit pas, c’est le marxisme le plus terrible ! », dénonce Olivier Henno. Le sénateur centriste a lui aussi eu un petit mot à l’intention de Raymonde Poncet Monge. « Si c’était à la quantité de salive et d’encre, il faudrait donner le maillot jaune à Madame Poncet Monge », a-t-il ironisé dans l’hémicycle. Il est également à l’origine d’une comparaison audacieuse pour s’opposer aux amendements de gauche visant à taxer les milliardaires. « J’ai pensé au sketch des Inconnus, les frères Rap-tout […] Je pense qu’il y a une forme de flibusterie parlementaire ».

Yan Chantrel, socialiste

Patrick Kanner, Laurence Rossignol, Monique Lubin, Corinne Féret, Bernard Jomier… Au groupe socialiste, ils ont été nombreux à battre le fer contre le gouvernement et la majorité sénatoriale. Elu en 2021, le tout jeune sénateur des Français établis hors de France, Yan Chantrel s’est particulièrement démarqué par son ton incisif.

Après la manifestation du 7 mars, il a dénoncé le report de l’âge légal à 64 ans, « c’est le cœur de l’injustice et de la brutalité de cette réforme ». Il fait alors le parallèle avec le geste polémique du ministre de la Justice. « Des millions de Français manifestent. Et vous faites ce soir comme si de rien n’était. A l’image du ministre Dupond-Moretti, vous faites un bras d’honneur au peuple français qui pourtant, manifeste pacifiquement contre cette réforme, de plus en plus nombreux. Imaginez la violence que vous renvoyez au peuple par votre indifférence », a-t-il dénoncé.

Jean-Claude Tissot, socialiste

Le sénateur socialiste de la Loire, Jean-Claude Tissot a été à l’origine de l’un des moments forts du débat parlementaire en rappelant son passé d’agriculteur. « Je veux bien être la plus grande feignasse que la terre ait portée […] Quand vous avez travaillé dans le froid, à porter des charges lourdes, à 62 ans vous êtes éreinté, laminé, vous n’existez plus physiquement ! ». Il a aussi interpellé les sénateurs de la majorité, médecins de formation. « Quand vous recevez dans vos cabinets des aides-soignants, qui à 62 ans, ne peuvent plus faire de transferts de patients. Qu’ils doivent faire deux ans plus ? »

Cathy Apourceau-Poly, communiste

Comme chez les socialistes et les écologistes, au groupe CRCE (à majorité communiste), de nombreux élus ont occupé les débats. Jeune sénatrice, Cathy Appourceau Poly a, à l’instar de Raymonde Poncet Monge, fait son baptême du feu de parlementaire, avec l’examen de la réforme des retraites. Dès la discussion générale, la sénatrice du Pas de Calais avait prévenu : « L’examen du texte au Sénat ne sera pas un long fleuve tranquille pour vous et comptez sur nous pour vous rappeler que comme les Français, nous sommes opposés à votre réforme. ».

Elle laissera éclater son indignation lors de l’adoption d’un amendement de la droite demandant à l’exécutif d’étudier la piste d’une capitalisation partielle des cotisations retraite des salariés et des indépendants. « Est-ce que vous pensez véritablement que les caissières, les aides à domicile, les petits smicards sont dans la capitalisation ? Vous savez où ils sont ? Ils font la queue aux Restos du Cœur ! Ils sont au Secours populaire, ils n’arrivent plus à payer leur électricité et leur gaz, ils pensent tous les jours à se nourrir. C’est la réalité de la vie ! On ne côtoie peut-être pas les mêmes. Vous irez dire à ces gens qu’ils doivent capitaliser ! »

Bruno Retailleau

Le président du groupe LR du Sénat ne peut pas être considéré comme une révélation politique. Le sénateur de Vendée, proche de François Fillon, est élu à la Haute assemblée depuis 2004 et est généralement en première ligne sur les textes traitant de l’immigration, de la laïcité ou encore de sécurité, Bruno Retailleau.

Mais Bruno Retailleau a été la cible privilégiée des élus de gauche pendant 10 jours. Au début des débats, le président des LR au Sénat, a été régulièrement accusé de « bâillonner » son groupe. Il sera également à l’origine d’un vif moment de tension lors de l’examen de l’article 7. Après 70 amendements de suppression de l’article déposés par la gauche, il met un terme à l’étirement des débats en demandant la mise en application de l’article 38 du règlement du Sénat pour « clôturer » les explications de vote. « Mon intention est de dénoncer l’obstruction. Ça fait cinq jours et cinq nuits qu’on assiste à des multiplications de prises de paroles, des centaines d’amendements parfaitement identiques […] Il y avait une forme de blocage, il faut que l’on aille au bout du texte […] L’obstruction c’est pour le Parlement un renoncement de son rôle. C’est un 49-3 à l’envers », a-t-il justifié. Excédé par la stratégie de la gauche, il a dénoncé « une mélenchonisation de la gauche sénatoriale ».

Afin d’arriver au terme de l’examen du texte, Bruno Retailleau a finalement renoncé à défendre l’amendement qu’il portait pour accélérer l’extinction des régimes spéciaux, retirant ainsi aux élus de gauche plusieurs heures de temps de parole.

 

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