Révision constitutionnelle de nouveau reportée: pour être enrichie ou enterrée?
A nouveau reportée à l'aune du mouvement des "gilets jaunes", la révision constitutionnelle voulue par Emmanuel Macron va-t-elle...

Révision constitutionnelle de nouveau reportée: pour être enrichie ou enterrée?

A nouveau reportée à l'aune du mouvement des "gilets jaunes", la révision constitutionnelle voulue par Emmanuel Macron va-t-elle...
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

A nouveau reportée à l'aune du mouvement des "gilets jaunes", la révision constitutionnelle voulue par Emmanuel Macron va-t-elle finir dans les limbes ou connaître dans quelques mois un nouveau souffle?

Couplée en trois volets, la réforme des institutions prévoit une dose de proportionnelle aux législatives, la réduction d'un tiers du nombre de parlementaires, la limitation du cumul des mandats dans le temps ou encore une accélération de la procédure législative.

- Pourquoi reporter?

Alors que l'Assemblée devait reprendre mi-janvier l'examen du projet de révision constitutionnelle, Edouard Philippe a confirmé jeudi qu'il fallait le "décal(er)" pour "tenir compte des éventuelles modifications souhaitées par les Français à l’occasion du débat" dans les territoires jusqu'au 1er mars, organisé en réponse au mouvement des "gilets jaunes".

"Comment mieux les associer à la prise de décision? Comment mieux représenter les sensibilités politiques?": autant de questions institutionnelles qui seront soulevées selon le Premier ministre dans ce débat, qui se décline en quatre thèmes dont "Démocratie et citoyenneté".

Ne pas tenir compte des "aspirations" des Français reviendrait à "se montrer très sourd et très aveugle", avait aussi justifié la veille le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

- La révision maudite

A l'été 2017, le chef de l'Etat s'était donné "un an" pour "parachever" les "transformations" des institutions.

Après une série de consultations et d'arbitrages ardus, pour ne pas hérisser le Sénat dont l'accord est nécessaire, ces promesses ont été traduites dans trois projets de loi. Le premier - le volet constitutionnel - s'est enlisé au Palais Bourbon fin juillet, affaire Benalla aidant.

L'exécutif misait sur une reprise en janvier, en vue d'une adoption définitive début 2020. Las, les "gilets jaunes" ont porté le coup de grâce à ce calendrier: difficile d'entamer l'année sous les auspices d'un projet éloigné de "l'état d'urgence économique et social" décrété par Emmanuel Macron.

- Quels ajouts? -

Parmi les revendications hétéroclites des "gilets jaunes", ont émergé des demandes de "référendum populaire", comptabilisation du vote blanc, davantage de proportionnelle, jusqu'à la suppression du Sénat.

Lundi soir, le chef de l'Etat a voulu que soient posées "les questions qui touchent à la représentation, la possibilité de voir les courants d'opinion mieux entendus dans leur diversité, une loi électorale plus juste, la prise en compte du vote blanc et même que soient admis à participer au débat des citoyens n'appartenant pas à des partis".

Sur fond d'aspiration à davantage de participation citoyenne, le projet de révision répondait "déjà en partie à ces questions", selon la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, mais "à partir du débat qui est lancé, il nous appartiendra de réfléchir à nouveau sur ce contrat pour la Nation".

- Les chances de succès -

Dans la majorité, on assure qu'il n'est pas question d'enterrer la réforme, mais de la "revoir" et de l'"enrichir", les "gilets jaunes" ayant porté "une aspiration démocratique", comme l'a souligné François de Rugy, ministre de la Transition écologique.

Ainsi la révision "portera un drapeau", c'est-à-dire un thème identifiable, ce qui n'était pas le cas jusqu'alors, affirme un ténor, tandis que Patrick Mignola (MoDem), rapporteur spécial, estime qu'elle "peut gagner en légitimité".

Pourtant, dès septembre, certains faisaient valoir que "plus elle intervient tard" moins elle a de chances d'aboutir, le risque de percuter les européennes en mai ajoutant de la complexité.

Le report pourrait en outre raviver certaines exigences, notamment au MoDem, où certains jugent le projet initial "kaput" et comptent réclamer une dose de proportionnelle supérieure à 15%.

Pour Philippe Gosselin (LR), "dans le contexte actuel" la réforme ne "tient plus la route" et le Sénat "ne peut plus aller à l'accord". Au vu des propositions qui vont émerger, un "nouveau texte serait plus logique", dit-il, jugeant notamment qu'en cas de hausse du taux de proportionnelle, "tout le reste vole un peu en éclat".

"S'ils ne l'abandonnent pas (la réforme, ndlr), je pense qu'on y regardera à trois ou quatre fois", glisse-t-on aussi à l'UDI.

Le constitutionnaliste Dominique Chagnollaud de Sabouret considère que le "motif apparent" du report est d'intégrer les propositions issues du débat. L'exécutif va "obligatoirement déposer un nouveau projet. Celui-ci était moribond. Ce serait peut-être une bonne idée".

Partager cet article

Dans la même thématique

Révision constitutionnelle de nouveau reportée: pour être enrichie ou enterrée?
6min

Politique

Justice criminelle : le Sénat adopte le texte qui instaure une nouvelle procédure de plaider-coupable 

Mardi soir, le Sénat a adopté le projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes. Le texte est l’objet depuis plusieurs jours de l’opposition des avocats contre l’instauration de l’extension de la reconnaissance préalable de culpabilité à certains crimes. Sorte de plaider-coupable à la française qui, selon le garde des Sceaux, permettrait de désengorger en partie les juridictions. Les arguments n’ont pas convaincu les groupes de gauche qui ont voté massivement contre.

Le

Paris: Seance questions au gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Travail le 1er mai : une réforme quasi enterrée, que ses défenseurs cherchent à réanimer

Face au risque de censure et sous la pression des syndicats, le gouvernement a repoussé sine die la proposition de loi sénatoriale sur le travail le 1er mai, tout en ouvrant des discussions. Une décision dénoncée par Gabriel Attal chez Renaissance. Côté LR, Bruno Retailleau propose aux présidents de l’Assemblée et du Sénat de convoquer eux-mêmes la commission mixte paritaire, pour relancer le processus parlementaire. Si Gérard Larcher « était prêt à étudier » la question, l’idée serait en « stand by » face aux hésitations de Yaël Braun-Pivet.

Le

Révision constitutionnelle de nouveau reportée: pour être enrichie ou enterrée?
3min

Politique

Au nom du « soutien au peuple Vénézuélien », Gérard Larcher reçoit au Sénat la Prix Nobel de la paix et opposante María Corina Machado

Au lendemain de sa rencontre avec Emmanuel Macron, la lauréate du Prix Nobel de la paix María Corina Machado, figure de l’opposition vénézuélienne, est reçue mardi 14 avril par le président du Sénat Gérard Larcher. L’occasion d’échanger sur « les perspectives d’une transition pacifique et démocratique » au Venezuela plus de trois mois après la capture du président Maduro par les États-Unis.

Le

Révision constitutionnelle de nouveau reportée: pour être enrichie ou enterrée?
3min

Politique

Après son arrivée chez Grasset, relié à Vincent Bolloré, Boualem Sansal assure ne « pas du tout » se rapprocher de l’extrême-droite 

Invité de la matinale de Public Sénat ce mardi 14 avril, Boualem Sansal est revenu sur son récent départ de Gallimard, son éditeur historique, vers Grasset, relié au milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Interrogé sur ce choix et sur d’hypothétiques liens avec l’extrême-droite, l’écrivain franco-algérien assure ne « pas du tout » se rapprocher de ce camp politique et dit « picorer » ses idées « à droite » et « à gauche ».

Le