Révision de la règle des 3 % de déficit public : pas une priorité pour Olivier Dussopt
Auditionné par la commission des finances du Sénat mercredi, le ministre en charge des Comptes publics, Olivier Dussopt a exposé la trajectoire des finances publiques du programme de stabilité, notamment le retour d’un déficit public autour de 3 % à l’horizon 2027.

Révision de la règle des 3 % de déficit public : pas une priorité pour Olivier Dussopt

Auditionné par la commission des finances du Sénat mercredi, le ministre en charge des Comptes publics, Olivier Dussopt a exposé la trajectoire des finances publiques du programme de stabilité, notamment le retour d’un déficit public autour de 3 % à l’horizon 2027.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

L’impact de l’épidémie de covid-19 a entraîné un « déficit abyssal » des finances de l’Etat, passant de 93 milliards en 2020, à 178 milliards en 2021, soit 9,2 % du PIB.

Présenté mercredi en Conseil des ministres, le programme de stabilité (un document qui détaille la trajectoire des finances publiques à moyen terme transmis par chaque Etat membre à la Commission européenne), fixe un retour à un déficit autour de 3 % à l’horizon 2027. « Non pas par fétichisme, ou par pure référence à un indicateur communautaire […] mais parce que nous savons que lorsque les déficits publics atteignent plus de 3 %, c’est le point d’inflexion qui permet de limiter le poids de la dette par rapport au PIB ».

Pour rappel, la règle imposant aux déficits publics de la zone euro de ne pas dépasser 3 % du PIB a été suspendue en mars 2020, suite à l’épidémie de covid-19.

Le retour progressif à cet objectif a interpellé la sénatrice membre de Géneration(s), Sophie Taillé-Polian qui a rappelé un article du quotidien Le Monde selon lequel, la France compterait profiter de la prochaine présidence de l’Union européenne au premier semestre 2022, pour plaider l’abandon de la règle des 3 %.

« La France ne considère pas ce débat sur les indicateurs comme prioritaire […] (Mais), nous considérons qu’un certain nombre de critères gagneront à être revus » a prudemment répondu le ministre qui renvoie ce débat à la fin de l’année, après les propositions de la Commission européenne sur le sujet.

Afin de revenir dans les clous de la règle budgétaire européenne, le ministre en charge des Comptes publics explique que la dépense publique devra être limitée à 0,7 % par an. « Un effort important non pas pour diminuer la dépense publique mais faire en sorte qu’elle augmente moins vite que la croissance et l’inflation », a-t-il prévenu tout en soulignant que cet effort ne concernerait pas les « dépenses d’urgence ». Parmi les hypothèses retenues par le gouvernement pour atteindre cette trajectoire, certaines sont d’ordre politique comme l’absence d’augmentation des prélèvements obligatoires, d’autres sont conventionnelles comme une croissance de 5 % en 2021, 4 % en 2022 et un retour des taux d’intérêt positif.

Pour sa part, le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) a jugé mercredi « optimiste », l’hypothèse « selon laquelle la croissance potentielle reviendrait à son niveau d’avant-crise à partir de 2023 ».

Ou pensez-vous pouvoir trouver ces économies ?

Des doutes que les sénateurs ont également exprimés. « Vous prévoyez un redressement rapide des finances publiques […] Ou pensez-vous pouvoir trouver ces économies ? » l’a interrogé le rapporteur général du budget, le sénateur LR, Jean-François Husson en évoquant, les promesses d’une réforme des retraites et la suppression de 50 000 emplois publics « restées lettre morte » lors de ce quinquennat.

« Nous travaillons actuellement sur une réorganisation et la rénovation du plan des achats de l’Etat […] réforme beaucoup plus discrète que la réforme des retraites qui est régulièrement évoquée, mais qui génère aussi des économies de l’ordre de 800 millions à 1 milliard d’euros », a répondu le ministre.

Le pacte de stabilité muet sur la dette climatique

Jean-François Husson mais aussi Sophie Taillé-Polian s’inquiètent de ce programme de stabilité qui conduirait la France à dépasser « nos objectifs d’émission de gaz à effet de serre de l’ordre de 28 millions de tonnes de CO2 d’ici à 2030 ». « Pour résorber un tel écart, il faudrait augmenter les investissements verts de l’ordre de 12 milliards d’euros par an […] Une dette climatique sur laquelle le pacte de stabilité est tout à fait muet », s’est ému le rapporteur général.

Les sénateurs de gauche craignent eux le retour d’une politique d’austérité dans ce programme de stabilité. « Est-ce que vous ne pensez pas que vous êtes en train de louper un moment politique pour engager d’autres perspectives et une vraie relance ? » l’a interrogé le sénateur PS de Paris, Rémi Féraud.

Partager cet article

Dans la même thématique

Révision de la règle des 3 % de déficit public : pas une priorité pour Olivier Dussopt
2min

Politique

Mazarine Pingeot sur François Mitterrand : « J'étais insolente avec mon père »

Grandir dans l’ombre du pouvoir oblige à se construire autrement, a fortiori lorsque votre existence relève du secret d’Etat. Mazarine Pingeot, « fille cachée » de François Mitterrand y est parvenue. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, la philosophe publie ces jours-ci Inappropriable (ed. Climats Flammarion), un essai ambitieux sur la relation entre l’homme et l'intelligence artificielle. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle revient sur une enfance hors du commun.

Le

Révision de la règle des 3 % de déficit public : pas une priorité pour Olivier Dussopt
6min

Politique

Crise du Groenland : "Quand l'Europe montre ses muscles, Trump recule" se félicite l'eurodéputé Bernard Guetta

La tension est redescendue après l'inquiétante escalade de Donald Trump sur le Groenland. Mais l’épisode n’est peut-être pas clos, tant le contenu du fameux accord conclu à Davos reste opaque. Il a laissé des traces et beaucoup de questions. Emmanuel Macron parle d'un appel à un réveil stratégique pour les 27. À l'inverse, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a mis en garde les Européens contre toute tentation de divorce. Alors jusqu’où devons-nous et pouvons-nous nous émanciper des États-Unis ? Faut-il en particulier s’empresser de ratifier l'accord commercial conclu au mois de juillet ? Ici l'Europe ouvre le débat avec les eurodéputés Bernard Guetta (France, Renew), Zeljana Zovko (Croatie, PPE) et Rasmus Nordqvist (Danemark, Verts/ALE).

Le

Paris: Auditions candidats elections Mairie de Paris sur l exclusion
8min

Politique

Vent de fronde chez Les Ecologistes pour les municipales : une « manœuvre » de « déstabilisation » de LFI, dénonce le sénateur Thomas Dossus

A Paris, Montpellier ou Avignon, quelques élus des Ecologistes prennent leur distance avec le parti pour rejoindre LFI. Ils dénoncent la stratégie d’alliance locale avec le PS. « C’est marginal », minimise le sénateur Thomas Dossus, qui y voit un mouvement d’humeur « opportuniste » de certains. Malgré les tensions, il espère encore des rapprochements avec les Insoumis au second tour.

Le

Deplacement de Anne Rubinstein a Epide de Lyon Meyzieu
6min

Politique

Violence dans le périscolaire : « l’omerta » au cœur de la bataille municipale parisienne

Depuis plusieurs mois, les signalements d’agressions sexuelles et de comportements suspects se multiplient dans le périscolaire. L’enquête de Cash Investigation en a révélé les failles, derrière ce service public du quotidien, fréquenté chaque jour par des millions d’enfants, se dessine un système fragilisé, miné par la précarité des personnels, des contrôles défaillants et une responsabilité politique désormais au cœur de la bataille municipale parisienne.

Le