Roxane Guichard : non le cas de ma mère « n’est pas un cas isolé »
C’est une parole rare, et précise. Un an après la disparition de sa mère Roxane Guichard témoigne pour que les paroles et le combat pour le choix de mourir d’Anne Bert, sa mère, ne se perdent pas dans le silence.  

Roxane Guichard : non le cas de ma mère « n’est pas un cas isolé »

C’est une parole rare, et précise. Un an après la disparition de sa mère Roxane Guichard témoigne pour que les paroles et le combat pour le choix de mourir d’Anne Bert, sa mère, ne se perdent pas dans le silence.  
Public Sénat

Par Pierre Bonte-Joseph

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Ce film elle ne voulait pas le voir. Ne pouvait pas le voir. D’ailleurs elle est allée à la projection avec des bouchons pour oreilles dans la poche, de peur de ne pas pouvoir écouter les mots prononcés par sa mère. Dans le film d’Antoine Laura, « J’ai décidé de mourir » Anne Bert tient un journal intime. Le récit de ses derniers mois de vie, de cet été qui la sépare de la mort.
 

Avec ce film Roxane a mieux compris l’attitude de sa mère

Finalement elle aura entendu le son de la voix de sa mère et compris certaines attitudes : « Pendant sa maladie le ton de sa voix a changé et c’était dur de l’entendre (…) Plus la maladie s’installait plus ma mère a été calme, silencieuse, capable de rester sur un transat au soleil des heures sans dormir. Elle était dure à atteindre. C’était très frustrant pour nous, et on ne comprenait pas bien. Dans le film elle explique qu’elle se met de force en retrait de la vie, que petit à petit elle a besoin de couper les ponts. Le fait qu’elle le formule dans le film m’a permis à posteriori de mieux le comprendre et de mieux le vivre ».

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Et puis si à l’époque Roxane était réticente à participer au film, aujourd’hui elle ne regrette rien : « Personne ne voulait être filmé, maintenant c’est important d’être dedans.  On a la preuve qu’on a vécu ce moment, que ça s’est vraiment passé, qu’on était témoin qu’on était soutien. J’aurais refusé...aujourd'hui je me serais sentie très mal en voyant ce film. Encore une fois ma mère a su avant nous que ce serait. Intiment on est content que cette trace reste ». Un film utile aux proches et aux autres.

« elle n’a pas été telle une amazone face à la mort, mais même à la fin elle a toujours été calme et précise »

Un film utile

À la sortie de la projection les gens s’attardent et les témoignages affluents « les gens m’ont dit c’est extraordinaire comme elle nous parle (…) En Belgique, -NDLR : pays où Anne Bert a eu recours à une euthanasie- nous sommes restés dix jours, elle était plus sereine que jamais. Elle ne disait pas qu’elle n’avait pas peur, elle avait peur comme tout le monde. Mais elle arrivait toujours à parler, il n’y a pas eu de panique, sa pensée ne s’est jamais brouillée (…) Mais attention elle a eu des grandes périodes d’angoisse, elle n’a pas été telle une amazone face à la mort, mais même à la fin elle a toujours été calme et précise. »

Un combat en héritage

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Voir le film, et témoigner. Il aura fallu que le temps de passe pour Roxane Guichard accepte de parler du combat de sa mère. Un an exactement. Elle se présente aujoud'hui comme le témoin obligé d’une situation qu’elle n’avait jamais imaginée. Mais n’allez pas croire que cela fait d’elle une militante active de l’euthanasie. Si elle défend l’idée de pouvoir choisir le moment venu de la façon dont on doit "partir", elle n’entend pas devenir une « icône » de la cause habituée des plateaux télés. « Je n’ai pas prévu de passer ma vie à parler de la mort (…) mais je ne pouvais pas faire comme si rien ne s’était passé. »

Alors aujourd’hui qu’une révision de la loi Clayes-Leonetti -NDLR : qui prévoit la sédation profonde pour écourter l’agonie des malades- s’éloigne, Roxane continue de défendre l’idée que le cas de sa mère n’était pas un cas isolé. Elle en veut pour preuve les milliers de courriers qu’elle a reçus en héritage, et auxquels sa mère lui a demandé de répondre. « Si j’imprimais tous ces courriels et que je les faisais lire, on verrait qu’il ne s’agit pas d’un cas particulier. C’est presque une insulte de dire aux gens que ce sont des cas isolés, et en France il y a encore trop de gens qui restent sur le bord de la route au moment de mourir, c’est horrible ».

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