Salut « fasciste » ou anodin ? Mediapart face à un frontiste au tribunal
Sur deux photos de 2011, le frontiste Axel Loustau apparaissait bras tendu, main levée. Un salut "fasciste" pour Mediapart, mais...

Salut « fasciste » ou anodin ? Mediapart face à un frontiste au tribunal

Sur deux photos de 2011, le frontiste Axel Loustau apparaissait bras tendu, main levée. Un salut "fasciste" pour Mediapart, mais...
Public Sénat

Par Juliette MONTESSE

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Sur deux photos de 2011, le frontiste Axel Loustau apparaissait bras tendu, main levée. Un salut "fasciste" pour Mediapart, mais un geste amical selon ce proche de Marine Le Pen, qui attaquait vendredi en diffamation le site d'information.

Au cœur des débats devant le tribunal correctionnel de Paris, deux photos révélées par un documentaire de Canal+ diffusé le 24 novembre 2014 et reprises dans un long article de Mediapart le même jour, "Le salut fasciste de l'argentier de Marine Le Pen".

Des images prises d'angles différents, lors d'une soirée privée sur une péniche pour le 40e anniversaire de M. Loustau, trésorier de Jeanne, le micro-parti de Marine Le Pen.

"Je salue mes invités", "j'ai 150 personnes et des bougies qui illuminent mon visage", décrit à la barre le conseiller régional FN d'Ile-de-France, "profondément révolté".

Ces photos "ont clairement les codes d'un salut fasciste, et j'aurais pu préciser nazi", rétorque la journaliste Marine Turchi, auteur de l'article. "Le pouce replié bien fermement sur la main, les autres doigts collés, et surtout l'inclinaison", "le bras est bien à la verticale".

Voilà une "spécialiste ès bras tendus", raille l'avocat du frontiste, Me Frédéric Pichon. Il exhibe une photo de Nicolas Sarkozy dans une posture comparable. "Le pouce n'est pas replié sur les doigts", observe la journaliste.

Même constat du journaliste Thierry Vincent, qui le premier avait récupéré les photos litigieuses "par une source qui les a eues sur le compte Facebook de M. Loustau". "Le bras est bien tendu, le pouce bien plié", décrit-il à son tour, "vu l'environnement et les gens qui sont là, il y a toutes les raisons de penser qu'il s'agit d'un geste politique".

- "Ça fuite" -

Les photos illustrent une enquête réalisée pendant plus deux ans par Mediapart sur le cercle des "anciens" du Groupe union défense - Gud, le syndicat étudiant d'extrême droite - qui entoure Marine Le Pen, notamment Frédéric Chatillon et Axel Loustau - par ailleurs poursuivis dans l'enquête sur le financement des campagnes 2012 du FN.

Pour le directeur de publication de Mediapart, Edwy Plenel, "on veut effacer ce qui pourrait nuire à une image de respectabilité" du FN.

Et si son média voit là un salut "fasciste", c'est aussi au regard du "puzzle" amassé par la journaliste, témoignages et contexte sur le passé des anciens du Gud, dit-il.

Ainsi, explique Marine Turchi, les photos apportent "du concret" à ces témoignages qui pour l'un évoquait d'anciennes soirées "en petit comité où on commémore l'anniversaire d'Hitler", où "tout est prétexte pour parler des juifs", pour l'autre décrivait des "soirées pyjama rayé".

"La qualification de ce salut relève de l'interprétation" et "à aucun moment, M. Loustau n'a renié un passé non pas néonazi, mais au Gud", plaide son avocat, en demandant 20.000 euros de dommages et intérêts. "Ils aurait dû dire: +Le geste ambigu+".

Axel Loustau est peut-être "un vilain pas beau", lance-t-il, "mais pas totalement stupide, il ne va pas s'amuser à prendre le moindre risque: ce genre de chose, ça fuite", d'autant que l'assistance, en cette fête d'anniversaire, n'était pas composée que "d'anciens camarades".

Le procureur déplore "l'absence de toute précaution oratoire", regrette que Mediapart n'ait pas donné à ses abonnés l'"élément pédagogique" du pouce replié. "Nous ne nous situons pas sur le terrain de la vérité", comme Mediapart le souhaiterait, mais de la "bonne foi", tranche-t-il, préconisant la condamnation du journal.

Sur les réseaux sociaux, "les photos ont disparu !", s'émeut le conseil de Mediapart, Me Emmanuel Tordjman. "Il a compris qu'il faut supprimer ça car tout le monde en ferait la même lecture".

Jugement le 10 octobre.

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