Santé mentale des enfants : les syndromes dépressifs ont doublé avec la crise sanitaire
La Défenseure des droits, Claire Hédon, a publié mardi un rapport sur la santé mentale des enfants dans lequel elle décrit une situation alarmante. En 2020, près de 20 % des Français âgés de 15 à 24 ans présentaient un syndrome dépressif contre 10 % en 2019.

Santé mentale des enfants : les syndromes dépressifs ont doublé avec la crise sanitaire

La Défenseure des droits, Claire Hédon, a publié mardi un rapport sur la santé mentale des enfants dans lequel elle décrit une situation alarmante. En 2020, près de 20 % des Français âgés de 15 à 24 ans présentaient un syndrome dépressif contre 10 % en 2019.
Public Sénat

Par Manon Bernard

Temps de lecture :

4 min

Publié le

« L’urgence est là, nous ne pouvons plus l’ignorer », est-il inscrit noir sur blanc dans le dernier rapport de Claire Hédon, la Défenseure des droits, à propos de la santé mentale des enfants. Entre 2019 et 2020, à la faveur de la pandémie de covid-19, les syndromes dépressifs « ont doublé chez les 15-24 ans ». Le rapport s’appuie sur les réclamations reçues par le Défenseur des droits, sur des entretiens avec des enfants mais aussi avec des professionnels de la santé et de l’éducation.

La Défenseure de droits, secondée par le Défenseur des enfants, Eric Delemar, a donc appelé à agir à l’occasion de la journée internationale des droits de l’enfant, le 20 novembre prochain. Ils formulent dans ce rapport 29 propositions parmi lesquelles créer des « dispositifs d’accueil » dans les communes, faciliter l’accès aux soins pour les familles les plus précaires, renforcer la médecine scolaire ou encore mettre en place des formations aux droits contre le harcèlement scolaire.

La surexposition aux écrans mise en cause

L’un des problèmes majeurs pointés du doigt est la trop grande exposition aux écrans pendant les confinements dus au coronavirus. « On leur dit de ne pas passer trop de temps devant les écrans, mais en fait, on leur demande de suivre des cours devant un écran, ce sont des choses qui sont contradictoires et compliquées pour les enfants », souligne Claire Hédon.

La surexposition aux écrans et l’isolement entraînés par l’enseignement à distance avaient également été dénoncés par quelques sénateurs au plus fort de la crise sanitaire. En février dernier, la sénatrice des Ardennes, Else Joseph (LR), interpellait le gouvernement sur « les dégâts psychologiques causés sur les élèves et étudiants et, plus généralement, sur la jeunesse » dans une question écrite au ministre de la Santé. Elle plaidait notamment pour une « immersion dans l’univers du numérique raisonnable, équilibrée et proportionnée aux nécessités ». Même son de cloche du côté de Jean-Marie Janssens (Union centriste). Dans une autre question écrite, le sénateur du Loir-et-Cher mettait en garde face à « la place prépondérante » des écrans « dans notre société ».

Il faut « former les jeunes à leurs droits »

Selon le rapport de la Défenseure des droits, l’accès au soin psychologiques et psychiatriques pour les mineurs ferait défaut. Il est impossible de se faire soigner pour un enfant si les parents n’en prennent pas l’initiative, soutient Eric Delemar.

Et lorsque les mineurs dénoncent une situation, ils ne seraient pas écoutés, notamment dans les cas de harcèlement scolaire, affirme Claire Hédon. Selon le rapport de la mission d’information du Sénat sur le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement, paru fin septembre, environ 6 à 10 % des élèves subiraient une forme de harcèlement lors de leur scolarité. Chaque année, entre 800 000 et un million d’enfants en seraient victimes. Le cyberharcèlement gagne du terrain, et encore plus avec la pandémie. Pire, il crée « un continuum entre l’école et la sphère privée qui amplifie l’aspect de meute et ne laisse plus aucun répit à la victime », selon les sénateurs.

« Ce qui nous frappe à chaque fois, c’est le temps de réaction de l’institution scolaire. On n’a pas su écouter l’enfant à temps, on s’étonne qu’il n’ait pas parlé, mais qu’est-ce qu’on a prévu pour recueillir la parole de l’enfant ? », déplore-t-elle. L’école, pour la Défenseure des droits, doit « former les jeunes à leurs droits ». Seul moyen, selon elle, de « libérer la parole ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Femme et poussette bebe
4min

Société

Baisse de population dès 2037, vieillissement accéléré … cinq chiffres que révèlent les projections démographiques de l’Insee d’ici 2070

D’après une nouvelle étude de l’Institut nationale de la statistique (Insee), présentée ce lundi, la France pourrait atteindre un pic de population à près de 70 millions d’habitants en 2037, avant de retomber jusqu’en 2070. D’ici là, un vieillissement massif est aussi à prévoir, avec deux fois plus de seniors que de moins de 20 ans.

Le

France Missing Girl
6min

Société

Affaire Lyhanna : « Elle met sous les yeux du grand public ce que les associations, les parlementaires et les professionnels dénoncent depuis des années », déclare Laurence Rossignol

Derrière l’émotion suscitée par la disparition de Lyhanna, 11 ans, associations, experts et élus dénoncent des défaillances connues de longue date. Recueil de la parole des enfants, suivi des signalements, délais judiciaires, accompagnement des victimes : pour eux, ce drame met en lumière un système qui peine encore à faire de la protection des mineurs une priorité.

Le

Tribute to victims at La Belle Equipe
2min

Société

Lyhanna : réunion de crise à Matignon, la justice sous le feu des critiques

Sébastien Lecornu a réuni ce vendredi les ministres de l'Intérieur et de la Justice « pour un point de situation dans l'affaire Lyhanna », a annoncé Matignon jeudi, actant du même coup le report d'un déplacement du Premier ministre prévu dans une prison ultra-sécurisée de Vendin-Le-Vieil (Pas-de-Calais).

Le

Xenia
8min

Société

Titre de séjour de Xenia Fedorova : attribution, renouvellement, retrait… quelles règles pour la carte de résident de longue durée ?

Alors que la chroniqueuse pro-russe Xenia Fedorova, ancienne patronne de RT France, est devenue incontournable sur les chaînes du groupe Bolloré, les conditions d’octroi de sa carte de résident en 2024 interrogent. Face aux soupçons de passe-droit, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, réfute toute ingérence politique et invoque une procédure administrative classique.

Le